Novembre 4, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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L’école n’est pas un espace neutre, il s’y livre des batailles idéologiques. Le camp de la réaction l’a bien compris, qui investit ce champ de façon intensive. En face, pas ou peu de réactions ni de projet alternatif fortement porté et assumé. Il est temps de reprendre et de mener le combat pour une école inclusive, émancipatrice et égalitaire.

Ce mardi 19 octobre, alors que plusieurs milliers de professionnel·les de l’éducation manifestaient sur le territoire pour défendre les AESH 1 – précaires parmi les précaires au sein de l’Éducation nationale –, Blanquer présentait son «  plan de formation des enseignants à la laïcité  » au Conservatoire national des arts et métiers. À cette occasion, Blanquer, drapé de son nouveau costume de héraut de la laïcité, a proféré des menaces précises et directes à l’encontre de celles et ceux qui ne se plieraient pas à la discipline ministérielle.

La prescription d’une bonne purge libérale

Cette nouvelle sortie réactionnaire de Blanquer – déjà grand pourfendeur des hordes d’islamo-gauchistes qui noyauteraient l’enseignement – s’inscrit dans un discours plus global porté par la droite et l’extrême droite, nostalgiques d’une époque qui n’a jamais existé que dans leurs fantasmes, et qui cible l’école et les enseignants et enseignantes coupables à leurs yeux de pervertir la jeunesse. La course à l’échalote a déjà commencé chez les conservateurs, puisque de son côté Valérie Pécresse, la candidate à la candidature LR, demandera à tous les fonctionnaires de prêter un serment de respect de la laïcité si elle est élue.

Le 2 septembre dernier, Blanquer pouvait s’honorer de faire sa cinquième rentrée en tant que ministre de l’Éducation nationale. Cette longévité exceptionnelle – la plus élevée depuis Gustave Rouland, ministre de l’Instruction publique et des cultes sous Napoléon III ! –, Blanquer l’a mise au service d’un projet politique libéral et autoritaire. Il a consciencieusement mis à profit ce temps pour affaiblir une institution déjà bien abîmée et (quasi-) achever la casse de l’école publique pour (ré-)instaurer une école à deux vitesses, voire plus.

Tel le prétendant au titre de docteur dans Le Malade imaginaire qui ne connaît qu’un remède à tous les maux  : «  Clysterium donare, Postea seignare, Ensuita purgare  », et qui si le mal ne se dissipe pas en remet une couche  : «  Clysterium donare, Postea seignare, Ensuita purgare. Reseignare, repurgare, et reclysterizare  », Blanquer et Macron n’ont pour l’école qu’un mot à la bouche  : «  Libéraliser  !  »

Leur modèle  : l’entreprise – une école avec des vrais chef·fes, des évaluations à tous les étages, un fonctionnement en mode projet qui cache en fait une adhésion à un projet imposé par en haut, la fin de la liberté pédagogique au profit de l’obéissance aveugle, etc. Ils veulent renforcer le traitement individuel, et développer l’individualisme en cassant les cadres collectifs car ils savent que si nous sommes seul·es, nous ne pouvons les combattre. Ces réformes libérales sont une mise au pas des personnels d’éducation.

Un programme libéral et réactionnaire

Macron en déplacement à Marseille ne pouvant faire autrement que de reconnaître le délabrement extrême des établissements scolaires promet… de nommer des directeurs qui recruteront leur personnel  ! On retrouve là le mythe de la volonté individuelle et d’une gestion entrepreneuriale pour répondre à tous les défis – ici de résoudre des problèmes de bâti et de non-reconnaissance des métiers de l’enseignement, dont la baisse du pouvoir d’achat est continue depuis… 1981.

Depuis son installation au ministère en 2017, Blanquer n’a eu de cesse de dérouler son programme libéral et réactionnaire au mépris des oppositions des enseignants et enseignantes, des élèves et de leurs parents. Son école de la confiance étant dans les faits une école de la défiance envers toutes pratiques pédagogiques, toutes les constructions collectives à visée émancipatrice au profit d’une vision scientiste, mécaniciste et autoritaire de l’enseignement.

Depuis 2017, les sanctions tombent de plus en plus fréquemment envers les enseignants et enseignantes «  coupables  » d’exercer leur droit syndical contre des réformes inégalitaires, notamment un bac aux contours illisibles mais aux finalités claires  : renforcer les inégalités de fait. Un nouveau baccalauréat dont professeur·es, élèves et parents d’élèves ne veulent pas !

Cour de récré et champ de bataille

L’École est un champ de bataille symbolique et idéologique particulièrement investi par les conservateurs et les réactionnaires. Tandis que les politiciens et politiciennes censé·es représenter les «  forces progressistes  » n’ont rien de concret à proposer – hormis quelques propositions de revalorisations salariales qui, si elles étaient effectives, ne seraient certes pas à négliger –, les réactionnaires, en revanche, ont une idée très précise de ce qu’ils et elles veulent pour l’École.

Mardi, 26 janvier, 2021 – Manifestation des étudiant.es et travailleurs, travailleuses de l’Education
Copyright : Photothèque Rouge /Martin Noda / Hans Lucas

Cela passe par un fétichisme d’une école du passé dont il n’a jamais été démontré, bien au contraire, qu’elle ait été une école qui satisfasse les réactionnaires de l’époque  ! Mais la bataille des idées est aujourd’hui menée par la droite et ce sont ses mots qui sont repris  : telle Pécresse qui affirme qu’il faut «  remettre les fondamentaux au cœur de l’école  ». Du côté de Mélenchon, on retrouve également des marottes de la droite  : «  replacer les disciplines au cœur des apprentissages en rétablissant les heures disciplinaires  » (ah cet amour pour les disciplines, au double sens) ou encore «  faciliter le droit au redoublement  » dont les études ont montré qu’il n’a pas d’efficacité sur les performances scolaires à long terme.

Depuis plus d’une décennie, nous voyons se multiplier les incursions des entreprises privées via divers partenariats – et la crise du Covid n’a fait qu’amplifier ce phénomène – ainsi que de «  l’esprit d’entreprise  », de plus en plus présent dans les cursus scolaires. Cette tendance ne demande qu’à aller en s’amplifiant.

Nous connaissions déjà le projet Teach for France promu par Najat Vallaud-Belkacem en 2016, cette officine ultralibérale étatsunienne qui formait (en deux mois) des «  jeunes hyper-diplômés […] bienveillants, visionnaires, meneurs et courageux  » pour enseigner ensuite en Rep dans l’académie de Créteil.

Un cap supplémentaire semble tout prêt d’être franchi. Pécresse propose tout simplement une ouverture du «  marché scolaire  » aux appétits du privé. Son modèle  : les charters schools, un modèle britannique qui a fait la preuve de son inefficacité, des écoles privées financées par l’État où le chef d’établissement aura toute autorité pour recruter et rémunérer ses enseignants – bref, un patron.

Autre lubie des réactionnaires de tous poils, la sélection à tous les étages et la mise à l’écart des élèves «  perturbateurs  », ou encore la remise en cause du Collège unique. Enfin, dernier projet pour la jeunesse que l’on retrouve dans les programmes à droite et à l’extrême droite  : le service national civil ou militaire. La suite logique d’une école-caserne. Un bourrage de crâne de quelques mois censé là encore être le lieu de rencontre de tous les jeunes. Tandis que le meilleur outil de mixité, de rencontre et de co-construction collective, l’École publique, est attaqué de toute part.

Réaffirmons nos positions de pédagogues

Les réactionnaires savent ce qu’ils veulent  : pour celles et ceux de notre classe, des élèves dressé·es, dociles, prêts et prêtes à former les bataillons d’exploité·es de demain ; et pour leurs enfants, des établissements d’élite. Ces projets-là sont aujourd’hui clairement énoncés.

Contre ces projets réactionnaires, il nous faut aller au-delà de la seule défense de nos conquis, il faut mener le combat sur le plan idéologique. Alors que «  pédagogisme  » est devenu une insulte, réaffirmons nos positions de pédagogues, réaffirmons nos spécificités de pédagogues contre l’éducation cognitivo-comportementalisée.

Alors que Blanquer, sous couvert d’études scientifiques, voudrait techniciser les questions d’apprentissage, re-politisons le débat. L’éducation n’est pas l’application automatique de techniques neutres, l’éducation est un acte politique que nous devons défendre et valoriser.

Contre l’école de la reproduction, contre l’école de la réaction, luttons pour une école du changement social : une école plus horizontale, démocratique, inventive, ouverte, émancipatrice et égalitaire.

Classe buissonnière

  • Classe buissonnière regroupe les travailleuses et les travailleurs de l’éducation de l’UCL.



Source: Unioncommunistelibertaire.org