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Si Macron est en guerre, ce n’est pas seulement contre une épidémie (dans le cadre de laquelle, lui et son gouvernement ont cumulé mensonges maladresses et inefficacité) c’est avant tout une guerre contre les pauvres. Cela avait été dénoncé dès les débuts de son quinquennat et en particulier en 2018 lorsqu’il s’est attaqué au « pognon de dingue » des aides sociales. Une partie de son analyse est juste : les aides sociales ne permettent pas de sortir de la pauvreté. Par contre, la conséquence qu’il en tire est fausse : réduire les aides sociales n’amènera pas les pauvres à trouver un travail rémunérateur et sortir de la pauvreté. Au mieux, certain·es trouveront des boulots précaires et sous-payés et passeront du statut de pauvres vivant d’allocations à travailleur·euses pauvres, comme en Allemagne. C’est bien ce que souhaite le pouvoir en place.

Voilà pourquoi, alors que des aides multiples sont distribuées aux entreprises « quoi qu’il en coûte », parallèlement les ressources des plus pauvres sont diminuées. Il faut signaler que le coût des pertes en ressources de l’État et des aides accordées dans le cadre de cette crise sanitaire est énorme. L’augmentation de la dette de la France à cause de cette crise est évidente. Le mode et la durée nécessaire à la résorption de cette dette divise encore les experts économistes, mais ce sera certainement un intermédiaire entre les deux options extrêmes : soit on ne change pas les rentrées de l’État et cette dette mettra 60 ans à se résorber, soit au contraire on diminue les aides sociales tout en augmentant les recettes fiscales et c’est jouable en quelques années.

Nous avons déjà une partie de la réponse du pouvoir, dans la continuité de sa politique, il faut baisser les dépenses sociales : d’où la baisse des APL et la réforme de l’assurance chômage. Sur les APL, les attaques ont pris différentes formes depuis le début du quinquennat : baisse forfaitaire de 5€, absence de revalorisation ou revalorisation inférieure à l’inflation, et en janvier 2021 refonte globale du mode de calcul qui va réduire les aides pour les jeunes (apprenti·es, intermittent·es de l’emploi principalement). Pour la réforme de l’assurance chômage, c’est là encore les travailleur·euses qui alternent des emplois précaires et des périodes de chômage qui vont y perdre, mais pour plus de précisions reportez-vous à l’article p 9 et 10 de ce numéro.

Malgré les annonces de façade pour récompenser les salarié·es de « première ligne » et en particulier les hospitalier·es, les coups de pouce financiers sont minimes et inégalement répartis et l’allègement de la charge de travail inexistante. Et puis, les réformes ne sont pas finies. « Nous restons déterminés à mener une réforme ambitieuse du système de retraites », dit le gouvernement. Il est donc question de relancer la réforme des retraites dès que la crise sanitaire sera globalement passée. Certains média ont évoqué un rapport de prospective réalisé pour l’Union Européenne envisageant que l’âge de la retraite soit repoussé à 67 ans pour la France, à 70 ans pour d’autres pays comme l’Italie. Évidemment, cet épouvantail n’est agité que pour mieux faire passer la prochaine réforme : p

our le moment l’âge « pivot » envisagé par les macronistes serait seulement de 64 ans.

Pour appuyer cette politique antisociale, le pouvoir penche de plus en plus à droite, n’hésitant pas, comme toute une partie de la prétendue gauche, jusqu’à aller caresser dans le sens du poil un syndicat policier lié à la droite de la droite (Alliance) lors de la manifestation du 19 mars. Même si cette manifestation était appelée par 14 organisations syndicales policières (dont les petits syndicats « de gauche »), celle qui a tiré les marrons du feu, celle qui a reçu les soutiens de Jadot comme de Zemmour, du FN comme du PS, etc., c’est bien Alliance. Le ministre de l’Intérieur, lui est simplement passé voir ses copains de travail et de famille politique.

Donner des signaux politiques de fermeté pour s’attirer les faveurs de la droite extrême, ça passe aussi par une politique répressive vis-à-vis de la population en général et des réfugiés et immigrés en premier lieu. Les macronistes ne s’en privent pas en renforçant à la fois les lois sécuritaires et durcissant la politique d’accueil.

Face à cette politique virant de plus en plus à droite, il est nécessaire de résister encore. Le mouvement des occupations de théâtres contre la réforme du chômage et la précarité n’a pas réussi à s’étendre réellement et à fédérer largement les mécontentements. Par contre, il n’est pas terminé et peut rebondir, dans particulier dans certaines villes où ces solidarités se sont structurées. Parce que les théâtres sont de moins en moins occupés, il faut occuper d’autres lieux, que ce soit des administrations, des entreprises, les places et les rues.

Hier à Limoges, avec le collectif des sans-papiers, les habitant·es du squat de l’avenue de la Révolution, et Chabatz d’Entrar, c’est le pied de la préfecture qui a été occupé par un salon temporaire avec canapés, tapis et tables. Ceci pour rappeler l’urgence de trouver une solution pour les centaines de personnes qui vivent en ce lieu et ont déposé collectivement des demandes de régularisation. Nous fêtions là le deuxième anniversaire de l’installation de ce squat. Certain·es des occupant·es de l’Union ont participé à cette manifestation en solidarité avec les plus précaires d’entre-nous.

Résister, c’est aussi savoir se battre dans la durée sans se décourager, comme ont su le faire les femmes de ménage employées par des sous-traitants pour travailler à Ibis. Il faut espérer qu’avec le déconfinement on assiste à une reprise des luttes dans les entreprises. Même si les personnels hospitaliers ont une démarche plus corporatiste, avec leurs journées de grèves catégorielles, ça peut se concevoir dans le cadre de la construction progressive d’une mobilisation globale. Par contre, ce qui peut réellement être intéressant au niveau de la santé, c’est la construction de collectifs regroupant des personnels et usagers.

Résister et occuper, c’est aussi continuer à manifester dans la rue malgré les intimidations et les violences policières. C’est ne laisser aucune place aux provocations fascistes. C’est intervenir aux frontières pour accompagner les migrants venus se réfugier en Europe. C’est pourquoi nous présentons dans ce numéro quelques une de ces démarches.

La situation est bien loin de 1871 où les populations se soulevaient pour occuper les hôtels de ville et les préfectures pour construire une société libre et débarrassée de l’exploitation capitaliste. Nous en sommes bien loin encore aujourd’hui, mais déjà, dans l’ensemble de nos luttes, même parcellaires, tisser de nouveaux liens de solidarité en occupant encore des lieux de travail, des administrations ou les espaces publics, ce sera une étape importante.

Limoges, le 30 mai 2021




Source: Oclibertaire.lautre.net