272 visites


MalgrĂ© les difficultĂ©s et les contraintes (Ă©tat d’urgence, couvre-feu, gestes barriĂšre, etc.) dues Ă  la pandĂ©mie, des luttes et des initiatives collectives voient le jour : des luttes sociales en rĂ©sistance Ă  des projets capitalistes comme Hercule – le dĂ©mantĂšlement d’EDF, voir article p. 18-. En ville et dans les banlieues, comme la Marche des solidaritĂ©s le 20 mars (voir p.4) mais aussi Ă  la campagne.

Fin janvier, plus d’une centaine de reprĂ©sentant-e-s de collectifs de luttes s’est rĂ©unie pour « Remuer ciel et terre Â» Ă  la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes. L’objectif est de rassembler des forces pour arriver Ă  une masse critique et monter une campagne d’actions et d’information dans la durĂ©e autour de deux axes : poser concrĂštement la question de l’avenir des terres agricoles – et ce qui en dĂ©pend- mais aussi combattre les industries polluantes et destructrices. Ce projet de mobilisation se place dans la continuitĂ© des interventions du 17 juin et 17 novembre derniers contre « la rĂ©intoxication du monde Â» (aprĂšs l’arrĂȘt Ă©conomique du premier confinement) ; elles visaient des entreprises polluantes, destructrices ou inutiles.

« Remuer ciel et terre Â» a rassemblĂ© large, aussi bien des jeunes de la ConfĂ©dĂ©ration Paysanne que des nantais-e-s d’Extinction Rebellion (XR), des membres des collectifs du Plateau de Saclay et du Triangle de Gonesse, opposĂ©s au Grand Paris, comme du syndicat de la montagne limousine ou des anti-nuclĂ©aires de Bure.

L’agriculture hexagonale est Ă  un tournant. Au cours des dix prochaines annĂ©es, prĂšs de 25 % des exploitant-e-s agricoles arrĂȘteront leur activitĂ© et quitteront leurs terres. Des holdings appuyĂ©es sur des banques et autres structures financiĂšres veulent concentrer des milliers d’hectares pour Ă  terme installer une agriculture industrielle, dont on connait dĂ©jĂ  les consĂ©quences pour les populations et les Ă©cosystĂšmes : productivisme, agrochimie, dĂ©sertification… Contre la politique de l’administration (les SAFER) favorable de fait Ă  la concentration malgrĂ© un discours officiel inverse, il s’agirait de renouer avec les actions de reprise de terres et d’installation de jeunes (menĂ©es autrefois par les Travailleurs Paysans). Une premiĂšre action de « visibilitĂ© Â», mi-mai, organisera des rencontres sur trois jours et une chaĂźne humaine contre la destruction Ă  Saint-Colomban prĂšs de Nantes d’une ferme convoitĂ©e par des sabliers et des maraĂźchers industriels. Mais d’autres dates sont dĂ©jĂ  calĂ©es : Saclay en juin, Vaites (Besançon) fin mars, Haute-Loire en mai…

Le deuxiĂšme axe de « Remuer ciel et terre Â» est complĂ©mentaire, en visant des entreprises ou pratiques toxiques, des grands projets inutiles ou l’artificialisation de terres. Des actions dĂ©centralisĂ©es se dĂ©rouleront le 17 avril, dans plusieurs dizaines de sites de l’Hexagone. Une marche centrale Ă  la rentrĂ©e de septembre en Île-de-France pourrait partir d’un territoire menacĂ© pour aller jusqu’au ministĂšre concernĂ© dans Paris, avec une communication adaptĂ©e. Les cibles ne manquent pas avec le Grand-Paris ou les installations des Jeux Olympiques de 2024…

Est-ce le sentiment d’urgence de l’action dans un pareil moment d’isolement ? Ou bien la nĂ©cessitĂ© de dĂ©- passer les diversitĂ©s des collectifs, groupes, organisations pour rĂ©sister avec toutes les forces possibles ? Il est sĂ»r que ces rencontres Ă  la ZAD de NDDL, oĂč un projet capitaliste combattu a Ă©chouĂ©, Ă©taient encourageantes pour la suite. Reste Ă  voir si une structure fluide ou plus articulĂ©e conviendra au mieux pour ancrer une telle dynamique, si vitale pour l’avenir et qui n’en est qu’aux prĂ©ludes.

Dans les prochains mois, une autre dynamique pour- rait Ă©galement dissiper la morositĂ© de plus en plus pesante de la situation sanitaire. Depuis les montagnes du Chiapas au Mexique, la guĂ©rilla zapatiste EZLN et le Conseil National IndigĂšne (qui regroupe les peuples premiers du Mexique) lancent un appel pour les accueillir dans un grand tour europĂ©en estival. 500 ans exacte- ment aprĂšs la chute de l’empire aztĂšque (le 13 aout 1521 Ă  Mexico) et la colonisation espagnole, une importante dĂ©lĂ©gation – majoritairement de femmes – fera la route inverse des conquistadores pour rencontrer celles et ceux qui luttent ici pour les mĂȘmes causes. L’initiative rallie bien sĂ»r les rĂ©seaux solidaires avec les zapatistes depuis leur premiĂšre insurrection en 1994, contre l’ALENA (Accord de Libre Echange Nord-AmĂ©ricain).

De trĂšs nombreux collectifs europĂ©ens s’y associeront. Au-delĂ  du symbole fort d’un tel voyage, l’EZLN et le CNI font face Ă  une menace de destruction de leurs communautĂ©s et territoires par une multitude de grands projets capitalistes et notamment un projet gigantesque d’amĂ©nagement agro-industriel et touristique de l’isthme de Tehuantepec, dans le sud du Mexique. Entre autres « train maya Â», gazoduc, dĂ©boisements, parcs Ă©oliens, il s’agit de dĂ©placer les maquiladoras – usines situĂ©es le long de la frontiĂšre US – vers l’extrĂȘme sud mexicain pour y fixer les exilĂ©s latinos en transit.

La ZAD de NDDL a Ă©tĂ© choisie pour fournir un moment de rencontres et d’échanges avec la dĂ©lĂ©gation zapatiste au complet pendant une semaine fin juillet, si toutefois les alĂ©as sanitaires ne s’en mĂȘlent pas. L’étĂ© dernier, la Semaine Intergalactique avait dĂ©jĂ  accueilli Ă  la ZAD les tĂ©moins de mouvements sociaux de plu- sieurs pays dans des conditions satisfaisantes malgrĂ© l’incertitude. Parions sur le bon dĂ©roulement d’un instant aussi symbolique et qu’il en sortira des projets d’actions communes et solidaires… Selon une Ă©tude du FMI menĂ©e sur une trentaine d’annĂ©es, Ă  partir de milliers d’articles dans plus de cent pays, les crises sanitaires et Ă©pidĂ©miques sont suivies d’une pĂ©riode d’apathie puis d’explosions sociales trĂšs fortes causĂ©es par les bouleversements Ă©conomiques et sociaux consĂ©cutifs. C’est donc le moment ou jamais de s’y prĂ©parer !

Nantes, le 21/02/21]




Source: Oclibertaire.lautre.net