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A en croire les sondages, dont la classe politique comme les journalistes se repaissent tout en affirmant prudemment qu’« ils sont ce qu’ils sont Â» – une simple photographie Ă  un moment donnĂ© –, nous pourrions assister Ă  un second tour Le Pen–Zemmour. Bingo ! Nous aurions alors le plaisir de voir « rĂ©publicains et dĂ©mocrates Â» appeler Ă  voter
 Le Pen pour barrer la route Ă  monsieur Z. Comme gauche et extrĂȘme gauche ont appelĂ© Ă  voter Chirac contre Le Pen pĂšre en 2002, ou Macron contre Le Pen fille en 2017


Ne rĂȘvons pas : il n’y aura pas de second tour Zemmour- Le Pen pour la simple raison que l’un des deux se retirera en grand seigneur (probablement Zemmour prĂ©parant l’avenir). Mais le mĂ©canisme de report au second tour restera identique pour les « dĂ©mocrates Â», avec les mĂȘmes appels Ă  voter Macron ou LR afin de barrer la route Ă  l’extrĂȘme droite.

Mais, heureusement, depuis quelque temps les cochons d’électeurs ne se rendent plus Ă  la mangeoire au premier coup de sifflet. Ils rechignent, grognent, rouspĂštent, regimbent, renaudent, et mĂȘme parfois se rĂ©voltent Ă  l’heure de la soupe.

Bourgeois et politiciens en sont bien conscients, qui omettent avec soin de dire nettement que les sondages prĂ©citĂ©s sont seulement une photographie du « monde qui pense aller voter Â», c’est-Ă -dire de cette moitiĂ© qui reste en leur pouvoir. L’autre moitiĂ©, on en retrouve plutĂŽt une partie sur les ronds-points, dans les rassemblements contre les grands projets nuisibles (qui ne sont pas « inutiles Â» pour tout le monde), dans certaines luttes Ă©cologistes et fĂ©ministes qui se dĂ©veloppent, ou encore sur des piquets de grĂšve (pas assez !) devant les entreprises. Nous ne nous aveuglons cependant pas : cette montĂ©e de l’abstention depuis plus d’une dĂ©cennie n’est pas encore le signe d’une rĂ©action franche et massive de la classe prolĂ©taire contre le capitalisme. Elle est davantage une marque de dĂ©couragement et d’impuissance face Ă  l’offensive de la bourgeoisie, comme un repli qui dit « Allez vous faire foutre Â». Mais c’est dĂ©jĂ  pas mal !

Il s’agit en effet d’une coupure profonde qui s’est Ă©largie, d’une dĂ©fiance qui s’est installĂ©e entre, d’une part, la classe politique et les institutions et, de l’autre, le monde des travailleurs, et nous devons participer Ă  son entretien.

Bien entendu, une élection présidentielle fera peu ou prou remonter le taux de participation.

Mais alors que, traditionnellement, se lancer dans des campagnes abstentionnistes n’avait que peu d’impact et de sens (une sorte de constante idĂ©ologique), dans la pĂ©riode actuelle, se bagarrer pour que ce taux remonte peu plutĂŽt que prou a le sens de dessiner le contour d’un avenir qui transformerait la dĂ©fiance passive en offensive active.

Zemmour fait de la dĂ©fense de la culture chrĂ©tienne qui serait « la nĂŽtre Â» le fonds idĂ©ologique de sa candidature potentielle. Mais de quoi s’agit-il ? Des cathĂ©drales oĂč les fournĂ©es de touristes ont remplacĂ© celles des pratiquants et des chapelles dĂ©sertes vouĂ©es Ă  des festivals ou Ă  des concerts mondains ? Non ! Cette religion ne fait plus recette, et sa dĂ©fense est celle d’athĂ©es comme Michel Onfray, qui abjure le pape François de ne pas « porter atteinte au patrimoine de notre civilisation Â» en supprimant la liturgie en latin. Une dĂ©fense patrimoniale parfaitement dans la ligne d’un StĂ©phane Bern, royaliste missionnĂ© par Macron pour dĂ©fendre les monuments français. Une dĂ©fense dont la fonction est de refabriquer un univers mythique de rĂ©fĂ©rence destinĂ© Ă  nourrir une rĂ©alitĂ© bien tangible, elle, d’exclusion et de racisme. Pourtant, toutes celles et ceux qui couineront qu’il faudra barrer la route Ă  l’extrĂȘme droite au second tour ont eu Ă  leur disposition, au mĂȘme moment que ces prises de position, un miraculeux rapport SauvĂ© rendant public le viol, par des prĂȘtres de l’Église de France, d’au moins 300 000 enfants en 70 ans (nombre d’autres n’étant plus lĂ  pour en tĂ©moigner), soit 3 fois plus que dans les autres lieux accueillant des mineurs ! On a notĂ© Ă  cette occasion le silence assez assourdissant de collectifs fĂ©ministes d’ordinaire prompts Ă  dĂ©noncer les violences faites aux femmes ou aux enfants
 mais dans le cadre familial ou professionnel. Quant aux responsables politiques de gauche comme de droite, mĂȘme Mediapart a relevĂ© la « timiditĂ© Â» de leurs rĂ©actions Â» : seule la dĂ©claration publique du prĂ©sident de la ConfĂ©rence des Ă©vĂȘques de France sur un « secret de la confession [qui] s’impose Ă  nous et [est] en cela (
) plus fort que les lois de la RĂ©publique Â» a suscitĂ© un tollĂ©, vite Ă©teint.

Et Ă  peine Zemmour s’est-il fait le chantre de la culture nationale catholique que des formations politiques (de droite surtout, mais aussi une partie du PS) lui ont emboĂźtĂ© le pas pour dire : « Ben nous aussi on est de cette tradition Ă  dĂ©fendre ! Â», au lieu de saisir l’occasion pour dĂ©zinguer Zemmour en tant que « dĂ©fenseur d’une institution pĂ©dophile Â» – comme elles le font en gĂ©nĂ©ral Ă  l’encontre de cas beaucoup moins clairs, mais qui leur permettent d’apparaĂźtre sans risques en chevaliers blancs. Il s’agit essentiellement pour eux d’aider une Église qui peut encore servir leurs intĂ©rĂȘts et ceux des patrons Ă  se tirer de ce mauvais pas.

La dĂ©magogie Ă©lectoraliste n’a pas de limites. Nous serons dans la rue, pas dans les bureaux de vote.

OCL Poitou




Source: Oclibertaire.lautre.net