190 visites

Une période incertaine

A chaque fois qu’un politicien accède au pouvoir d’Etat, il n’a qu’une seule obsession : “faire des réformes” en lien avec ses promesses électorales. Qu’importe s’il a été élu par une minorité des personnes adultes vivant dans ce pays ! Il faut rappeler qu’aux dernières élections, Macron a obtenu 18,768 millions de voix au 2ème tour sur plus de 51 millions d’adultes résidents en France, soit un peu plus d’un tiers.

Les réformes en question touchent depuis des décennies toujours les mêmes domaines : les retraites, l’assurance chômage, les minima sociaux, sans oublier le durcissement des fonctions régaliennes de l’Etat où leur démocratie évolue vers un régime policier, allant d’état d’exception en état d’urgence.

Pour la rentrée, nous aurons droit en priorité a encore une nouvelle réforme de l’assurance-chômage alors que la précédente réforme, dont les dernières dispositions sont entrées en vigueur à l’automne 2021, n’a pas encore été évaluée. Or les pouvoirs et les moyens de contrôle de Pôle emploi ont été renforcés depuis 2019, et pour ce que l’on en sait, le taux de sanctions est resté stable et concerne très majoritairement des chômeurs non indemnisés. Depuis 2019, le nombre de chômeurs indemnisés baisse deux fois plus rapidement que le chômage total. Le régime piloté par l’Unédic n’indemnise que 40 % des demandeurs d’emploi. Et parmi ceux qui sont couverts par ce dispositif, plus de la moitié sont loin d’être passifs puisqu’ils assument des contrats précaires à droite et à gauche.

Le projet de loi qui devrait être discuté à l’Assemblée nationale à partir d’octobre doit permettre de repousser à fin 2023 les règles d’indemnisation issues de la réforme de 2019 – entrées en vigueur en 2021 à cause de la crise liée au Covid-19 – et qui s’arrêtent au 31 octobre 2022. . Il s’agit déjà, comme toujours, d’une recherche d’économies budgétaires, par le biais d’une diminution des dépenses d’indemnisation. Le gouvernement veut en profiter pour introduire de nouvelles règles avec le principe de « contracyclicité », c’est-à-dire une modulation des indemnités en fonction de la conjoncture économique. « Quand ça va bien, on durcit les règles et, quand ça va mal, on les assouplit ».

L’ambition de Macron est d’atteindre ce qu’il appelle « le plein-emploi », avec un taux de chômage à 5 % de la population active (contre 7 % actuellement), alors que de nombreux secteurs connaissent de fortes tensions dans le domaine du recrutement. A noter que le plein emploi se définit selon le Bureau International du Travail dès lors que vous avez moins de 5 % de chômeurs dans un pays. Mais pour d’autres experts, le plein emploi n’existerait que si le taux de chômage se trouve à moins 3 % et d’autres 1 %…

Pour résoudre ce problème de pénurie de main d’œuvre dans certains secteurs “maltraitants”, l’Etat n’a comme d’habitude, qu’une seule solution : la coercition. Pourtant, Il n’y a pas de lien démontré entre l’assurance-chômage et les difficultés de recrutement, Macron va donc droit dans le mur ! En fait la question fondamentale est de comprendre pourquoi la majorité des demandeurs d’emploi, qui ne sont pas indemnisés par l’assurance-chômage, ne pourvoient pas aux postes proposés. Pour résoudre ce problème, pour le système, ce serait d’augmenter considérablement le SMIC, de revoir les conditions de travail, les horaires, les contrats de travail, … mais là, soyons-en sûr, le patronat de ces secteurs déficitaires en bras ne donnera que des miettes ; quant à l’Etat on a vu ce qu’il était capable de faire pour le SMIC qui suit, avec retard, l’inflation. On constate qu’au niveau de ceux et celles qui vendent ici ou là leur force de travail un détachement du travail effectué, une non adhésion à l’entreprise, entraînant une augmentation de l’absentéisme et des démissions dites silencieuses. Cela rejoint quelque part l’absentéisme au niveau électoral. Mais il n’y a pas, dans la situation sociale et politique actuelle, de quoi s’en réjouir car les fondements de la construction d’une force d’opposition révolutionnaire défendant un projet de société véritablement anticapitaliste restent à échafauder.

L’Etat a encore 2 flèches à son arc : l’accompagnement des bénéficiaires du RSA vers le retour à l’emploi où Macron a annoncé en mars vouloir leur « demander une part de devoir » qui consisterait à travailler 15 à 20 heures par semaine. Les modalités de cette réforme du RSA ne sont pas encore connues, il devrait y avoir parait-il des expérimentations dans des départements, …à suivre de très près ! Quant à la 2ème flèche, il s’agit de l’immigration sans papiers, déjà sur notre sol (plus de 400 000 ont obtenu l’aide médicale de l’Etat qui leur est réservée), celle qu’une fraction du patronat voudrait faire venir (ou régulariser) pour palier aux carences de notre marché de l’emploi. Nous en saurons bientôt plus lors de la future nième loi sur le droit d’entrée et de séjour des étrangers. Il est certain qu’au niveau juridique il y aura un recul sans précédent des recours possibles pour échapper aux obligations à quitter le territoire français sans oublier le bond en avant de la machine policière qui va se mettre en branle pour arrêter les « hors la loi » et satisfaire ainsi l’extrême droite. Ce débat sur l’immigration risque d’atteindre des sommets d’ignominie ! Il est certain que nous risquons d’avoir une variété de quotas pour répondre aux besoins de notre économie ; les luttes pour la régularisation, la liberté de circulation et d’installation des sans papiers devraient connaître de nouveaux développements. A suivre et à y apporter notre solidarité active !

Macron n’oubliera pas non plus sa réforme des retraites toujours prévue pour entrer en vigueur à l’été 2023. Son objectif est bien de porter à 65 ans l’âge légal de départ à la retraite, à un horizon qui reste à négocier avec des collabos qui lui faudra trouver.

Cette situation sans oublier les conséquences de l’inflation dans la vie de tous les jours devraient déboucher sur des colères sociales. Cette rentrée sera-t-elle explosive ? Rien n’est moins sûr car il faudra au mouvement social un sacré désir d’auto organisation pour dépasser les traditionnelles journées d’action et ne pas tomber dans les pièges de la renaissance de la social-démocratie qui n’en finira pas d’attendre la dissolution de l’Assemblée nationale.

OCL Reims le 20/09/2022




Source: Oclibertaire.lautre.net