Juillet 9, 2020
Par La Brique
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solidarite Covid 2 1Le programme de cette année semblait plié. On allait manifester contre la réforme des retraites, (ou du chômage au choix), le gouvernement aurait envoyé ses chiens pour nous en mettre plein la tronche, c’était reparti jusqu’à la réforme suivante. C’est alors qu’un pangolin et une chauve souris se croisent et mettent le monde entier en PLS.

Le virus est devenu l’agent révélateur de la violence et du mépris du gouvernement à l’égard de l’hôpital public. Dans ligne de mire des libéraux depuis au moins 1995 et les lois Juppé, le processus de démantèlement lancinant a montré ses effets ces derniers mois : soignant.es débordé.es, lits en nombre insuffisant et du matos inexistant ou défectueux. Après des décennies à se mobiliser contre cette pagaille organisée, et après les lacrymos et les coups de tonfas, ce sera des applaudissements, une médaille et une prime en guise de susucre. Le gouvernement annonce 6 milliards pour augmenter les salaires des soignants; ça pu l’entourloupe pour mieux augmenter les horaires, charcler les maigres avantages et dégrader toujours plus les conditions de travail. Tout ce que ce pouvoir fait mine de donner, il le reprendra au centuple.

L’oppression a bien gardé le cap : durant le confinement, la proportion des personnes contrôlées est trois fois plus importante en Seine-Saint-Denis que dans le reste de la France. Des émeutes ont éclaté, à Villeneuve-la-Garenne d’abord, mais aussi à Roubaix, Tourcoing et Lille Sud. C’est aussi dans ces zones que la pandémie fut la plus rude. Pourquoi ? Parce que c’est là-bas qu’on le trouve les premiers de corvée. Ce sont les caissier.es, éboueur.ses, ouvrier.es à qui on ne propose pas de télé-travailler mais qu’on oblige à continuer de se lever tous les matins, « quoi qu’il en coûte ». C’est cette classe prolétaire, majoritairement féminine, souvent racisée qui, malgré les applaudissements, se voit refuser une reconnaissance et une existence digne.

L’école aurait elle aussi bien mérité une bouée de sauvetage : enseignant.es et directeur.rices ont eu la tête sous l’eau en tentant de repêcher leurs élèves tout en jonglant avec des injonctions sanitaires contradictoires ou irréalistes. Pour les étudiant.es enfermées dans leur chambre de 9m², c’est certain qu’il leur a manqué pas mal de « choses très concrètes ». Mais youpi le confinement c’est fini ! Les temples de la consommation et l’industrie du divertissement vont se charger de nous faire oublier ce vilain moment.

Pendant qu’on se fait la bise du coude et du pied, le président nous propose de « retrouver notre indépendance » grâce au patriotisme et « une reprise plus forte du travail ». Un néo-pétainisme serein qui s’autocongratule de sa gestion de la crise, alors que 63 plaintes sont déposées contre le gouvernement à ce propos.

solidarite Covid 2 1

Jupiter se targue d’avoir mis sur la table 500 milliards d’euros – 750 milliards au niveau européen – un sacré pactole pour que le marché et sa « main invisible » puisse reprendre rapidement son étreinte et ne nous ne laisse pas le temps de respirer. Que produire ? Pour qui, comment et avec quel objectif ? Pas le temps, faut avancer, faut colmater et que vogue la galère capitaliste. Et tant pis si la prochaine tempête fait passer la dernière pour une douce brise.

Au cœur du tumulte, des formes de solidarités ont tenu le cap malgré tout. Les Brigades de solidarité populaire notamment ont émergé pour distribuer masques, gel et bouffe sans noyer les problématiques d’organisation découlant de choix politiques.

À La Brique, on n’est pas toujours tou.tes d’accord – entre nous ou avec les autres – que ce soit sur les manières de faire ou les arguments. L’opportunité se présente pour remettre au centre des questions fondamentales. C’est tout l’enjeu de la lutte. Quel est le rôle (ou la nécessité) des forces de l’ordre dans un état de droit ? Qu’est-ce qui l’amène à être si foncièrement raciste, sexiste et violente ? Et maintenant que l’on a expérimenté ce qui était réellement indispensable pour que « ça tourne », comment répartir sur l’ensemble ce qui a été assumé pendant le confinement par une minorité ? Comment s’organiser pour travailler moins et donc vivre mieux ? S’interroger sur ce qui nous est indispensable et dont on a été privé : les lieux d’organisation, de rencontre, de rapports directs comme nos si chers bars ou encore la Culture à qui le président a demandé « d’enfourcher le tigre ».

Et notre passé colonialiste, raciste et impérialiste qui ruisselle et inonde notre présent, on s’en occupe quand ? On aimerait bien voir l’Histoire sortir de ses vieux carcans poussiéreux et réactionnaires. L’homme au gouvernail du bateau-État prévient : « Mais ce combat noble est dévoyé lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé ». On se fiche pas mal de sa défense de l’histoire officielle et légitimiste. On veut se réapproprier le savoir et l’Histoire toutes voiles dehors. Souffler le vent d’un passé populaire, complexe et subtil, non celui des vainqueurs et des oppresseurs (des hommes blancs-cis-hétéros, colonisateurs et capitalistes), mais bien celui du peuple ou chacun et chacune aurait sa place et le respect qui lui est dû. Si pour cela il faut user de violence symbolique ou non, alors on le fera.

Allons-y, gardons le cap. Le gouvernement a quitté le navire de la majorité d’entre-nous. Écopons la peur et le repli et faisons cohésion.

Le collectif de La Brique




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