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À l’approche de la fĂȘte des travailleurs, dans un climat de commĂ©moration de la Commune de Paris, l’idĂ©e d’un renouveau du mouvement social en cette seconde annĂ©e de crise sanitaire du capitalisme semble poindre Ă  l’horizon. Toutefois le constat sur la situation des luttes reste amer et les nombreux appels incantatoires Ă  la solidaritĂ© venus de tous les coins de la gauche n’attirent pas le chaland. Certains y voient les consĂ©quences de la pandĂ©mie sur nos vies, mais aussi des mesures coercitives du gouvernement qui limitent les possibilitĂ©s de s’organiser. Ces explications sont-elles valables ? Rien n’est moins sĂ»r, d’autant que le reflux de la conflictualitĂ© dans l’Hexagone est antĂ©rieur au virus. Le mouvement des GJ n’était-il pas dĂ©jĂ  la traduction d’un dĂ©sespoir latent d’une partie des plus prĂ©caires, face aux consĂ©quences des dĂ©cisions prises par les deux derniers gouvernements. Mais depuis la fin de ce mouvement, hors l’habituelle ritournelle de quelques-uns qui aiment se mirer dans leur propre agitation et se prendre pour une avant-garde, la rue reste dĂ©sespĂ©rĂ©ment sourde Ă  tous les appels. Pourtant l’actuel gestionnaire du capital embusquĂ© au n°55 de la rue du Faubourg-Saint-HonorĂ© y aura mis du sien avec ses amis depuis plusieurs mois, entre multiples provocations islamophobes, loi sĂ©curitaire ou sur le sĂ©paratisme, fake news, casse sociale (future rĂ©forme de l’assurance chĂŽmage), rien n’y manque. La colĂšre devrait ĂȘtre lĂ , mais c’est la sidĂ©ration qui domine. Il y a peut-ĂȘtre des explications trĂšs matĂ©rialistes derriĂšre ce mutisme des « premiers de corvĂ©e Â» qui se moquent bien des journĂ©es de mobilisation sans perspectives et du dandinement des bureaucraties syndicales. Quant aux petits patrons pleurnichards et Ă  la rĂ©ouverture des terrasses, il n’y a que la social-dĂ©mocratie et les classes moyennes pour s’en Ă©mouvoir.  Face Ă  la situation actuelle, pour les prolĂ©taires les prĂ©occupations sont ailleurs, surtout quand le chĂŽmage menace d’en jeter plus d’un dans la galĂšre. Ajoutons que c’est les femmes prĂ©caires des quartiers populaires qui paient dĂ©jĂ  l’addition la plus lourde. Ils et elles n’ont que faire de la sauvegarde de la vie d’avant et des loisirs des nantis.

Il est bon de rappeler aussi que la pandĂ©mie ainsi que la poursuite des attaques du gouvernement contre le monde du travail n’ont fait qu’assombrir toutes perspectives d’avenir. Surtout que le capital peut dormir en paix, s’il y a bien une chose que sait faire son gestionnaire passĂ© par les bureaux du parti socialiste, c’est la « guerre sociale Â» pour sa propre classe d’exploiteurs. Il n’y a qu’à voir comment son gouvernement fait couler l’argent Ă  flot depuis des mois et des mois pour le patronat, alors qu’on nous disait qu’il n’y avait pas « d’argent magique Â». Il tente mĂȘme de nous enfumer en essayant de naturaliser la pandĂ©mie pour mieux justifier les restrictions incohĂ©rentes et faire taire toute critique du productivisme venant des exploitĂ©s. Le but final Ă©tant de faire accepter aux travailleurs-euses que c’est elles et eux qui doivent payer la crise sanitaire mondiale du capitalisme. On comprend mieux ainsi pourquoi celui qui vantait les « premiers de cordĂ©e Â» se met soudainement Ă  nous parler d’unitĂ© et de « patriotisme rĂ©publicain Â». Le dĂ©magogue en chef souffle sur les braises du nationalisme pour mieux dissimuler la politique de classe de son gouvernement. On reconnaĂźt bien lĂ  la matrice rance du « chevĂšnementisme Â» dans les discours et les dĂ©cisions prises au sein du conseil restreint du monarque. Finalement,  les arguments des rabatteurs de la social-dĂ©mocratie sur le pĂ©ril de la montĂ©e des idĂ©es d’extrĂȘme droite apparaissent comme ridicules, puisque celles-ci sont dĂ©jĂ  au pouvoir. Il suffit de voir avec quelle Ă©nergie l’administration (f)rançaise traque les sans-papiers ou s’attaque aux foyers immigrĂ©s pour s’en convaincre.

De cette situation, la bourgeoisie ensauvagĂ©e se frotte les mains, d’autant que le pouvoir actuel semble dĂ©terminĂ© Ă  imposer « quoi qu’il en coĂ»te Â» le projet d’une « sociĂ©tĂ© de vigilance Â» basĂ©e sur le sĂ©curitaire, la surveillance tous azimuts notamment numĂ©rique, l’infantilisation des travailleurs, la culpabilisation des privĂ©s d’emplois et la traque des « sĂ©paratistes Â». Ce que l’on retient surtout de ce dĂ©lire est qu’il s’agit de faire en sorte que rien n’entrave la croissance des profits, qu’importe les consĂ©quences sur nos vies (pollution des eaux, destruction de la forĂȘt, pandĂ©mies
). Pour faire taire les grincheux et les rĂ©calcitrants, le jupitĂ©rien opportuniste n’hĂ©site pas Ă  jouer de la surenchĂšre mĂ©diatique du bon pĂšre de famille et Ă  faire donner de la seringue Ă  tour de bras dans les « vaccinodromes Â». Il n’en oublie pas non plus sa future rĂ©Ă©lection en multipliant les effets d’annonces, afin d’escamoter ses errements en matiĂšre de lutte contre la Covid-19 et la concrĂ©tisation des promesses pour le secteur de la santĂ© qui se fait attendre.

Ce tableau moisi pourrait nous faire dĂ©sespĂ©rer, d’autant qu’un renouveau des luttes Ă  l’international n’est pas Ă  l’ordre du jour, Ă  l’exemple de ce qui se passe au Maroc. Pourtant, si on regarde de plus prĂšs et que l’on fait un pas de cĂŽtĂ©, il ne sert Ă  rien de s’arc-bouter sur une posture pessimiste. En effet, loin d’avoir sombrĂ© dans la paralysie totale, les travailleurs (avec ou sans syndicat) n’ont pas dĂ©sertĂ© les combats qui les concernent directement. Ainsi, on voit l’augmentation des grĂšves de livreurs et leur tentative de s’auto-organiser, comme en tĂ©moigne l’article sur Uber Eats Ă  Boulogne-sur-Mer publiĂ© dans ce CA. Il ne faut pas non plus oublier les occupations des thĂ©Ăątres qui ont Ă©clos un peu partout, ainsi que la multiplication des initiatives qui sont prises contre le capitalisme et ses nuisances. De mĂȘme, proche de l’hexagone, en AlgĂ©rie, on voit la reprise du hirak qui fait trembler l’ordre social d’un rĂ©gime alliĂ© Ă  la France.

Au final, si on est sĂ»r d’une chose, c’est que le virus n’a pas congelĂ© la lutte des classes ; c’est cela qui nous rĂ©chauffe le cƓur. D’autant que la pandĂ©mie aura bien mis en lumiĂšre que la socialisation de l’ensemble des hommes et notamment des prolĂ©taires par le capitalisme est achevĂ©e,  sous-entendant par lĂ  qu’une rĂ©volution sociale pour son abolition devient Ă  nouveau pensable et que celle-ci sera forcement sans-frontiĂšres. Gare Ă  la revanche !

OCL Strasbourg 30/04/2021




Source: Oclibertaire.lautre.net