Juin 30, 2021
Par Paris Luttes
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À la mi-octobre 2020, nous sommes descendu.e.s à trois vers le Pays-Basque pour rencontrer Marina et Maïté, voir où ça allait nous mener dans notre envie de créer un support radio anti-carcéral et féministe.

Notre point de départ en allant voir ces deux personnes était de chercher en quoi la taule a pour rôle de contraindre des individu.e.s à rentrer dans le droit chemin et qu’est-ce qu’il y a de spécifique à ça quand on est perçue comme une femme avec toutes les attentes genrées qui vont avec. Qu’est ce qui se joue quand on transgresse à la fois les lois de l’État mais aussi les normes attribuées au genre féminin ? Car une « bonne » femme n’est pas censée avoir des pratiques illégales, encore moins qu’un homme. Une « bonne » femme doit avant tout s’occuper du foyer, prendre soin des autres, être douce et prudente. Une « bonne » femme n’est tout simplement pas censée se retrouver en prison.

On pense donc que l’institution prison va tenter de réassigner les personnes au genre féminin attendu, comme le fait l’école par exemple avec les petites filles. On a demandé à Marina et Maïté de raconter ce qu’elles en ont perçu pendant leurs années en prison. Elles sont toutes les deux des meufs cis blanches qui ont été accusées de collaboration et participation à l’ETA, organisation politique qui lutte depuis les années 50 pour la libération du pays basque. Elles ont passé une douzaine d’années dans différentes prisons pour femmes de l’État français, et un petit peu en Espagne à la fin. Elles sont sorties en 2019. En tant que prisonnières basques, elles ont eu un grand soutien de l’extérieur par le mouvement indépendantiste basque, ce qui a joué dans comment s’est passée leur incarcération en terme de ressources matérielles et psychologiques.

Ça fait du bien d’entendre ces témoignages parce qu’ils rappellent que si la logique de la taule est celle de la destruction, que la brutalité et la méchanceté de celleux qui y travaillent cherchent à broyer les gens, il y a des choses qui échappent à leur contrôle. Elles nous parlent de la joie, des amitiés, de la solidarité et des luttes qui continuent dans la taule, et ça fait chaud au cœur.

L’entretien dure 1h30. Les thèmes abordés vont être :

  • la pression à être une bonne mère ou une bonne femme tout comme il faut
  • le contrôle des corps et de la sexualité en prison
  • le travail et les activités genrées
  • être perçue comme violente en tant que meuf et la psychiatrisation
  • la solidarité entre prisonnières et à l’extérieur
  • la mise en concurrence entre elles

Enfin, dans l’entretien, y a beaucoup les termes de « femmes » et « hommes » qui reviennent. On préférerait parler des personnes qui se retrouvent enfermées dans des prisons dites pour femmes ou pour hommes. On veut dire par là que toutes les personnes dans ces taules ne se reconnaissent pas forcément dans la case qui leur est attribuée. Qu’il y a des meufs trans dans les prisons pour hommes et des gars trans dans les taules pour femmes. Et qu’il y a aussi des personnes qui ne se reconnaissent pas dans cette binarité homme / femme. Et c’est bien là une des violences de la prison : te réassigner à la norme.

Pour nous faire des retours sur l’émission : [email protected]

D’autres ressources radio :

• Femme et taule (3 épisodes) – Dégenré-e : http://www.radiorageuses.net/spip.php?article54

• A l’ombre de la taule – On est pas des cadeaux : http://www.radiorageuses.net/spip.php?article385

• Pour elles toutes. Femmes contre la prison » : Interview de Gwenola Ricordeau (partie I) – Lilith, Martine et les Autres : http://www.radiorageuses.net/spip.php?article1113




Source: Paris-luttes.info