Un mouvement de désobéissance écologique est en train de naître à Paris. Plus de 300 étudiants et lycéens parisiens, réunis en AG à Jussieu le vendredi 8 février, ont choisi de rejoindre le mouvement mondial de grève pour le climat. Déjà, plusieurs milliers de jeunes de divers pays sèchent les cours un jour par semaine en attendant la grosse journée de grève mondiale pour le climat prévue le 15 mars 2019. En Belgique, ils sont déjà 35 000 à sécher les cours et descendre dans la rue tous les jeudis.

La modalité d’action choisie par les jeunes parisiens est assez particulière pour être soulignée. Les grandes marches parisiennes pour le climat qui ont eu lieu depuis la démission de Nicolas Hulot n’ont guère suscité que des likes sur les réseaux sociaux et des articles soulignant à quel point l’ambiance y était « sympathique », « bon enfant » et « familiale ». Cet échec à obtenir le moindre infléchissement réel du cours de la catastrophe écologique que nous vivons a naturellement amené les jeunes à se tourner vers un autre registre de mobilisation : la désobéissance.

Des débats qui ont lieu en AG le 8 février, on peut souligner que deux points forts y ont été affirmés : premièrement, la volonté de laisser la porte ouverte à la diversité des tactiques en ne mentionnant par l’impératif de « non-violence » dans le texte (au grand dam des organisateurs de l’impuissance citoyenniste présents). Deuxièmement, l’unité avec les gilets jaunes a été sérieusement envisagée et acclamée sous le mot d’ordre « vendredi vert, samedi jaune ».

La modalité d’action choisie par les jeunes écolos consiste en un jeu avec le gouvernement : chaque semaine, une revendication très exigeante sera formulée pour enrayer le cours du désastre. Si le gouvernement ne réagit pas d’ici le vendredi de cette même semaine, une « sanction » tombera. Pour cette première semaine, les jeunes ont annoncé qu’à moins que le gouvernement ne respecte immédiatement les accords de Paris et déclare « l’état d’urgence écologique et social », ils se réuniront à 14h, vendredi 15, devant le ministère de l’Ecologie. Faisant fi de la maladresse de cette première demande (« état d’urgence » n’étant pas un choix sémantique très heureux en cette période de répression policière et juridique), on lira avec plaisir leur communiqué, publié chez nos confrères de Reporterre.

Ultimatum – Zéro degré sinon zéro pointé

Nous, la jeunesse, sommes né.e.s dans un modèle de société mondialisé responsable de la catastrophe environnementale et sociale actuelle, et c’est notre futur qui se dérobe sous nos yeux.

Heureusement, quelque chose se passe aujourd’hui. Une colère verte gronde sur fond de désordres écologiques toujours plus visibles. La démission de Nicolas Hulot, les impressionnants chiffres de participation aux marches pour le climat, l’État français porté en justice pour « inaction climatique » par plus de deux millions de ses citoyen.ne.s, tandis que les gens affirment qu’« On est prêt » et qu’« Il est encore temps » : les événements récents confirment que le mouvement écologiste prend de l’ampleur.

La jeunesse se mobilise elle aussi : ces dernières semaines, les grèves scolaires pour le climat en Suède, en Australie, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas et en Belgique en témoignent. De plus, en France, le mouvement des Gilets jaunes revendique un système social plus juste, et a permis d’engager un nouveau rapport de force. Tous ces mouvements montrent l’urgence d’une transformation globale où questions sociale et écologique fusionnent pour devenir le projet du XXIe siècle : celui d’un mode de vie et d’un modèle de société viables à terme, incompatibles à tous les niveaux avec le capitalisme, qui ne sera jamais “vert”.

La jeune suédoise Greta Thunberg appelle à la Grève mondiale de la jeunesse pour le climat le 15 mars prochain. Nous, la jeunesse, consciente de l’urgence climatique, allons commencer sans attendre la mobilisation à Paris suivant le principe du mouvement mondial Fridays for future (Les vendredis pour l’avenir), en reconduisant la grève tous les vendredis à partir du 15 février.

Nous entrerons en résistance, car face à l’inaction politique la seule solution est la désobéissance civile

A ceux qui s’appliquent à détruire ce monde et prétendent faire preuve de « pédagogie », nous entendons donner une leçon : chaque vendredi, nous présenterons une revendication impérative afin d’éviter le désastre écologique. Vous, dirigeants et dirigeantes aurez des devoirs à faire, et nous donnerons une semaine à l’État pour mettre en place notre proposition. Si ces devoirs ne sont pas rendus avant le vendredi suivant, vous serez sanctionnés : nous entrerons en résistance, car face à l’inaction politique la seule solution est la désobéissance civile. Soyez prêt.e.s pour l’examen du 15 mars. En parallèle, nous présenterons des alternatives citoyennes allant dans le sens de ces propositions et les mettrons en pratique.

Chaque vendredi, nous nous réunirons donc en assemblées locales le matin, avant de nous rejoindre pour une action commune l’après-midi. Soyons le plus nombreu.se.x possible afin de montrer aux dirigeant.e.s que nous n’acceptons plus ce système destructeur de l’environnement. Portons collectivement ce combat jusqu’à ce que cesse l’inaction politique face au dérèglement climatique.

Chaque samedi, nous vous invitons à rejoindre les Gilets jaunes dans leurs manifestations contre ce système qui ravage l’environnement. Vendredi vert, samedi jaune…

Nous sommes tou.te.s concerné.e.s par cette mobilisation : nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend !

Leçon n°1

Pour ce vendredi 15 février, nous proposons au gouvernement de réviser les bases avec une première leçon.

Le dérèglement climatique ainsi que les bouleversements sociaux et environnementaux auxquels nous nous confrontons nécessitent une considération systémique et ne peuvent se réduire au périmètre du ministère de la Transition écologique et solidaire. C’est pourquoi nous appelons le gouvernement français à prendre ses responsabilités et à déclarer l’état d’urgence écologique et sociale afin de débloquer un plan interministériel à la hauteur des risques encourus.

Cet état d’urgence devra faire un constat clair de la situation dans laquelle nous nous trouvons en reconnaissant l’ampleur des dérèglements enclenchées par nos activités tout en mentionnant le manque de moyens déployés jusqu’à maintenant. Il devra notamment consister en une communication intense sur le sujet via la diffusion de spots d’information publics et l’instauration de programmes scolaires à la hauteur des enjeux, ainsi qu’en l’inscription dans l’article 1 de la Constitution du fait que “La France est une République indivisible, laïque, démocratique, sociale, solidaire et écologique.”

Suite à cet état des lieux, une réaction immédiate devra être entreprise.

Nous appelons le gouvernement à débloquer des moyens exceptionnels et contraignants pour s’engager dans la voie d’une réduction annuelle de 4 % d’émissions de gaz à effet de serre afin s’aligner sur l’Accord de Paris et de lutter contre le dérèglement climatique et ses conséquences sur notre monde.

Si le gouvernement persiste dans son manque de volonté et maintient ses notes aussi proches de 0, un conseil de discipline sera organisé pour envisager une réorientation.

Face à la catastrophe, cet enseignement est celui de notre futur, l’échec n’est donc pas une option. Nous saurons vous le rappeler incessamment.

Nous donnons rendez-vous à tous les grévistes, ce vendredi 15 février à 14 heures, devant le ministère de la Transition écologique et solidaire pour le premier rendu des copies.

Evenement Facebook pour vendredi : https://www.facebook.com/events/2075867336045718/

Page Facebook de Désobéissance Ecolo Paris, qui sert de relais pour le mouvement jeune à l’échelle de Paris : https://www.facebook.com/Désobéissance-Ecolo-Paris-400907550728882/