Février 15, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Aucune révolution, aucune évolution ne sont possibles si on n’inclut pas le féminisme comme revendication de base. C’est l’axe transversal de toute lutte, et tout à la fois, le fil de l’équilibriste sur lequel nous avançons, nous les femmes, en tenant bon le balancier de la cohérence personnelle bien des fois.

Selon l’activiste de l’écoféminisme critique, Alicia Puleo, le changement passe par la prise de conscience de la nécessaire transformation de notre modèle de vie, de consommation et de travail : « Transformer le modèle androcentrique de conquête et d’exploitation destructrices implique aussi bien d’adopter un regard empathique sur la nature que de mener une analyse critique des relations de pouvoir ».

Les postulats de l’écoféminisme critique ne reviennent pas à entériner une nouvelle fois le retour des femmes à des tâches qui leur sont traditionnellement dévolues mais impliquent une recherche d’alternatives non violentes, durables et pacifiques au patriarcat capitaliste, parce que l’origine de tout déséquilibre passe par un rapport d’inégalité. La révolution écoféministe ne consiste pas à visiter le stand de produits bio du supermarché ni à reprendre cette image bucolique de la femme agricultrice courbée sur les blés en portant un bébé, comme dans une toile de Millet.

L’écoféminisme propose de reformuler tout ce que nous entendons par “travail” et “vie”. Il va aussi mettre la vie au centre, en ne l’entendant pas comme un concept individualiste, mais comme l’ensemble des liens qui se nouent depuis les réseaux les plus proches qui s’établissent dans notre quotidien. En comprenant l’expérience vitale comme un «nosotras» [“nous” au féminin, en espagnol].

« Si nous comprenons que les femmes ont aussi été une altérité exploitée, tout comme la nature et les animaux, nous pouvons entreprendre de meilleurs projets d’émancipation », argumente la chercheuse [de l’Instituto de Agroquímica y Tecnología de Alimentos] du CSIC [équivalent du CNRS], Laura Laguna. Ce sont des pièces de puzzle qui s’emboîtent naturellement et nécessairement, en prenant conscience des modes de consommation et des systèmes qui les sous-tendent, lesquels nous pervertissent et nous rendent malades.

Il s’agit de reconstruire un nouveau présent égalitaire et durable tout en luttant dans le même temps pour renverser l’ordre ancien, en partant de la proximité, des mains qui se joignent, de réapprendre à apprécier l’environnement rural plutôt que les commerces franchisés qui envahissent les villes de leurs anglicismes et nous éloignent de la prise directe avec l’authentique.

Dossier CNT nº 424. Écologie sociale




Source: Monde-libertaire.fr