[unable to retrieve full-text content]

De nouveaux gestes attisés par la haine de l’Autre sèment l’effroi en Allemagne. Dans le pays où l’extrême-droite regagne en popularité, les attentats commis par les groupuscules et des « loups solitaires » racistes et fascistes connaissent une hausse marquée. Il s’agit pour cette frange plus extrême d’accélérer le basculement vers un État plus autoritariste et raciste. Mercredi soir de la semaine dernière, Tobias R., un homme de 43 ans, a ouvert le feu sur les clients de deux bars à chicha de la ville d’Hanau, tuant par balle 9 personnes (la majorité d’origine kurde), pour ensuite retourner son arme contre lui et sa mère, âgée de 72 ans, dans son appartement. En guise de revendication de ce double attentat, le tireur laissait dans cette dernière un document écrit et une vidéo dans lesquels ses motivations racistes et haineuses apparaissent on ne peut plus clairement. L’individu est dépeint dans les médias comme un incel (membre de la communauté Web misogyne des « célibataires involontaires ») fanatisé par les théories racialistes et fascistes prévoyants de nébuleuses conspirations islamiques ou juives menaçant les « cultures nationales » européennes blanches.

En outre, on apprend que malgré ses positions extrêmement inquiétantes et son sentiment de subir une surveillance constante, l’individu fréquentait dans ses loisirs un club de tir de Francfort où le personnel le décrivait comme un type « calme » [1]. Un constat net s’impose : l’islamophobie et les idées revampées des nouveaux mouvements d’extrême-droite sont largement banalisées. Des colonnes de grands médias qui ouvrent leurs pages aux tribuns populistes faisant de la peur de l’Autre leur gagne-pain au développement de réseaux et de groupuscules armés et prêts à agir, ce constat doit amener une nouvelle conscience de la menace posée par ces poisons. Cette menace tue.

L’histoire retiendra que tous et toutes n’étaient pas si dupes devant cette dernière. Le temps présent voit l’émergence de féroces mouvements antifascistes qui luttent sur le terrain contre vents et marées. Ainsi, les réponses antifascistes en Allemagne ne se sont pas fait attendre. Un exemple notable en a été la manifestation spontanée de près de 1000 personnes à Stuttgart, dont des centaines ont, en un mouvement de colère, défoncé les lignes de policiers pour envahir l’hôtel de ville et s’en prendre aux bureaux du parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD) [2].

Après des attentats comme ceux d’Hanau, les experts « académiques » que l’on invite sur les panels aiment bien prendre la pose pour affirmer qu’« on » (pour pronominaliser la société bien-pensante confortablement nichée dans l’opinion publique bourgeoise) « a pas suffisamment pris la menace au sérieux ». Ces mêmes bien-pensants, qui au quotidien traitent de marginaux les manifestations populaires et les coups d’éclat antifascistes et craignent les prises de position « anti », ont tout autant de sang sur les mains. La même chose se produit ici… quand bien même que plusieurs individus et groupuscules armés, suprémacistes blancs ou d’extrême-droite, de la région ont été identifiés et dénoncés, l’establishment ferme les yeux devant leurs menaces toutes claires et publiques et attend l’irréparable, une chroniqueuse du Quotidien patiente pour sortir son titre sensationnaliste « Le temps des morts est fini là là », les radios-poubelles défèquent leurs préjugés grossiers envers les « Autres » sur les ondes et la police municipale traque quelques activistes antiracistes qui nuisent à leur image publique.

Contre le fascisme ou le Capital : n’attendons rien de l’État, seule la lutte paie!

Shit $tain

[1] Johanna Luyssen. « ‘Le temps des morts est terminé’ », Le Devoir, 21 février 2020, p.A7.
[2] https://enoughisenough14.org/2020/02/23/after-hanau-germany-spontaneous-demo-in-stuttgart-part-of-the-demo-storms-city-hall-and-visits-afd-offices/


Article publié le 27 Fév 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com