Depuis le 31 décembre 2019, des unités du ministère de la Défense et des employés de BTP travaillent à la construction des murs de clôture pour protéger l’aéroport militaire Mieu Mon à Hanoï. Mais ces clôtures empiètent énormément sur des terrains utilisés par des habitant·e·s vivant à côté, notamment dans le village de Dong Tam, déjà connu pour son opposition à l’État dans des affaires de confiscation de terres (cf. cet article de 2017). Ça fait environ trois ans que les villageois·es contestent la confiscation par les militaires de terrains entourant l’aéroport de Mieu Mon (dans le nord du pays, près de la capitale Hanoï).

Des affrontements ont éclaté à l’aube du jeudi 9 janvier 2020 lorsque les autorités ont tenté d’ériger une clôture autour des terres revendiquées par les habitant·e·s. Les forces de l’ordre ont alors rencontré des habitant·e·s muni·e·s «de grenades, de cocktails Molotov et de couteaux», selon un communiqué du ministère de la Sécurité publique. Le «désordre» a conduit à «la mort de trois policiers et un villageois» ajoute le communiqué, précisant que d’autres villageois ont été «arrêtés pour violation grave de la loi».

Les flics et les militaires n’ont pas seulement repris du terrain pour «protéger» l’aéroport mais ont également démoli au moins une maison à Dong Tam, celle d’un fermier de plus de 80 ans, M. Kinh, connu pour avoir été impliqué dans la prise d’otages de policiers en avril 2017 (cf. l’article cité plus haut). Dans le village, la police et l’armée ont attaqué à coups de grenades, de gaz lacrymogène et de tout leur attirail habituel. Plusieurs personnes ont été arrêtées, notamment dans l’entourage de M. Kinh.

Les travaux de construction des murs de clôture de l’aéroport seraient à nouveau en cours, sous la protection de l’armée. 47 hectares de terres cultivées sont menacées par le projet du gouvernement vietnamien ainsi que par celui de l’entreprise Viettel (le plus grand opérateur téléphonique du pays), sans aucune compensation pour les villageois·es qui perdraient leurs terres (qui sont légalement toutes la propriété de l’État et ont été squattées il y a environ 40 ans), alors qu’elles les utilisent depuis des décennies, tout en payant taxes et impôts dessus…

Suite à ces affrontements, la police de Hanoï a décidé de mettre l’affaire en instruction pénale pour
«meurtre, actes d’opposition à l’encontre de personnes exerçant des fonctions publiques, détention et utilisation illicites d’armes». Les flics et militaires auraient saisi
«8 grenades, 38 cocktails Molotov, 20 litres d’essence, 12 tubes de fer pointus, 3 boîtes de fusées éclairantes, 1 pistolet à impulsion électrique, 1 épée et 1 marteau» !

Solidarité avec toutes les personnes poursuivies et sous instruction !

[Sources: Le Figaro | Vietnam+ | Le Courrier du Vietnam | Radio Free Asia.]


Article publié le 10 Jan 2020 sur Fr.squat.net