DĂ©cembre 12, 2020
Par Paris Luttes
332 visites


-* Dimanche 13 dĂ©cembre Ă  19h, cinĂ©-club : le Narcisse Noir de Michael Powel (1947, 1h37).

Cinq nones anglicane de la ConfrĂ©rie de Marie sont envoyĂ©es au fin fond de l’Himalaya pour y installer un couvent dans un palais nichĂ© tout en haut d’un pic rocheux dont les murs sont encore dĂ©corĂ©s de fresques qui illustrent son prĂ©cĂ©dent usage de harem du prince local. L’isolement, la magnificence du lieu – et, peut-ĂȘtre, l’aide du diable -, mettront Ă  mal le rigorisme choisi, exacerberont la tentation, jusqu’à ce que le spectateur soit pris lui aussi dans l’émergence dĂ©sordonnĂ©e de dĂ©sirs et de passions d’au-tant plus violents qu’ils sont coupables, dans une tension trĂšs maĂźtrisĂ©e par un rĂ©alisateur qui travaille chaque plan, les sons, les couleurs, les lumiĂšres avec une prĂ©cision fascinante. Pour ce film Ă  grand spectacle, Michael Powel refuse en effet la proposition grandiose de tourner en dĂ©cors rĂ©els au NĂ©pal pour prĂ©fĂ©rer une reconstitution en studio qui allie toiles peintes et effets spĂ©ciaux subtils Ă  partir de plaques de verres dĂ©corĂ©es surimprimĂ©es sur l’image, le tout avec la luminositĂ© si spĂ©cifique du technicolor, avec une confiance absolue dans un suggestivitĂ© des reprĂ©sentations presque plus forte que la rĂ©alitĂ© qui fonctionne avec le spectateur de maniĂšre finalement assez semblable aux fresques murales pour les nones. À partir de ce film, on pourra parler de morale, de religion et de toute les formes de rĂ©pression qu’on peut infliger aux autres et Ă  soi-mĂȘme et des vagues dĂ©sirantes qui irrĂ©pressiblement les submergent. On entre ouvre aussi la possibilitĂ© d’un cycle autour de la « nunsploitation Â», avec ces films d’exploitation qui, en Europe mais aussi au Japon, Ă©mergent dans les annĂ©es 70 pour mettre en scĂšne (et en question) la rĂ©pression morale et religieuse, Ă  travers des tentations forcĂ©ment irrĂ©sistibles Ă  la sexualitĂ©, Ă  la terreur ou Ă  la violence.



-* Lundi 14 dĂ©cembre Ă  19h, discussion autour du tri des vies. Discussion co-oroganisĂ©e avec des participant au site Aux EnfermĂ©s du confinement

On a vu fleurir dĂšs le dĂ©but des diffĂ©rentes gestions sanitaires de la pandĂ©mie de covid Ă  l’échelle internationale maints raisonnements parfaitement cyniques calculant le prix et la valeur des « vies humaines Â» selon des critĂšres comme l’ñge, la comorbiditĂ©, l’état de santĂ©, le profil Ă©conomique, etc, Ă  travers des Ă©ditos et des articles de presse, mais aussi comme raisonnements sous-jacents Ă  des circulaires et consignes des ARS ou du ministĂšre de la santĂ© en France, faisant passer des mesures comme la fin temporaire du dĂ©placement du SAMU dans les EHPAD, ou le maintien coĂ»te que coĂ»te des patients des Ă©tablissements mĂ©dico-sociaux hors des hĂŽpitaux publics. A donc Ă©tĂ© publiquement assumĂ©e une normalitĂ© du « tri des vies Â», de la sĂ©lection et de la priorisation des soins, qui, en effet, a bel et bien lieu Ă  travers les diffĂ©rentes formes de gestion de crise, jusqu’aux situations critiques de l’accĂšs en urgence aux salles de rĂ©animation dans les hĂŽpitaux, refusĂ© Ă  des personnes jugĂ©es moins « prioritaires Â». Si cette pratique existait dĂ©jĂ  avant, le fait qu’elle puisse Ă  ce point apparaĂźtre comme normale et justifiĂ©e par la « crise sanitaire Â», Ă  un point oĂč il est visible que tout un chacun n’est pour l’État qu’une matiĂšre premiĂšre Ă  traiter selon les impĂ©ratifs du maintien du monde sur ses bases capitalistes, nous invite Ă  prendre le temps de rĂ©flĂ©chir Ă  ce qui nous semble ĂȘtre un moment de l’histoire oĂč de nombreux verrous sautent irrĂ©pressiblement dans les consciences dĂ©mocrates du vieux monde. Pourtant, il peut ĂȘtre intĂ©ressant de rĂ©flĂ©chir aux diffĂ©rentes formes qu’a pu prendre le « tri des vies Â» dans l’histoire, jusque dans ses applications gestionnaires extrĂȘmes que peuvent ĂȘtre l’eugĂ©nisme, l’exclusion, voire la mise Ă  mort, que celle-ci soit programmĂ©e ou non, tout en pensant la spĂ©cificitĂ© des formes actuelles de « tri Â». Aux Fleurs Arctiques, nous rĂ©flĂ©chis-sons justement depuis un certain temps Ă  l’hypothĂšse d’un nouveau paradigme de gestion en train de se mettre en place, qui pourrait aider Ă  comprendre le « tri des vies Â», celui de la « sociĂ©tĂ© assurantielle Â». Cette hypothĂšse pourrait ĂȘtre approfondie Ă  l’occasion de cette discussion, en lien avec une autre discussion au programme qui concerne les tech-niques sĂ©curitaires dans l’urbanisme. En effet, la « sociĂ©tĂ© assurantielle Â», c’est l’hypothĂšse d’une gestion se faisant par anticipation et prĂ©diction des risques, en agissant dans le but de se prĂ©munir a priori contre tout ce qui pourrait aller Ă  l’encontre du dĂ©veloppement du capital et de l’État. C’est « s’assurer Â» en gĂ©rant. Or, ce rapport au temps qui vise Ă  assurer l’avenir, se retrouve justement Ă  dĂ©terminer des choix de soin et de traitements, de rapports Ă  la vie et Ă  la mort, en faisant passer le maintien en bonne santĂ©, le « capital santĂ© Â», avant la prĂ©occupation de la maladie. Nous proposons d’avoir le numĂ©ro 6 des « Feuilles Antarctiques Â» consacrĂ© Ă  la sociĂ©tĂ© assurantielle comme base de la discussion, afin de poursuivre et d’approfondir cette rĂ©flexion avec tous ceux que cela intĂ©resse.

  • Vendredi 18 dĂ©cembre, permanence de 16h Ă  19h

Plus d’infos sur le programme à venir sur notre site

Les Fleurs Arctiques, 45 rue du pré saint Gervais, 75020 Paris.




Source: Paris-luttes.info