Un sans-papiers a Ă©tĂ© violemment interpellĂ© mercredi matin, 23 septembre, au marchĂ© de Die, aprĂšs que les gendarmes aient tentĂ© de le contrĂŽler et verbaliser pour non port du masque. Un de ses amis rĂ©agit.

On entend dĂ©jĂ  commenter, analyser, baver sur ce qui s’est passĂ©, avec plus ou moins de pertinence et de proximitĂ© avec la vĂ©ritĂ© : le pote aurait des troubles psychiques, quand on est dans sa situation on a plutĂŽt intĂ©rĂȘt Ă  raser les murs et fermer sa gueule, il a vraiment dĂ©connĂ© sur le coup, quand on fonce dans un mur on se le prend… La liste pourrait s’allonger, la libertĂ© de commenter Ă©tant bien une des derniĂšres qu’on nous concĂšde pleinement.

Quelques prĂ©cisions toutefois, aussi en forme de mise au point :

Être sans-papiers, c’est ĂȘtre exposĂ© Ă  la menace permanente d’un contrĂŽle policier, qui peut conduire Ă  l’arrestation, l’enfermement en centre de rĂ©tention et Ă  la dĂ©portation. Et cette menace est toujours prĂ©sente. Être confrontĂ© aux gendarmes quand on est sans-papiers active de fait cette terreur. Essayez au moins d’imaginer dans quel Ă©tat cela peut mettre. Et sans mĂȘme parler du traitement rĂ©servĂ© aux personnes racisĂ©es dans de nombreuses rues, quartiers et commissariats de l’hexagone.

Les Ă©tats d’urgence sanitaires et sĂ©curitaires permanents dans lesquels nous sommes dĂ©sormais plongĂ©s confĂšrent aux forces de l’ordre des pouvoirs arbitraires et exorbitants. Quand nous mouvoir dans l’espace public ne nous est pas purement et simplement interdit, celui-ci est quadrillĂ© par des flics surarmĂ©s et galvanisĂ©s par leur toute puissance. Dans cet Ă©tat policier qui ne se masque plus, les catĂ©gories prĂ©carisĂ©es, discriminĂ©es et fragilisĂ©es sont d’autant plus en danger.

A cette Ă©poque qui transpire par toutes ses pores l’obĂ©issance et la soumission, ceux qui ont pour mission de nous tenir en laisse ne supportent plus le moindre dĂ©but de commencement de remise en cause de leur autoritĂ©. PlutĂŽt que de laisser s’apaiser une situation qui pourrait dĂ©gĂ©nĂ©rer, ils ne lĂąchent rien. Et la violence accompagne fatalement cette posture.

Pour notre santĂ© et notre sĂ©curitĂ©, nous n’aurons plus de libertĂ©s, nous disent les experts et autres administrateurs de nos vies. Ceux lĂ  mĂȘme qui administrent le dĂ©sastre dans lequel nous nous noyons.

Notons au passage que la scĂšne du marchĂ© s’est dĂ©roulĂ©e sous le regard et les commentaires de trĂšs nombreuses personnes, mais qu’il ne s’est trouvĂ© pour le coup personne pour l’aider Ă  se tirer de ce piĂšge. Pour parler, ça parle…

Pour ces raisons et tant d’autres, nous dĂ©nonçons sans nuances ce qui est arrivĂ© hier Ă  notre ami, et les consĂ©quences odieuses qui peuvent en dĂ©couler sur sa vie, et ce quelles que soient les circonstances particuliĂšres qui ont pu conduire Ă  cette situation. Entre des policiers qui incarnent cet ordre et cette mise au pas iniques et une personne qui fait partie de celles et ceux qui le subissent en premiĂšre ligne, nous nous positionnons. Nos rues et nos places ne sont pas des casernes et des terrains de chasse. Nos vies ne peuvent pas se rĂ©duire Ă  cette pathĂ©tique mascarade. Nos libertĂ©s ne peuvent pas exister que dans nos bouches.

Avec ou sans masques, avec ou sans papiers, nous détestons tou.te.s la police.


Article publié le 28 Sep 2020 sur Dijoncter.info