Mai 31, 2020
Par Grozeille
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Alors que les « black blocs Â» sont applaudis Ă  Hong-Kong, au Chili ou ailleurs, aucun petit politicien français, de la droite Ă  la gauche anticapitaliste, ne semble les apprĂ©cier, ni mĂȘme les connaĂźtre dans son pays. A chaque manifestation qui tourne aux affrontements, on entend tout et son contraire sur les manifestants masquĂ©s : les organisateurs disent « les black blocs sont lĂ  pour dĂ©crĂ©dibiliser le mouvement! Â» et les manifestants lucides « s’il n’y a pas de casse on n’obtient rien Â». Les policiers pleurnichent : « on ne nous laisse pas intervenir contre les black blocs, on ne nous donne pas assez de moyen Â», et certains spĂ©culent : « les black blocs sont des policiers infiltrĂ©s Â». Des vidĂ©os et des photos deviennent virales et sont brandies comme preuve de la thĂ©orie du « casseur-flic infiltrĂ© Â».

Pourtant il est manifeste que le black bloc n’est ni une bande de casseurs cinglĂ©s, ni un groupe pilotĂ© par la police, quand bien mĂȘme quelques cas individuels douteux pourraient ĂȘtre identifiĂ©s. Si les manifestants se masquent et se confrontent Ă  la police, c’est d’abord pour se dĂ©fendre et dĂ©fendre les autres manifestants, comme le font les Ă©tudiants Ă  Hong Kong, ou les manifestants chiliens, oĂč « black blocs Â» et manifestants pacifiques coopĂšrent et s’entraident. De sorte que la confusion entre flic cagoulĂ© et manifestant masquĂ© pourrait bien ne profiter qu’au gouvernement et Ă  sa police.

En France, Ă  plusieurs reprises, le black bloc a Ă©tĂ© applaudi en manifestation gilet jaune. Il y a mĂȘme eu, en fĂ©vrier 2019, un dialogue entre Priscillia Ludosky (gilet jaune) et des partisans de la technique black bloc qui a Ă©tĂ© publiĂ© sur Twitter. Nous le republions ici, en espĂ©rant que les sceptiques puissent y trouver l’envie de se renseigner sur les pratiques des manifestants masquĂ©s et, peut-ĂȘtre, de dĂ©couvrir des rapprochements possibles.

A l’occasion de divers rassemblements de Gilets Jaunes nous rencontrons pas mal de citoyens dont une partie plu connue sous le nom de « black blocs Â». Ceux-ci sont venus Ă  la rencontre de certains organisateurs afin d’expliquer leur dĂ©marche et durant cet Ă©change ont proposĂ© de communiquer Ă  ce sujet pour permettre aux uns et aux autres d’en savoir plus. C’est ainsi qu’un questionnaire, qui pourrait s’apparenter Ă  une interview, leur a Ă©tĂ© transmis et dont le rĂ©sultat se trouve ci-dessous.

I. Question des Gilets Jaunes

Nous, les Gilets Jaunes, organisateurs des manifestations Ă  Paris, vous adressons cette demande pour nous expliquer quels sont les buts de votre prĂ©sence sur les manifestations. Parce que les gens (citoyens, Gilets Jaunes, la sociĂ©tĂ©, presse et mĂ©dia, etc.) ne savent pas le motif de votre prĂ©sence et de vos actions lors de vos apparitions, le questionnaire permettra d’éclairer, de clarifier, ou de lĂ©gitimer votre mouvement pour l’ensemble des citoyens.

  1. PremiÚrement, les Black Blocs, que représentent-ils ? Pouvez-vous nous faire une brÚve présentation de votre groupe, et de vos revendications ?
  2. Pourquoi avoir choisi ces mĂ©thodes d’actions ? Jusqu’oĂč ĂȘtes-vous prĂȘts Ă  aller ?
  3. Pouvez-vous nous expliquer votre stratĂ©gie d’action et sur les fins de parcours des manifestations ?
  4. Quelle partie des citoyens représentez-vous ? Et sur quel secteur géographique agissez-vous ?
  5. Si c’est uniquement Ă  Paris que vous agissez, comment sont organisĂ©es vos actions ?
  6. Quel est votre point de vue sur les oppositions et les contacts avec les forces et les violences qu’elles engendrent ?
  7. Pour bien comprendre, quelles sont vos cibles et que pensez-vous de l’action des Gilets Jaunes et de leurs revendications et si possible votre position envers les reprĂ©sentants de l’état ?
  8. Serez-vous prĂ©sents sur les prochains mouvements ? Si cela vous est possible rĂ©pondez Ă  l’ensemble des questions posĂ©es ou seulement aux questions auxquelles vous dĂ©sirez rĂ©pondre. Si vous le souhaitez, il est possible d’effectuer en plus des Ă©crits, un enregistrement audio ou vidĂ©o anonyme en complĂ©ment de vos revendications. Je vous remercie de nous permettre de mieux vous comprendre et nous communiquerons vos rĂ©ponses Ă  l’ensemble de la presse. Ce communiquĂ© sera envoyĂ© et c’est vous qui choisissez d’y mettre les rĂ©ponses que vous souhaitez partager. Nous, les Gilets Jaunes, vous remercierons de vos rĂ©ponses.

II. RĂ©ponse de Black Blocs

Préambule

PremiĂšrement le “Nous, Gilet Jaune” et le “Vous” n’existe pas. Commençons sur de bonnes bases. Aucune opposition n’est possible car nous sommes insĂ©parables. De ce principe, notre prĂ©sence et notre but sont les mĂȘmes que pour tout bon GJ : se battre contre ce systĂšme corrompu crĂ©ant de l’injustice sociale, Ă©conomique de plus en plus flagrante.

Le citoyen lambda (dont nous faisons partie) doit savoir que les motivations ou “motifs” sont les mĂȘmes pour tous les acteurs du mouvement GJ. Donc ce n’est pas un mouvement dans le mouvement, mais une partie du mouvement hĂ©tĂ©roclite qui fait l’originalitĂ© des GJ.

1. Le Black Bloc ne reprĂ©sente rien de plus qu’une façon de manifester, en aucun cas une organisation, “groupe” ou autre mouvement politique. Il n’y a pas de structure ou d’organisation, seulement des affinitĂ©s ou non qui naissent.

La formation d’un “Black Bloc” ou yellow bloc comme le 1er dĂ©cembre [2018] dĂ©coule d’une situation de tensions lors d’une manifestation ou les personnes les plus aptes Ă  faire face Ă  l’agression des forces de l’ordre se mettent en premiĂšre ligne protĂ©geant ainsi les plus vulnĂ©rables. Donc il n’a pas de revendications spĂ©cifiques car il participe Ă  des manifestations concordant Ă  ses idĂ©es comme n’importe quel acteur de cette manifestation. Cette formation n’est donc pas prĂ©parĂ©e par un groupuscule ni “fantasmĂ©e” par des personnes se rĂ©voltant contre la rĂ©pression et se regroupant en faisant bloc.

2. Ses mĂ©thodes d’actions ?! Comment rester pacifique face Ă  la violence policiĂšre ? Certains GJ ont donc dĂ©cidĂ© de ne pas se laisser faire. La vraie violence se situe devant nos yeux dans les rues oĂč des gens meurent et mangent dans les poubelles.

La vraie violence c’est celle de cet État qui tient des milliers de personnes dans un Ă©tat de survie, oĂč travailler n’est qu’un moyen de ne pas couler complĂštement, et mĂȘme comme cela les gens honnĂȘtes ne parviennent pas Ă  ne pas finir en surendettement. Pas besoin d’ĂȘtre mathĂ©maticien pour comprendre que lorsque les sorties d’argent sont plus importantes que les entrĂ©es il y a maldonne.

La violence ce sont ces jeunes qui se prostituent pour pouvoir Ă©tudier. Ce sont ces mains tendues sur les trottoirs. Ce sont ces mobiliers anti-SDF. Ce sont ces inĂ©galitĂ©s Ă©ducatives qui, dĂšs le plus jeune Ăąge, classent la population en groupes Ă©litistes ou non. La violence ce sont ces personnes ĂągĂ©es vivant sous le seuil de pauvretĂ©. Ce sont ces femmes seules qui se battent pour que leurs enfants ne subissent pas le mĂȘme destin, etc.

Alors, rappelez-vous pourquoi le gouvernement a bougĂ© aprĂšs le 1er dĂ©cembre [2018], car il a eu peur. Le gouvernement nous maintient dans cet Ă©tat de prĂ©caritĂ©, de soumission car il a peur de nous. Il nous maintient avec juste ce qu’il faut pour ne pas avoir trop faim et juste ce qu’il faut pour ne pas se rĂ©volter de perdre le peu qui le maintien difficilement Ă  flot. Il a peur du soulĂšvement et du rĂ©veil citoyen. Sa police et sa gendarmerie sont leurs derniers remparts face Ă  la dĂ©tresse des gaulois rĂ©fractaires.

Donc la mĂ©thode est la mĂȘme qu’en mai 1968 ou autre grand mouvement social français ultĂ©rieur ayant abouti Ă  des rĂ©sultats. Quand les plus faibles ne peuvent rĂ©pondre aux attaques des forces de l’ordre, les plus dĂ©terminĂ©s font face, renvoient des lacrymogĂšnes, barricades et autres moyens de retranchement, mettent en sĂ»retĂ© les plus vulnĂ©rables dĂšs les premiers assauts des forces de l’ordre.

Ensuite cela devient, Ă  bon entendeur, “Ɠil pour Ɠil”. Les “casseurs” d’aujourd’hui seront les hĂ©ros de demain. Nous sommes prĂȘts Ă  aller jusqu’oĂč la manifestation ou le soulĂšvement nous portera. C’est l’État qui a les clĂ©s en main. Plus la rĂ©pression est forte plus la rĂ©sistance sera tenace (ceci ne se fera jamais sans le soutien de la masse).

3. La stratĂ©gie de fin de parcours, nous la vivons ensemble tous les week-ends avec les nassages et gazages d’oĂč la beautĂ© des actes oĂč les manifestants ont dĂ©cidĂ© de ne pas se laisser faire. Reste alors deux choix possibles : la fuite ou y faire face, soit la soumission ou la rĂ©sistance citoyenne.

4. Nous ne reprĂ©sentons que nous-mĂȘmes, les participants restent des libertaires et non des identitaires. Les secteurs gĂ©ographiques sont donc les mĂȘmes que pour les GJ. Donc dĂ©solĂ© mĂȘme si c’est Ă  Paris oĂč les institutions se trouvent, tous les GJ n’ont pas les moyens d’y aller tous les week-ends. Il n’y a pas d’organisation [du black bloc] Ă  proprement parler. Il faut arrĂȘter les fantasmes. Les prĂ©tendues organisations ne sont que des groupes de personne ayant des affinitĂ©s. On se retrouve, on bouge ensemble, on se protĂšge les uns et les autres.

5. Chacun est libre de ne pas tendre la joue gauche à la police politique de Macron. Les violences ne sont que le résultat logique de la politique violente de notre gouvernement.

6. Comme dit prĂ©cĂ©demment, le combat est le mĂȘme pour tout GJ qu’importe la mĂ©thode. La faim justifie les moyens. Nous nous battons contre tout ce qui est nĂ©faste et qui dĂ©coule du capitalisme dont la liste est non exhaustive : les professeurs sous-payĂ©s, les inĂ©galitĂ©s Ă©ducatives, les mĂ©decins et personnels soignants sous-payĂ©s et surexploitĂ©s dans des hĂŽpitaux bondĂ©s, la mĂ©diocritĂ© des produits quels qu’ils soient dans une logique de profit au dĂ©triment de l’humain, la surproduction, le gĂąchis, la faim, les recherches mĂ©dicales inabouties car non rentables, l’obsolescence programmĂ©e, l’écologie punitive des « fainĂ©ants » quand on impose des taxes carbone alors que l’on exonĂšre les vrais pollueurs en dĂ©courageant le marchĂ© local.

Ce que nous revendiquons :

– La remise en place de la sĂ©paration des pouvoirs selon notre constitution. (Gouvernement imposteur)
– Le RIC
– Les retraites dĂ©centes
– Combat de la finance
– La Justice sociale et fiscale (puisqu’une poignĂ©e d’ĂȘtres humains possĂšde plus que les Ÿ de la population gĂ©nĂ©rale)
– La justice pour tous

Et bien sĂ»r, la destitution du gouvernement et dissolution de l’assemblĂ©e.

Nous sommes tous GJ et aspirons aux mĂȘmes buts. Le black bloc en est juste une consĂ©quence et non une cause.

ON NE LÂCHE RIEN, GJ JUSQU AU BOUT !

08/02/2019

Sources :




Source: Grozeille.co