Avril 18, 2016
Par Non Fides
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Les quelques 150 pages posent, ceci indirectement, énormément de questions, peut-être embarrassantes pour certains “révolutionnaires” confrontés à des sujets plus “abstraits” ou plus éloignés d’un militantisme de terrain [2].

La place de la loi, la liberté d’expression, la forme de l’aliénation, (religieuse ou marchande) mais finalement n’est-ce pas le même phénomène ? celui d’une concurrence de fétiches ? Il permet à n’en pas douter un travail de dé-centrage et n’est pas un rapide propos relativiste culturel. Il s’agit finalement d’une analyse de classe, de sexe et de “racisation” [3].

Mais peut-on se satisfaire de la position de type voltairienne de Pierre Tevanian et des nombreux paradoxes décortiqués au fil des pages ? Ceci dans une société de classes, donc de domination, de rapports de force ? Le débat est-il aussi clair que cela entre “républicain” presque abusés selon l’auteur, et les racialistes déclarés ? Nous ne pensons pas, contrairement à P.Tevanian qu’il y ait eu un âge d’or de la laïcité. Que l’école puisse être un lieu de débat ouvert, ou qu’elle puisse l’avoir été un jour. Elle est le lieu par excellence de la reproduction sociale et de la performance, du conformisme et de l’exclusion. Elle sert essentiellement à cela, que ce soit avec son élitisme et son darwinisme social, sa méritocratie et sa culture de “l’effort”, qui manquerait tellement selon certains aux plus désargentés.

On peut s’étonner d’une déconstruction argumentaire par la recherche d’une cohérence, là ou le pouvoir fait tout pour densifier la bêtise raciste et le rejet, celui-ci ne se préoccupe que d’efficacité, d’élections et du prochain ennemi à exclure pour rassembler.

La rationalisation du “problème” permet de comprendre, ceci sans sombrer dans la peur et les amalgames, ou la peste émotionnelle, qui constituent le meilleur carburant des sociétés totalitaires. Mais la question de LA religion et non pas ses signes [4] reste posée. (Ce n’est peut-être pas l’objet du livre d’ailleurs)

Si “la religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.” [5] rien ne nous empêche de combattre toutes les aliénations, religieuses ou marchandes, ceci avec la même intensité. Que la “créature” se pense libre d’être aliénée ou simplement “libre” d’être une “créature de rêve”.

Accompagner les “opprimés” dans la défense de leurs aliénations, peut-être est-ce là un pas que nous ne franchirons pas. Notre mémoire est trop vive du compagnonnage systématique des religieux avec les pouvoirs et le capitalisme [6].

[Repris de Vosstanie, avril 2012, à propos d’une énième bouse de Tevanian aux éditions Libertalia.]




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