Avril 25, 2016
Par Lundi matin
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est dans le bureau avec moi et je scanne deux documents

document 1 : notification de la décision d’admission de l’aide juridictionnelle

document 2, en haut à droite : république française / au nom du peuple français

est dans le bureau et me passe son ami avec qui il parle au téléphone

son ami parle français, je lui explique la situation

sur le document 1 le nom de l’avocat n’est pas le nom de l’avocate que j’avais contactée et qui avait

donné son accord pour faire le recours auprès du cnda – centre national du droit d’asile – contre le

rejet de la demande d’asile émis par l’ofpra – office français de protection des réfugiés et apatrides

on ne comprend pas la situation, je dis que je vais téléphoner à l’avocate

j’appelle l’avocate, elle dit que c’est une erreur du cnda

elle va demander la succession à son confrère, c’est l’expression : demander la succession

on est rassuré, pour cette chose-là, pour ce jour-ci

on va à la caf tous les cinq pour une demande de rsa

il a le statut de réfugié

pendant que tous les trois sont reçu,e,s par un conseiller puis une conseillère

on improvise tous les deux une leçon de français

il aimerait bien venir vivre à nantes, une grosse ville

il s’ennuie dans la petite ville où il réside actuellement

il vit dans un foyer

il ne vit pas dans un squatt à nantes avec risque d’expulsion grandissant ces jours-ci

vers 18h il faut vingt policiers de la bac pour arrêter un seul manifestant

aujourd’hui je crois qu’il y a autant de crs et de gardes mobiles que de manifestants

les crs

et les gardes mobiles

ont des conditions de travail de merde comme un maximum de personnes qui travaillent

il y a la violence que les crs et les gardes mobiles exercent à l’égard des manifestants

il y a la violence que les crs et les gardes mobiles subissent dans la tenaille hiérarchique de leur travail

si on descend dans la rue contre la loi travail, c’est pas parce qu’elle concerne le travail

c’est parce que la question du travail, c’est la question de l’emploi de la vie

et que le travail, tel que nous le voyons autour de nous, c’est juste la négation de la vie

la vie en version merde

si les crs et les gardes mobiles cessaient leur travail

si les crs et les gardes mobiles et combien d’autres d’entre nous au rang desquels parfois je me compte

si les crs et les gardes mobiles et combien d’autres d’entre nous cessaient de vivre une vie

en version merde

il y a de la joie du côté des manifestants

il y a de la joie et du jeu du côté de celles et ceux qui caillassent et détallent et reviennent

il y a des coups et des blessés et un danger réel

il n’y a aucune joie je pense du côté des crs et des gardes mobiles

il y a je le crains de la jouissance à l’œuvre dans les corps des vingt policiers de la bac qui interpellent

un manifestant

il y a je crois une jouissance de la meute

il y a joie ou jouissance je ne sais pas du côté de l’émeute

il y a je pense une tristesse incalculable chez les crs et les gardes mobiles

et chez combien d’entre nous

une joie ingouvernable est une réponse à cette tristesse incalculable

une jouissance aux ordres, aussi, peut répondre

du côté des crs et des gardes mobiles on entend une voix relayée par un mégaphone :

au nom de la police nationale, nous vous demandons de vous disperser

il y a une joie à détaller, marcher, en nombre, à se disperser, se retrouver, seuls, ou en nombre

par hasard, à tel moment, intentionnellement à tel autre

dans les rues de la ville

il y a une joie à parler à une ou un avec qui jamais on avait parlé

il y a une joie à se rencontrer, se reconnaître sans se connaître, sentir les alliances

il y a des femmes et des hommes que je ne connaissais pas hier et que je connais aujourd’hui

cette joie-là, également, est incalculable

elle grandit, et moi et nous avec




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