Nous vous invitons au 45 rue Béchevelin vendredi 10 juillet à 19H30 pour une discussion autour de l’ouvrage « Quartiers vivants », et samedi 11 juillet à partir de 11H pour un repas partagé. Contre l’expulsion de l’Espace Communal de la Guillotière et celles des habitant·es du quartier.

Nous partons d’un constat simple : la ville a besoin d’espaces où peuvent s’inventer et se réinventer nos vies, indépendamment des pouvoirs publics. Des lieux d’entraide et de solidarité où il serait possible de résister, d’échanger sur nos joies et nos combats. Des lieux de débrouille où les activités seraient gratuites, où les moments, les savoirs et les pratiques seraient librement partagées : laver son linge, avoir accès à un ordinateur et internet, faire du sport, regarder un film, récupérer à manger, jouer de la musique ou rapper, accéder à des conseils juridiques pour nos galères administratives, boire un thé ou tout simplement se rencontrer.

De tels espaces existent déjà à Lyon et ils sont précieux. Dans notre quartier, l’Espace Commun de la Guillotière (ECG) s’inscrit dans cette multitude d’expériences qui, de diverses façons, incarnent cette manière de penser le commun. En plus des activités ouvertes sur le quartier, des habitant·es y vivent ainsi au quotidien. Pour beaucoup demandeurs et demandeuses d’asile, leur liberté de se loger a été bafouée par la même Ville qui s’apprête à les mettre à la rue dès le 11 juillet, date de la fin de la trêve hivernale et aube de la seconde vague de l’épidémie de Covid-19.

Le quartier appartient à ceux et celles qui l’habitent, c’est pour cela que nous voulons le défendre collectivement.

Pendant la récente période de campagne électorale, chaque fait divers a été utilisé par la presse et la Métropole pour renforcer l’image d’une Guillotière peuplée de sauvages et de criminel·les. Les flics ont beau se déchaîner Place du Pont, les différents candidats ont trouvé encore le moyen de réutiliser le vieux filon sécuritaire pour grappiller des voix. Il s’agit de gagner le cœur des habitants les plus privilégiés, persécutés par la simple idée que d’autres manières de vivre que la leur puisse exister en bas de chez eux.

L’offensive est policière mais aussi urbanistique : ces choix politiques s’incarnent dans de nouveaux chantiers de construction de logements de plus haut standing qui conduisent progressivement à une hausse des loyers et donc silencieusement au départ de certain·es de ces habitant·es vers la périphérie. Or le confinement, qui a tant affecté les contrats précaires et les milliers de licenciements à venir n’arrangeront rien.

À la Guillotière, cette évolution est observable à l’oeil nu rien qu’en se baladant au CLIP ou autour de l’îlot Mazagran. La disparition des magasins de téléphonie et des snacks de la Place du Pont est désormais un objectif explicitement affiché des compte-rendus de la mairie , qui ne cache même plus sa volonté de faire table rase de la Guillotière et de la réduire à un prolongement aseptisé de la place Bellecour.

Nous avons besoin de maintenir et densifier les liens entre habitant·es du quartier, afin que nous puissions continuer à subvenir à nos besoins et à nous organiser.

L’Espace Communal de la Guillotière (ECG) du 45 rue Béchevelin s’est installé il y a maintenant 8 mois au cœur d’un « projet immobilier » en suspens et contesté par les habitant·es du quartier. La mairie, sous la pression du collectif Habitons Mazagran, a mis en place une « concertation » en comité restreint. Après 6 mois, celle-ci a été incapable de répondre aux revendications des habitant·es de maintenir certains bâtiments historiques qui pourraient être rénovés plutôt que démolis et d’inclure des logements sociaux qui ne soient pas que prétexte à plus de profit pour le promoteur. Ce dernier, UTEI, est ironiquement « spécialiste des logements de standing » et participe de la dynamique générale que nous combattons à la Guillotière.

La crise économique qui s’annonce va continuer de plonger dans la misère de nombreux voisins et voisines. Nous estimons que le projet de l’Espace Communal de la Guillotière porte en lui un élan de solidarité, d’entraide concrète et de bienveillance qu’il serait criminel de vouloir attaquer : c’est plus d’une cinquantaine de famille qui viennent s’y approvisionner chaque semaine pour remplir gratuitement ou à prix libre leurs frigos.

Pour un report de la trêve hivernale jusqu’en mars 2021 et au-delà

Ici et maintenant, nous construisons petit à petit un quartier populaire tel que nous l’imaginons, avec de nouvelles rencontres chaque jour et des amitiés futures. Certains lieux de vie de notre quartier, à l’instar de l’espace de gratuité accessible à toutes et tous qu’est l’ECG, sont expulsables dès le 11 juillet et la fin de la trêve hivernale.

Pour la pérennisation de l’Espace Communal et contre le départ forcé des habitant·es du quartier, nous appelons donc à son report jusqu’en mars 2021 et à se mobiliser contre la Métropole et tout ce qu’elle a d’inhabitable. Nous vous invitons :

  • Vendredi10 juillet à 19H30 pour une discussion autour de l’ouvrage « Quartiers vivants » en présence de ces auteur·ices.
  • Samedi 11 juillet à partir de 11H pour un repas partagé. Nous vous proposons ensuite de rejoindre ensemble le rassemblement pour la régularisation des sans-papiers Place de la Comédie à 14h30.

Au plaisir de vous voir.

Longue vie à la Guillotière.


Article publié le 08 Juil 2020 sur Rebellyon.info