Avril 18, 2021
Par Le Poing
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Sur Montpellier, une nouvelle manifestation a réuni entre 5 et 800 personnes contre la loi sécurité globale, qui vient tout juste d’être adoptée par les députés du Parlement, à 75 voix contre 33, sur un total de 577. Le cortège, en grande majorité composé de teuffeurs, a peu mobilisé dans les rangs du milieu militant plus traditionnel.

Fin mars, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lance une accélération du processus d’adoption de la loi sécurité globale, au détriment du déploiement libre d’un véritable débat parlementaire. Une commission mixte est crée entre représentants de l’Assemblée et du Sénat, et adopte sous la pression gouvernementale en deux heures à peine une version définitive. Affublée d’un nouveau nom, très orwellien : « Pacte de sécurité respectant les libertés publiques ». C’est cette version définitive du texte qui à été définitivement avalisée le jeudi 15 avril.

Le texte final introduit un délit de « provocation à l’identification des forces de l’ordre », via son article 24, réécrit par le Sénat après les plus grosses manifestations des mois de novembre et décembre.

Autres joyeusetés : la suppression des réductions de peine pour les personnes condamnées pour des violences sur agents dépositaires de l’autorité publique, l’autorisation du port d’armes pour les policiers en dehors de leur service dans les lieux publics, un renforcement inédit du pouvoir de la police municipale. Les possibilités dans l’usage de la vidéo-surveillance et des drones se retrouvent élargies, que ce soit dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre ou pour la prévention de délits par ailleurs, même si les sénateurs ont supprimé du texte les références à un croisement accru des fichiers de police et l’usage automatisé de la reconnaissance faciale. Les caméras-piétons dont sont affublés les agents pourront maintenant servir pour transmettre des images en direct aux commandements de police et de gendarmerie, et à poursuivre des individus en justice. Mais pas à l’information du public comme l’aurait souhaité le ministère de l’Intérieur.

Si la définition du délit de « provocation à l’identification des forces de l’ordre » introduit dans l’article 24 est nettement plus resserrée que dans la version de base, un autre article similaire a été introduit dans la loi censée conforter les principes républicains pour dissuader la diffusion d’images de fonctionnaires, donc potentiellement de fonctionnaires de police aussi. Problème majeur : le délit peut donner lieu à une garde à vue dès la prise d’images, à l’appréciation des forces de l’ordre, le temps de prouver ou non la volonté de diffusion malveillante…

Ce qui questionne un des axes stratégiques du collectif montpelliérain contre la loi sécurité globale : ne pas étendre le champ des revendications à l’abandon de cette fameuse loi censée conforter les principes républicains, qui en plus du recyclage de l’article 24 de la loi sécurité globale promeut tout un panel de mesures de contrôle étatique sur la vie associative, et des mesures restrictives étendues qui ciblent tout particulièrement les musulmans de France.

Principaux arguments pour les défenseurs de cette dissociation : la nature juridique des deux textes n’est pas la même, même si l’esprit en est tout aussi liberticide, et les actions et recours par voie rigoureusement légaliste s’en seraient donc vus affaiblis. D’autre part, l’extension du champ de revendications à la thématique de l’islamophobie aurait été moins rassembleuse… Pourtant la mobilisation n’a pas rechigné à s’enrichir de l’apport des teuffeurs mobilisés après l’intense répression de la free-party de Lieuron. Notons que de nombreux autres collectifs en France ont fait le choix de contester ouvertement les deux textes de loi.

Paradoxalement, le collectif montpelliérain continu de porter cette option stratégique, alors même que la plupart des groupes qui le compose aujourd’hui souhaiteraient cette convergence. Pourquoi ? Il semblerait que la mobilisation, initialement lancée dans des milieux proches des syndicats de journalistes et de la Ligue des Droits de l’Homme, se soit dans un premier temps ancrée dans cette stratégie, avant de se dégraisser progressivement de beaucoup des éléments qui la portait. Les modalités de décision du collectif montpelliérain contre la loi sécurité globale, qui privilégie le consensus dans un louable soucis unitaire, permettent-elles réellement de forger une lutte à l’image de ceux qui veulent réellement la mener, la poursuivre ? En attendant un compromis local a été trouvé : conserver comme seule revendication l’abandon de la loi sécurité globale, tout en évoquant par voie de tracts et conférences de presse la loi sur les principes républicains.

Quoi qu’il en soit, la lutte n’est pas encore finie ! L’opposition parlementaire a annoncé la saisine du Conseil Constitutionnel pour faire barrage à cette loi jugée dangereuse pour les libertés fondamentales. Menée d’une manière tout à fait cocasse par un PS qui n’a pas lésiné sur l’option du tout répressif contre les mobilisations sociales de 2016, et qui a fait entrer dans le droit commun de nombreuses disposition de l’état d’urgence qui a suivi les attentats contre Charlie Hebdo. En parallèle, une initiative citoyenne portée par la coordination StopLoiSécuritéGlobale sera amenée devant le même Conseil Constitutionnel. Avec la participation de nombreux groupes dans des localités diverses de l’Occitanie. De ce côté, il devrait y avoir du neuf d’ici à la fin du mois d’avril.

De plus, le collectif Danger Loi Sécurité Globale Montpellier a annoncé en fin de cortège ce 17 avril sa participation au défilé du 1er mai, « parce qu’on sait que la surveillance de masse est pour les travailleurs et les chômeurs, qu’il n’y a pas de vidéo-surveillance dans les beaux quartiers ». Annonce accueillie par les acclamations très enthousiastes des teuffeurs présents. En passe d’être intégrés en bonne et due forme au mouvement social traditionnel ?




Source: Lepoing.net