Novembre 14, 2020
Par Archives Autonomie
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Nous soumettons au jugement de ceux de nos lecteurs que ce problème intéresse, les deux documents suivants reçus de notre Service d’information et traitant la même question : la participation de la C.N.T. au gouvernement et ses conséquences éventuelles.

En comparant les deux documents, le lecteur pourra commencer lui-même à se faire une certaine opinion. Nous continuerons à l’y aider dans la mesure de nos moyens.

LA RÉDACTION.

I

La C.N.T. dans le gouvernement révolutionnaire de défense

Le 1er courant furent réunies en première session, à Valence, les Cortès de la République devant lesquelles se présenta le Gouvernement, à l’exception des ministres qui représentent notre centrale syndicale dans le Gouvernement révolutionnaire de Défense.

Le camarade Largo Caballero lut une déclaration, expliquant les causes qui motivèrent l’installation de l’organisme directeur de la vie nationale à Valence, et aborda les problèmes que la Révolution est en train de résoudre. En même temps, le président du Conseil adressa aux démocraties européennes quelques avertissements bien sentis, relatifs à la conflagration mondiale et à la révolution espagnole.

La désignation de Largo Caballero fut pour nous, sur certains points, d’un intérêt exceptionnel. L’entrée dans le Gouvernement Révolutionnaire de Défense des représentants de la Confédération Nationale du Travail lui a produit, dit-il, une satisfaction particulière, car cet acte prouve la compréhension complète de la situation de la part des camarades de la C.N.T. “En effet, cette centrale syndicale, affirma-t-il, se rendant compte qu’en ces moments il n’est pas possible à quiconque de rester en marge de la responsabilité et préférant à tout la suprême exigence de vaincre le fascisme, est venue collaborer avec nous. Il me plaît que cette collaboration, imposée par les circonstances, se soit faite avec la meilleure loyauté, avec une parfaite compréhension de ce qu’est la guerre et de ce que nous devons faire pour la gagner.”

* * *

C’est avec une attention toute particulière que nous entendons les jugements et les commentaires qui, en Espagne, et spécialement dans la grande presse de l’étranger sont faits au sujet de la collaboration directe de la C.N.T. dans les organismes directeurs de la Révolution.

Pour les commentateurs, cet événement fut sensationnel et inespéré. Les résultats heureux de cette collaboration, affirment-ils, sont dejà palpables par l’avance de la Révolution et par sa construction économique, ce qui donne un intérêt extraordinaire à notre travail constructif. En effet, ce travail a démontré la capacité de notre organisme syndical d’exercer la fonction de direction.

Nous remercions vivement les juges bénévoles qui se révèlent autour de nous, en Espagne et à l’étranger, Mais nous nous hâtons de leur dire qu’ils ne nous connaissent pas. En différentes occasions, nous nous sommes plaints de ces spécialistes politiques en matière sociologique. Et, une fois de plus, la grande presse, qui devrait avoir une information et une notion exactes des faits, émit des jugements et des appréciations sur l’attitude de la Confédération Nationale du Travail en Espagne qui tant sont très éloignés de la réalité. Nos adversaires démontrent ainsi qu’ils ne connaissent ni la Révolution, ni l’Histoire, ni la psychologie du peuple espagnol. S’ils avaient approfondi le problème ibérique, ils se seraient rendus parfaitement compte que la Confédération Nationale du Travail est une manifestation conséquente de la pensée du peuple ibérique, et que, “ethniquement” l’anarcho-syndicalisme est une synthèse de toutes les qualités qui caractérisent les peuples péninsulaires.

Nous avons senti, nous, si profondément la Révolution espagnole que, depuis ses débuts, nous la fîmes chair de notre chair et esprit de notre esprit. La trajectoire de la Révolution espagnole est la même que suivit toujours la Confédération.

Aux périodes où le peuple était soumis aux ordres tyranniques et à la direction la plus dissolvante, les hommes de la Confédération, luttant avec bravoure, attaquèrent au cœur même les institutions bourgeoises décadentes. Avec un élan et une ardeur sans limites, ils cherchèrent dans leurs propres repaires les ennemis du peuple, les empêchant par tous les moyens de jouir en paix des produit de leurs rapacités. Nous avons dérangé d’abord et détruit ensuite les vieilles institutions politiques et économiques. Nous avons eu une immense capacité de destruction. Sans nous autres, la Révolution espagnole ne serait pas, comme aujourd’hui, en chemin de sauver ce grand peuple.

Mais, de même que nous avons eu une capacité pour détruire, nous nous sentons une vitalité et une sérénité de jugement suffisantes pour construire, pour édifier une véritable Révolution.

Nous ne nous arrêtons jamais à des bagatelles, ni à des fictions révolutionnaires. Quand on nous appelle à coopérer aux pouvoirs politiques ou sociaux parce qu’il n’y a pas d’autres moyens de prolonger la vie de la caduque société bourgeoise, nous répondons toujours de la manière négative la plus nette. Et malgré que, dans la lutte, périssent les camarades les plus marquants de la famille confédérale, malgré que dans les prisons et les bagnes on entasse les syndicalistes qui, avec un stoïcisme digne de la grande cause que nous défendons, ont souffert les plus atroces martyres, les persécutions les plus terribles, nous n’avons jamais reculé un seul moment, nous avons toujours fait face à l’adversaire, sans considérer les conséquences dangereuses que pouvait avoir pour nous une lutte inégale. La Confédération Nationale du Travail peut présenter, en ce moment historique, devant la conscience révolutionnaire d’Espagne et du monde, une liste interminable de camarades sacrifiés en holocauste à la Révolution. Et, quand arriva le 19 juillet, et que tout était perdu en Espagne pour la famille prolétarienne révolutionnaire, les hommes de la C.N.T. écrivirent l’épopée d’Atarazanas, qui est le point de départ de la défaite du fascisme en Espagne et dans le monde entier.

Au moment de construire la Révolution que nous sentons si bien celle pour laquelle nous avons donné des années et des années de sacrifices cruels et le sang généreux de nos frères, les hommes de la C.N.T. nous ont demandé d’occuper un poste d’honneur à la direction du pays pour que cette Révolution triomphe, pour que le prolétariat espagnol prenne entre ses mains, et de manière définitive, le sort de ses propres destinées.

Si nos commentateurs avaient eu les éléments suffisants de jugement pour comprendre notre action, ils ne seraient pas surpris de ce que nos camarades, au nom de la C.N.T. coopèrent au triomphe de la Révolution d’une façon tellement opportune et avec tant de générosité.

En cette trajectoire, ceux qui, aujourd’hui, nous observent et nous jugent, auront de grandes surprises.

L’originalité de la Révolution prolétarienne ibérique sera due justement à l’intervention directe dans les destins nationaux de la C.N.T. et à l’interprétation que notre Syndicale sait donner à l’idéologie libertaire du peuple ibérique : idéologie dont la Confédération Nationale du Travail est une émanation concrète,

II

LE PLENUM RÉGIONAL DES SYNDICATS

A mesure que la Révolution suit son cours, créant de nouvelles nécessités, les syndicats, selon le rythme imposé par les circonstances, suivent les aspirations populaires pour assurer l’efficacité des moyens, des méthodes et des recours mis au service de la guerre.

Au dernier Plénum qui vient d’être réuni, d’une importance telle qu’on pourrait l’appeler “Plénum constituant” de l’Organisation Confédérale, nous avons vu résoudre des problèmes d’une envergure dont l’importance dépasse toute idée qu’on put se faire du mouvement actuel. Cette envergure, cette importance sont telles que des dites délibérations surgira, à n’en pas douter, la force nécessaire et indispensable pour écraser le fascisme.

A l’unanimité les Syndicats de la région catalane décident que l’on doit persister dans la collaboration au Gouvernement pour assumer la responsabilité du commandement.

La collaboration, contresignée par tous les ouvriers affiliés à la Confédération Nationale du Travail, garantira que la discipline, qui a toujours été une règle de l’organisation, deviendra l’aspiration de tous les ouvriers : la manifestation de leur désir de se soumettre aux dispositions que le Gouvernement, qui représente toute l’anxiété d’un peuple, pourra décréter.

Le commandement unique militaire sera une réalité.

Et ensuite, en raison de cette discipline acceptée dans la pleine conscience d’accomplir un devoir, nous verrons se coordonner tous les efforts, sans devoir courir aux mesures extrêmes qui répugnent tant aux anarchistes, même quand l’application de celles-ci est nécessaire à l’égard des éléments indociles et irresponsables qui n’acceptent pas l’émanation des organismes supérieurs.

Par la fermeté des décisions prises, nous espérons voir bientôt de la discipline dans les milices, de la discipline dans les fabriques, de l’austérité dans les Comités de contrôle, et parmi tous ceux qui forment le front antifasciste. Il est nécessaire et indispensable que chacun, pour le bien de tous, s’impose cette discipline qui aujourd’hui n’est pas synonyme d’obéissance aveugle, mais dont la signification est l’acceptation du principe de l’union de tous. De cette union surgira le bras vengeur qui abattra la bête noire coupable de tant de crimes.

Nous verrons la régénérescence morale des combattants. Et nous assisterons, à l’arrière, à l’épuration morale de tous ces éléments qui, n’ayant aucune conscience de la situation, ne se comportent pas comme devrait le faire tout individu qui accepte, en principe, un régime. Car, dans les cadres de celui-ci, il possède malgré tout, le droit d’apporter des initiatives et de signaler let erreurs qui peuvent être commises lorsque, dans la majorité des cas, les déterminations sont prises dans le désordre d’une situation créée par la propre décomposition du régime disparu.




Source: Archivesautonomies.org