Juin 6, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Image par Frauke Feind

Le 23 mai 2021, le méchant dictateur biélorusse, Loukachenko, a détourné un avion de Ryan air, liaison Athènes-Vilnius. Motif : des méchants terroristes avaient soi-disant mis une bombe dans l’avion. On s’en doute, il n’y avait pas de bombe. Mais, par contre, et par le plus grand des hasards, s’y trouvait Roman Protassevitch, journaliste et opposant politique notoire. L’occasion faisant le larron, il fut appréhendé, sévèrement tabassé, contraint, le visage tuméfié, d’avouer publiquement avoir cassé le vase de Soisson et envoyé immédiatement croupir en tôle. Plus énorme que cela, tu meurs et, tout naturellement, les « démocraties » made in USA, Europe …, se sont indignées de cet acte barbare et intolérable au nom de… La grande France en tête. Et c’est une bonne chose. Mais…
Mais, la même grande France n’avait-elle pas fait la même chose en 1956 lors de la guerre (pardon, les évènements) d’Algérie ? Le 22 octobre 1956, en effet, un DC3 d’Air Atlas-Air Maroc décollait du Maroc direction la Tunisie avec à son bord les cinq principaux dirigeants du FLN, Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mostefa Lacheraf, Mohamed Kheider et Mohamed Boudiaf. Informé de cela par ses services secrets, la patrie des Droits de l’Homme n’avait pas hésité une seconde à détourner cet avion au-dessus de la Méditerranée pour l’obliger à atterrir à Alger où l’attendait notre vaillante armée. Quelques voix, rares, s’indignèrent bien de cet acte de piratage, mais à cela le gouvernement français, droit dans ses bottes, répliqua, sans rire, que l’immatriculation de cet avion étant française (Le Maroc venait d’accéder à l’indépendance et n’avait pas encore eut le temps de…), il ne s’agissait, juridiquement parlant, que d’un simple contrôle. Ah, le juridisme !
En clair, il y aurait donc des détournements d’avions illégaux et d’autres qui seraient légaux. C’est une manière de voir les choses qui renforce inévitablement le sentiment d’indignation à l’encontre de certaines indignations et nourrit le « tous pourris » de toutes les démagogies populistes. Mais est-ce bien nouveau sous le soleil hypocrite de tous les pouvoirs ?

Jean-Marc Raynaud

Délégation des principaux dirigeants du FLN (de gauche à droite : Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) après leur arrestation à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l’armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis..




Source: Monde-libertaire.fr