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Les Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA) sont des foyers ou des dispositifs d’hébergement spécialisés pour les demandeurs d’asile durant le temps d’examen de leur demande. Ils relèvent de l’action sociale (article L. 312-1, L348-1 et suivants du code de l’action sociale et des familles – CASF). Ils sont à ce titre financé par l’État à travers les Préfectures de région qui en assurent la tarification. La gestion est déléguée à des associations ou des entreprises choisies sur appel d’offres. La diversité des organismes porteurs de CADA et la diversité des modes d’organisation reflètent des visions plus ou moins mercantiles ou solidaires de l’accueil des réfugiés. Pour préciser, certains sont portés par des associations à vocation sociale générale (Association de Réadaptation Sociale du Limousin par exemple), des associations spécialisées dans l’accueil des réfugiés (certaines au niveau national comme France Terre d’Asile, d’autres locales comme le GATREM à Limoges), ou des entreprises (ADOMA, ancien SONACOTRA est une société d’économie mixte, filiale de la branche immobilière de la Caisse des dépôts).

Le CADA d’Eymoutiers

La petite ville d’Eymoutiers (2100 habitants), dans l’est de la Haute-Vienne possède un village de vacances que l’ancien gestionnaire (la Fédération des Œuvres Laïques), en difficulté de gestion, a laissé tomber en 2013. C’est le préfet de région qui a suggéré au maire d’y installer un CADA et a choisi d’en confier la gestion à ADOMA. La mairie a accepté, d’abord dans le but de rentabiliser une structure devenue inutile.

Face à ce choix de l’Etat, Damien Clochard, dans un article de l’excellente revue locale IPNS se pose la question suivante : « Pourquoi envoyer des personnes isolées sur un territoire isolé ? » Richard Moyon, co-Fondateur de RESF (Réseau éducation sans frontières), lui explique que cela répond à un double objectif : « Il y a un calcul d’aménagement du territoire et de peuplement mais aussi une certaine volonté d’empêcher l’intégration de ces populations. Quand on est dans un CADA à Lyon on peut se débrouiller, trouver des petits boulots au black. Alors que dans une petite ville on est entièrement contrôlé. » On peut ajouter que ADOMA et la commune d’Eymoutiers font chacune une bonne affaire : la première parce que la location des locaux est beaucoup moins chère que l’équivalent en ville, la seconde parce qu’elle trouve un utilisateur qui entretiendra le site, paiera ses loyers et salariera 6 personnes. De plus les enfants de demandeurs d’asile ont permis d’empêcher la fermeture d’une classe.

Le maire (de gauche) a organisé une réunion d’information de la population au début 2014, lorsque le projet était déjà ficelé. Les personnes présentes comprennent la nécessité d’accueillir des réfugiés et sont pleines de bonne volonté, mais se posent des questions par rapport à la diversité des personnes accueillies. Les débuts de l’installation de 80 demandeurs d’asile en mai 2014 ont été difficiles car les moyens matériels prévus par ADOMA n’étaient pas très adaptés et les résidents ont dû se mobiliser pour obtenir le minimum (une machine à laver pour 80 personnes !). De plus, des chalets de vacances conçus pour un fonctionnement essentiellement estival ne sont pas le type d’habitat idéal en hiver aux portes de la montagne limousine…

Par contre, assez rapidement, des aides sont venues d’associations locales sur le plan alimentaire (Banque alimentaire, Restaus du cœur) ou de l’apprentissage du français (Familles rurales). Les jardins partagés de la Vienne, l’association Les Sauvageons (à la fois ferme pédagogique, structure d’insertion et chorale jazz) d’une petite commune voisine, ont également apporté leur contribution.

Suite à la tenue de rencontres « Eymoutiers terre d’asile » en novembre 2014 sous l’impulsion des opposants municipaux (tendance « un territoire en commun » – voir l’article sur la Plate-forme commune de la montagne limousine dans Courant Alternatif N° 240 en mai 2014) deux nouvelles associations se sont créées. L’association Arcencielles propose des échanges de biens (vêtements et ustensiles divers), de savoirs et de savoir-faire aussi bien aux résidents du CADA qu’à toute personne sur le territoire. L’association Montagne Accueil Solidarité travaille à l’aide juridique et au soutien aux personnes déboutées ; indépendante, elle s’est liée à la CIMADE pour améliorer ses compétences.

Le CADA de Peyrelevade

A Peyrelevade, la démarche a été différente dès le départ. Il faut dire que cette commune de 800 habitants de la montagne corrézienne a déjà eu des expériences d’accueil de réfugiés : juifs pendant la seconde guerre mondiale, cambodgiens dans les années 80 et kurdes d’Irak vers 1990. Même si les Kurdes des années 90 ont choisi de s’installer ensuite à Limoges ou à Ussel pour y créer leur activité, ils gardent un bon souvenir de leur séjour à Peyrelevade. La municipalité s’est engagée dans la réflexion sur la création d’un CADA dès 2013. La tradition d’accueil est forte dans la population et les seules personnes réticentes lors de la consultation par la municipalité ont été des résidents secondaires. Et c’est avec la création de ce CADA dans son programme que la municipalité a été réélue en 2014.

Bien sûr, pour la municipalité, au-delà de l’aspect humanitaire de l’accueil, choisir d’ouvrir un CADA était une opportunité pour redynamiser un bourg vieillissant. Par contre, les démarches de préparation ont été plus poussées qu’à Eymoutiers et le mode d’organisation a été différent. La municipalité disposait d’un lieu vacant, l’ancienne maison de retraite, mais ne voulait pas s’engager dans la démarche de création sans aller étudier le fonctionnement d’un CADA rural. Ils sont entrés en contact avec le CADA de Montmarault dans l’Allier, l’ont visité et préparé l’organisation des lieux avec la même association, Forum réfugiés. S’il s’agit également d’une grosse association, elle peut être classée parmi celles qui ont une démarche militante (au niveau humanitaire).

D’autre part, ce qui fait l’originalité et l’intelligence du projet, c’est le choix de fédérer des publics différents et de mêler dans un même lieu demandeurs d’asile et habitants. Une partie de l’ancienne maison de retraite est devenue un lieu d’accueil et de service pour toute la population de Peyrelevade, demandeurs d’asile compris : bibliothèque, espaces de réunions, salle d’activités avec cuisine collective, petits logements temporaires meublés, espace info’énergie, Planning familial. Cette structure a ouvert en octobre 2015.

Ce CADA a ouvert en avril 2015 pour une soixantaine de personnes, avec des effets directs sur la vie du village : maintien du bureau de poste, maintien d’une classe menacée à l’école, redynamisation des commerces, renforcement de l’équipe de foot « l’entente du plateau » et création de 5 postes de travailleurs sociaux.

La population participe également activement à l’accueil et l’intégration de ces nouveaux arrivants : une association, « Les amis du CADA », est officiellement créée début 2015, à l’initiative d’une quarantaine d’habitants désireux de s’impliquer aux côtés de la mairie et de l’association gestionnaire. Son objectif est de favoriser en lien étroit avec Forum réfugiés COSI, l’intégration des 60 nouveaux arrivants, au travers d’échanges entre les habitants et les résidents du CADA. Ils sont invités à partager des activités ou des évènements, tels de l’aide à l’apprentissage de la langue française, du soutien scolaire, des ateliers de cuisine, du covoiturage…

Les demandeurs d’asile n’étant pas autorisés à travailler, en retour, ils s’investissent bénévolement dans l’aide à la population qui les accueille : création de décors pour la fête de l’école ou pour la fête du village, aide au jardinage pour personnes âgées, coup de main pour des travaux agricoles…

Une insertion dans le tissu associatif et militant

Les associations qui soutiennent les demandeurs d’asile d’Eymoutiers et de Peyrelevade sont tout à fait intégrées au réseau militant alternatif du plateau de Millevaches. Avec une partie des résidents, elles participent activement à des événements locaux, comme la fête de la Montagne Limousine qui s’est déroulée à Tarnac en septembre 2015. Cette fête militante multiforme a été l’occasion de belles rencontres. Elles créent aussi des espaces de discussion autour du thème des réfugiés : trois journées sur le droit d’asile (formation, films, débats, activités festives) se déroulent à Eymoutiers, Peyrelevade et Peyrat le Château du 1er au 3 avril 2016.

Finalement, les demandeurs d’asile de la montagne limousine semblent bien moins isolés que ceux des villes. Même si au départ, un CADA peut apparaître comme une structure institutionnelle pesante, ces deux expériences montrent qu’avec de la volonté et en s’appuyant sur un tissu associatif local, il est possible de créer un réseau de solidarité concrète et de réflexion militante qui est la meilleure réponse à la xénophobie et aux attaques dont sont victimes les réfugiés.

AD, Limoges

FÊTE de la montagne Limousine (extrait du programme)

Intervention des CADA de Peyrelevade et d’Eymoutiers

samedi 26 septembre 2015 : 10 h 00 – 18 h 00

Grande fresque représentative des réfugiés hébergés à Peyrelevade avec Association Amis du CADA (ADC)

14h-16h table ronde pour échanger avec les réfugiés, avec la participation de MAS d’Eymoutiers, antenne de la CIMADE.

Expositions et stands pour échanger.

Petits ateliers sur place réalisés par les réfugiés (bijoux, coiffures traditionnelles africaines…).

Musique et Comptines multiculturelles animées par les réfugiés.

Cuisine et petites gourmandises des différents pays, pain Kosovar, mets froids…

Exposition /stand représentatif des réfugiés hébergés à Peyrelevade avec Association Amis du CADA

Stand infos/activités Forum Réfugiés COSI ( infos sur les projets, infos sur le CADA de Peyrelevade ( déroulement , occupation , activités , intégration…).

La vie d’un réfugié, son parcours, son histoire (qui je suis et d’où je viens, comment était la vie dans mon pays, qui j’y ai laissé, ma famille, mes amis ; mon périple entre mon pays et la France, comment je suis arrivé à Peyrelevade et mes premières impressions. Mon avenir en France..ou non si je suis débouté…(sur la base du volontariat et de façon anonyme).

Carte du monde avec identification des différents pays d’origine des réfugiés hébergés à Peyrelevade




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