Donc ce samedi [1], une manifestation a eut lieu contre la loi Sécurité Globale et les projets et mesures liberticides, c’est pourquoi énormément de personnes sont venues dénoncer la répression judiciaire à l’encontre du jeune homme repéré comme “organisateur” de la fête du nouvel an autour de Nantes. Une coordination nationale était en place pour cette journée !

Des manifestations ont eu lieu dans beaucoup de villes.

Car en plus de l’appel des organisations à manifester, la situation concrète (parmi bien d’autres bien sûr) et les chefs d’inculpation annoncés pour ce jeune homme étant démesurés et hallucinants (mise en danger de la vie d’autrui par la violation des règles sanitaires, localisation aux abords d’une voie à grande circulation, débit de boissons sans déclaration et travail dissimulé et facilitation de l’usage de produits stupéfiants), une grosse mobilisation du mouvement teufeur” a eu lieu.

En effet, ce jeune encoure 10 ans de prison ferme. Sans même être récidiviste, le 4 janvier, il y a une demande de placement en détention provisoire.

Ce texte a pour objectif de raconter ce que nous avons vécu, mais aussi, car c’est cohérent, ce qu’il s’est passé avant que le conducteur fonce sur des manifestant.e.s, les blessant gravement.

Il est indispensable de poser le contexte de cette (double) manifestation et de parler des interpellations (au moins 18) et des violences policières qui ont eu lieu avant d’en venir à la voiture qui a délibérément fauché des personnes.

Environ 5000 personnes étaient dans la rue ce samedi après-midi, dont à peu près 4800 derrière les camions qui passaient la musique, la techno. Ces dernières dansaient, discutaient, buvaient, faisaient la fête quoi, pour essayer de profiter un peu d’un moment collectif et pour oublier un temps la période anxiogène et les mesures liberticides qui se suivent depuis des mois.

Le premier cortège, composé d’organisations et de militant.e.s, était éloigné du second, composé de personnes dansant derrière les camions. Cette distance sans doute due à un défaut de communication et/ou de démarche commune sur cette manifestation …

Alors on se pose la question de ce que signifie cette distance entre les 2 cortèges ..

Et puis, on a entendu des remarques sur le fait que le cortège “rave party” dépolitise la manif.

Notre position est plutôt de dire que c’est le kilomètre qui sépare les deux rassemblements qui dépolitise


En effet, il semble qu’il y ait eu fracture entre les aspirations des personnes qui dansent et qui fondent leur résistance au travers d’un mode de vie en dehors du système en place et les revendications des organisations existantes qui restent dans des modes d’action dépassés …

Mais quoi ? Que “les teuffeur.euse.s” soient dans la rue pour exprimer un mécontentement n’est pas une bonne chose ?! La majorité de ces personnes, qu’on on ne voit pas souvent en manifestation, sont sorties pour dénoncer la politique du gouvernement et ses répercutions sur nos vies ..

Dans un deuxième temps, après la dispersion du cortège à François Verdier, les jets de grenades lacrymogènes instantanées (GLI-F4) ont commencé, c’est le début des interpellations.

D’ailleurs un merci aux street médic qui ont bien aidé des personnes dans ce moment de “no man’s land (comme à leur habitude).

C’est après ça qu’une partie de la manifestation, souhaitant continuer la marche, se dirige vers le canal. Elle se heurte à énormément de violences policières, de chasse à l’humain, aux voltigeurs, en passant par des jets de grenades multiples (désencerclement, assourdissantes) en veux-tu en voilà, grenades (armes de guerre) que, on le rappelle, la France est le seul pays d’Europe à utiliser contre la population. Et encore des interpellations arbitraires ..

Puis ce cortège, pourchassé, se mêle aux voitures qui circulent .. Là, une voiture recule et heurte une personne qui, du coup, a les jambes coincée entre 2 voitures. La réaction “légitime” des manifestant.e.s est d’interpeller ce conducteur, de malmener sa voiture.

Avant cette situation, plusieurs fois, on avait informé les personnes dans les véhicules qu’étant donné qu’il y avait une manifestation, il fallait qu’elles prennent un autre chemin et ça a été bien compris et entendu, ceci sans agressivité.

Mais lui là, il avance, fonce délibérément et à grande vitesse sur d’autres manifestant.e.s (certain.e.s sont toujours à l’hôpital à ce jour).

Citation du copain qui était en “contact” avec les automobilistes :

” Lorsque nous sommes arrivé(e)s au niveau du pont guillhemery, pourchassés par les forces de l’ordre, d’autres nous attendaient déjà de l’autre côté du canal. Donc, pas d’autre choix que de bifurquer vers l’église St aubin, sur une voie qui n’offre pas beaucoup de visibilité. Ajoutons que, bien entendu, les fdo n’ont pas bloqué (sécurisé) la voie en question. Ayant un peu l’habitude des “fous du volant” qui forcent des manifs, blocages, groupes divers…, je décide spontanément d’essayer de gérer cela en allant voir les conducteur.rice.s pour leur conseiller de prendre un autre direction, entre autre pour éviter l’affrontement qui fait rage et les gaz lacrymogènes. La première voiture tourne automatiquement sans même que je lui parle et on lui ouvre le passage sans problèmes. La deuxième voiture m’ouvre sa fenêtre, m’écoute, puis tourne en remontant sa fenêtre et en me gratifiant d’un “merci”. On lui refait un passage. L’homme dans la troisième voiture ne veut pas me parler. Il n’ouvre même pas la fenêtre et regarde devant lui. Puis ce connard fait une marche arrière, éclate une camarade (ses jambes écrasées entre les 2 voitures) et part à fond en avant. Je vois un camarade porté sur le capot au moins 10 mètres et voler avant le choc sur le bitume. J’ai une mauvaise vue donc je n’ arrive pas à voir la plaque mais je me rappellerai de sa tronche (derrière la fenêtre de sa voiture de gros bourge) pendant longtemps. France bleue écrit que “selon plusieurs témoins” cette voiture aurait reçu des projectiles avant de “paniquer” . Si c’est le cas je pense qu’il s’agit de munitions des fdo.”

Et aussi un mot sur un certain manque de protection collective consciente auto gérée. On pourrait utiliser le mot service d’ordre (SO) mais c’est pas comme cela qu’on souhaite définir notre constat d’un certain un manque d’organisation. Pour nous, ce devrait être tout le monde qui veille à ce que le cortège ne soit pas en danger. Le fait que ça n’ait pas eu lieu est à déplorer.

Il est inconcevable de faire des manifs sans penser à ça … On aurait aimé être mieux organiser et que ces problématiques soient pensés en amont.

On critique les SO des organisations mais il a bien une fonction qu’on ne peut ignorer (en dehors du machisme, de la violence envers la mouvance autonome qu’on critique bien entendu), c’est la protection des manifestant.e.s. Qu’on veuille fonctionner autrement oui mais auto organisons-nous pour qu’il n’y ait pas ce genre de trucs trop violents. ça va bien d’en prendre plein la geule par les keufs, faudrait qu’on pense aussi aux autres attaques qu’on peut subir .. On pense nous que ce doit être une démarche collective, qu’il faudrait que tout le monde prenne en compte les potentielles mise en danger.

Donc 2 personnes à terre, et nous choqué.e.s et très énervé.e.s. On appelle les pompiers, et là les flics arrivent et forment un cercle autour comme pour les protéger (trop tard, elles sont bien blessées) et comme si ça leur permettait d’avoir une certaine “bonne conscience” mais quoi ? Cette situation est aussi de leur responsabilité !! Donc là, on les interpelle sur leur rôle : leurs violences, leur “nouveaux” modes d’actions (nasse, voltigeurs, jets de grenades ..) et oui, on est en colère, on leur dit de dégager, qu’on a pas besoin d’eux, qu’on attend les secours !! Ils sont agressifs, la tension monte et ils (re)commencent à matraquer, à gazer, alors même que les Street medics sont là à faire les premiers soins aux blessés. Nous sommes tellement choqué.e.s, dégoutté.e.s, tellement énervé.e.s par ce qu’on vient de vivre, de voir, qu’on ne peut se taire face à leur posture, leur mépris et leur violence .. La situation dégénère, là, nous, on (nous qui écrivons ce texte) s’en va car trop de coups de matraques et la situation tellement tendue fait peur …

Voilà, on tenait à raconter ça car il est important de témoigner de la situation affreuse vécue ce samedi mais qui n’est pas indépendante du fait de :

  • souligner la posture des organisations et des personnes qui pensent que cette manifestation festive n’est pas politique. Tout est politique .. Alors faudrait peut être se poser des questions notamment sur la différences de nombre de personnes présentes dans les 2 cortèges (le mouvement ouvrier n’arriverait-il plus à mobiliser ?) !!
  • souligner un manque de veille ou bienveillance de la manif festive, c’est à dire de s’organiser pour que toute personne fasse attention à ce qu’il se passe.
  • rappeler la violence des flics, des bacqeux et d’ajouter leur sexisme, racisme, virilisme ..

Et enfin les délinquant.e.s sont aujourd’hui les personnes qui veulent continuer à vivre, à avoir une vie sociale et ne pas accepter le “métro, boulot, dodo”, à faire la fête (en plus des personnes d’origine étrangère, de celles qui s’opposent au gouvernement, celles qui essaient de s’organiser sans lui …).

Le fait que ça n’interpelle pas plus, que la majorité accepte les mesures incohérentes et de plus en plus liberticides (“pour votre sécurité, vous n’aureez plus de liberté) c’est une catastrophe pour la mobilisation sociale actuelle !! Et quand on capte que même des personnes qui manifestent contre la loi globale n’étaient pas au courant de la peine encourue par la personne que la machine judiciaire a désignée comme organisateur de la fête du réveillon est alarmant !!

Bon, sinon on vient d’apprendre que les personnes blessées sont hors de danger vital !




Source: Iaata.info