Iels demandent notamment des permis d’établissement pour tou.te.s, des logements dignes, le droit à des formations adaptées et à l’éducation qui leur est refusée. Portant des masques à l’effigie d’Anne Emery-Torracinta, les jeunes expliquent s’être sentis insultés par la conseillère d’État en charge de l’instruction publique qui déclarait récemment de façon mensongère que « pour la plupart, ces jeunes ne cherchent pas du tout à s’intégrer, ils ne cherchent pas à rester et ne sont là que quelques jours ».1 Ce à quoi les jeunes présents répondent qu’ils comptent bien rester et qu’ils ne demandent pas la lune mais « juste l’école ».

Des mineur.es non accompagné.es à la rue

Les jeunes et leurs soutiens annoncent ne pas vouloir en rester là. Un rassemblement est d’ores et déjà prévu pour ce lundi 15, à 18 heures devant les bureaux du mal-nommé Service de protection des mineurs (SPMi).

SPMi : « bonne chance dans la rue »

À Genève, la situation des jeunes mineur.e.s non accompagné.e.s, requérant.e.s d’asile ou non, est de triste actualité. Le suicide d’Ali Reza, au décrié Foyer de l’Étoile, et les mobilisations qui s’en sont suivies ont mis en lumière la situation alarmante de ces jeunes. Si le silence pèse encore violemment sur les réquérant.e.s d’asile mineur.e non-accompagné.e.s (RMNA), il pèse également sur les mineur.e.s non accompagné.e.s (MNA). En effet, il s’agit de jeunes, principalement originaires du Maghreb, qui quittent leurs familles (pour ceux qui en ont encore une), qui laissent tout derrière eux dans l’espoir d’une vie digne, et ce, au péril de leur vie. Illes embarquent sur des petits bateaux et traversent cette frontière meurtrière, la Méditerranée. Pour celles et ceux que l’Europe ne tue pas en mer, c’est petit à petit qu’elle les laisse mourir sur les territoires de « l’espace Schengen », dont la Suisse.

La Suisse excelle dans ses politiques racistes d’exclusions et de répression. Les mots d’ordre de la politique suisse de « prise en charge » de ces jeunes sont : isolement, précarité, répression et enfermement. Dans ce cadre, le Service de protection des mineur.e.s (SPMi) semble remplir sa fonction à merveille.

Des mineur.es non accompagné.es à la rue

Après avoir bataillé pour prouver leur minorité – car d’office présumé.e.s majeur.e.s – ces jeunes se voient attribuer des curateur.trice.s du SPMi qui deviennent leurs représentant.e.s légaux. Ce sont elleux qui sont censé.es. leur assurer un avenir digne. Au lieu de ça, ce sont des lieux de vie inadaptés, des scolarisations rares et des perspectives de commencer des formations inexistantes, faute de papiers.

L’hôtel Aida, avec lequel travaille le SPMi, pourrait devenir un des nombreux symboles de la politique de dissuasion de l’État suisse. En effet, le gérant de cet hôtel est considéré par tous.tes les jeunes comme étant un homme raciste, autoritaire et auquel le SPMI – en pleine connaissance de cause – a donné les pleins pouvoirs. Les jeunes n’ont pas le droit d’utiliser l’ascenseur de l’hôtel (ils pourraient y croiser les clients « normaux »), illes se font insulter par le gérant qui entre dans leur chambre – les jeunes n’en ont pas les clés – sans s’annoncer, pour les intimider et cela, qu’illes soient sous la douche, en train de dormir ou en train de se changer, sans scrupule. Il fait systématiquement référence à la police comme une menace.

Le gérant peut décider seul de mettre ces jeunes à la rue.

Les jeunes ne peuvent pas se parler dans l’hôtel, ni sur le trottoir attenant, illes ne peuvent pas se rendre dans les chambres des uns et des autres, évidemment aucune visite extérieure n’est autorisée, les casquettes sont interdites et des camé- ras sont là pour s’assurer du respect de chacune de ces règles. En plus de ce règlement portant atteinte à leur dignité, le gérant peut décider seul de mettre ces jeunes à la rue. C’est sans cesse que des jeunes se font virer de cet hôtel.

Le SPMi est tenu informé de ces renvois, les jeunes qu’il est censé prendre en charge se retrouvent donc à la rue, sur la seule décision d’un gérant d’hôtel raciste. Dans un dernier élan de cynisme, certains des curateurs et curatrices de ces jeunes leur remettent un sac de couchage en leur souhaitant bonne chance dans la rue. C’est donc plusieurs jours, semaines voire plusieurs mois que les jeunes mineures passent à dormir dans les rues de Genève avant de se voir proposer une solution d’hébergement.

Si l’État n’est pas capable de permettre à chaque jeune d’avoir un toit, il en est de même pour le soutien socio-éducatif quasi inexistant. En effet, rares sont les jeunes qui sont scolarisé.es. Pour celles et ceux qui le sont, cela leur permet d’apprendre ou d’améliorer leur français, de rencontrer d’autres personnes, de prendre un rythme et de se sentir considéré.e car traité.e comme « les autres » : les jeunes avec un statut légal.

Comment sont-illes censé.e.s vivre dans une des villes les plus chères du monde ?

Pour la majorité d’entre eux ayant eu un parcours de vie compliqué, le retour à 16 ou 17 ans sur les bancs de l’école n’est pas la solution adéquate. Un apprentissage, une formation serait à privilégier, mais sans statut légal rien n’est possible. Quoi qu’il en soit, la question de leur avenir reste une impasse car, dès le jour de leur 18e anniversaire, la « prise en charge » s’interrompt.

La plupart ne reçoivent pas un centime, d’autres sont au bénéfice de l’aide d’urgence et ses scandaleux 300.-/mois. Pourquoi cette différence de traitement ? Nous ne le savons pas, personne ne semble en mesure de l’expliquer. Aide d’urgence ou pas, comment sont-illes censé.e.s vivre dans une des villes les plus chères du monde ?

Sur un continent où le profilage racial est une pratique usuelle, ces jeunes non-blanc.hes sont tout le temps arrêté. es dans la rue par la police. N’ayant pas les « bons papiers », illes sont régulièrement placés pendant des heures en garde à vue. La garde à vue se termine généralement par une libération. Parfois, illes sont envoyé.es en prison pour mineur.e.s (à La Clairière), pour la seule raison qu’illes sont en « séjour illégal » bien que sous tutelle du SPMi. Cette pratique est également connue et critiquée pour les majeurs qui se retrouvent enfermés à Champ-Dollon parce qu’illes n’ont pas les « bons papiers ».

Des mineur.es non accompagné.es à la rue

Revendications :

Logement

1. Que plus jamais des jeunes mineur.e.s ne se retrouvent à dormir dans les rues de Genève.

2. La fin des partenariats avec l’hôtel Aïda, l’hôtel Luserna et la fin d’un hébergement soumis à l’arbitraire des hôtels.

3. Des logement dignes : des foyers à taille humaine avec un suivi socio-éducatif ou le placement en famille d’accueil.

Formation

La formation est maintenant théoriquement obligatoire pour tout le monde jusqu’à 18 ans à Genève (cf. communiqué de presse du DIP du 7 novembre 2017)

4. Accès à la formation professionnelle (AFP, CFC).

5. Une scolarisation et des formations adaptées aux jeunes, et non l’inverse.

6. La reconnaissance des acquis professionnels et la possibilité de finir la formation entreprise.

Prise en charge socio-éducative

7. Une prise en charge dont la durée se détermine en fonction des capacités d’autonomie du ou de la jeune et non pas en fonction de la majorité légale. Comme pour les jeunes avec un statut légal : un accompagnement pour les jeunes adultes jusqu’à 25 ans.

8. Une aide sociale pour tou.te.s. Notamment en ce qui concerne les transports, les communications téléphoniques, un accès digne à la santé, de l’argent de poche, la possibilité d’aller s’acheter des habits, etc.

9. L’accès à des activités de loisir (sport, musique, art).

Criminalisation

10. La fin de la pénalisation du « séjour illégal » pour toustes.

11. Régularisation et permis pour toustes. Subsidiairement la mise à disposition d’une carte qui atteste de leur droit d’être ici afin d’éviter les gardes à vue à répétition.

12. L’ouverture de toutes les frontières.


Article publié le 10 Juil 2019 sur Renverse.co