DĂ©cembre 21, 2020
Par Le Monde Libertaire
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LibertĂ©, ÉgalitĂ©, FraternitĂ© : trois mots collĂ©s comme un label du “bien vivre en France”, trois mots imposĂ©s sur les Ă©coles comme une formule magique masquant la rĂ©alitĂ© toute autre. Du temps oĂč j’étais instit en classe unique, ce slogan mensonger fut rendu obligatoire accompagnĂ© du drapeau tricolore et du drapeau europĂ©en. J’avais dit Ă  mon inspecteur vouloir plutĂŽt faire apposer “Soyons libres, Ă©gaux et fraternels” pour donner vie aux mots. Refus. Il n’y eu jamais ni devise ni drapeaux.
Alors quand, au dĂ©tour de deux infos, j’avais lu que le Street Artiste Shepard “Obey” Fairey avait peint sa Marianne gĂ©ante encadrĂ©e de ces 3 mots, le souvenir de ma formule refusĂ©e refit surface. On nous refaisait le coup de la publicitĂ© mensongĂšre. Pour rappel, cette fresque gĂ©ante faisait suite aux attentats du 13 novembre 2015.

Mais voilĂ  qu’une sympathique bande de graffeurs anonymes ont donnĂ© un autre message en dĂ©tournant l’oeuvre.

RĂ©ponse de Shepard “Obey” Fairey : il soutient la dĂ©marche de ses cadets venus actualiser sa crĂ©ation ! « Je suis aux cĂŽtĂ©s de tou.te.s celles et ceux qui protestent contre l’injustice, si c’est ce que cette action voulait ĂȘtre, je la comprends » avant de conclure qu’il «n’est pas prĂȘt» Ă  laisser son Ɠuvre entre les mains de ceux qui refusent d’accepter le dĂ©tournement au motif qu’ils « ne sont pas d’accord avec ses auteurs ». [<a title="Lu sur Hija !” class=”notebdp”>note]

Ci-dessous le manifeste “LREM- NRV” des graffeurs :

La RĂ©publique Est Morte
Ouvrez-donc les yeux, on le voit comme une larme rouge au milieu de la peinture : la rĂ©publique est morte. Qu’elle crĂšve, et enterrez-vous avec. Donnez donc en pĂąture aux vers de terre votre libertĂ© sous surveillance, votre Ă©galitĂ© a taux variable et votre solidaritĂ© d’entre bourgeois.

Qui veut encore du Pouvoir ? Voila ce qu’il produit, a chaque fois. L’ordre, c’est le chaos. Ah qu’il est beau le pays des droits de l’homme, ah qu’elle est belle la dĂ©mocratie, vous reprendrez bien un petit coup de valeurs rĂ©publicaines dans la gueule ? Vous dĂ©robez les mots brillants cachĂ©s derriĂšre les vitrines de nos espoirs pour les remplacer par des signifiants creux, de la camelote lustrĂ©e, incrustĂ©e d’émeraudes rĂ©actionnaires en plastique. LibertĂ©, ÉgalitĂ©, SolidaritĂ©, toujours. Parlons de rĂ©el, mĂȘme s’il vous terrifie.

C’est quoi votre LibertĂ© ? Le mythe mĂ©ritocrate ? Vous nous dites que si les enfants d’ouvrier·e·s ou d’immigré·e·s sont statistiquement bien moins reprĂ©senté·e·s dans vos grandes Ă©coles, les fabriques a dĂ©biles, puis a des postes bien payĂ©s, c’est de leur faute ? Que la reproduction sociale, ça n’existe pas ? Votre LibertĂ© ne supporte pas l’ÉgalitĂ©. Évidemment que tout le monde est libre de faire tout et n’importe quoi ! Il n’empĂȘche que pour se dorer la raie dans des 5 Ă©toiles de beaufs tous les Ă©tĂ©s, les riches sont plus libres que les pauvres. Il n’empĂȘche que pour esquiver les coups arbitraires d’une police sadique, les blanc·he·s sont plus libres que les noir·e·s. Il n’empĂȘche que pour marcher en paix dans la rue, les hommes sont plus libres que les femmes.

C’est quoi votre ÉgalitĂ© ? Vous, les Ă©ternel·le·s criminel·le·s impuni·e·s, qui Ă©crasez sous le poids de la misĂšre des milliards d’individus, vous osez prononcer le mot « Ă©galitĂ© » sans trembler ? Vous tremblerez. Qui est l’égal de son patron ? De son prĂ©sident ? De son dieu ? Vous qui adorez la hiĂ©rarchie autant que vous mĂ©prisez les pauvres, ne prononcez plus jamais le nom de la sƓur de la LibertĂ©. Chacun de vos votes, chacun de vos ordres, chacun de vos procĂšs est un nouveau coup de poignard dans le cƓur de celles que vous prĂ©tendez aimer. Vous ĂȘtes les maris violents des valeurs que vous prĂ©tendez dĂ©fendre.

C’est quoi votre SolidaritĂ© ? Vous ne vous sentez solidaires que des bourgeois arrogants et stupides, vous, les vĂ©ritables communautaristes, qui parlez de « fraternitĂ© » . Votre empathie se branle devant du riot porn. Vous les inutiles, vous les incapables de produire la moindre richesse ni la moindre pensĂ©e, vous qui avez tout sauf de la dignitĂ©, sachez que chacune de vos nuits paisibles est une insulte a la SolidaritĂ©. Les gavé·e·s sont affamé·e·s et ils affament le monde.

Artaud vous cracherait que vos signifiants creux ne sentent mĂȘme pas la merde, puisque « la ou ça sent la merde, ça sent l’ĂȘtre ». Ils puent le propre, le blanchi, la lessive libĂ©rale qui vous sert de liquide cĂ©phalo-rachidien. Vous ne comprenez rien et vous refusez de comprendre. La science, la raison et les faits, vous n’en avez rien a foutre. Vous vous en lavez les mains.

Flagellez-nous a coup de tonfa d’avoir trop priĂ© un monde meilleur, nous ne courberons pas l’échine. Muselez nos universitaires, brĂ»lez leurs idĂ©es dans votre grand autodafĂ© de la pensĂ©e, nous les rĂ©Ă©crirons, nous les martĂšlerons jusqu’a vous les tatouer sur la gueule. Acculez encore ceux qui n’ont rien, nos exilé·e·s, nos prostitué·e·s, nos exproprié·e·s : Ă  chaque fois que vous frappez, vous ouvrez un peu plus nos yeux larmoyants et rouges de gaz lacrymogĂšnes. Agitez vos drones, zappez entre vos camĂ©ras, la seule chose que vous verrez c’est nos majeurs depuis les toits de la ville, de la peinture plein les fringues.




Source: Monde-libertaire.fr