Août 15, 2021
Par CRIC Grenoble
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Comment l’histoire marque-t-elle l’espace ? Quelles traces reste-t-il des violences qui s’y sont passĂ©es ? Comment entretenir une mĂ©moire collective ? Mais surtout comment faire pour que ces histoires de violences, d’exclusions, d’oppression ne se rĂ©pĂštent plus ?



Le parc Flandrin-Valmy, derriùre le Stade des Alpes, prùs de l’Isùre.


En automne 2016, des personnes dorment toutes les nuits dans ce parc. Au moins onze famille (dont 21 mineurs) qui demandent l’asile en france. Cependant, comme de nombreuses personnes en demande d’asile, iels ne bĂ©nĂ©ficient d’aucun logement ni aucun hĂ©bergement, malgrĂ© que les conventions internationales et les lois nationales l’exigent.

Courant octobre de cette annĂ©e-lĂ , la mairie de Grenoble met en place une vĂ©ritable politique de harcĂšlement Ă  l’encontre de ces personnes. Chaque jour, la police municipale leur demande de dĂ©monter leurs tentes quelque soit la mĂ©tĂ©o et les affaires sont entassĂ©es parfois sous la pluie. Certains jours, elles sont mĂȘme confisquĂ©es, jetĂ©es ou saccagĂ©es .

La mairie affirme qu’elle ne procĂšde Ă  aucune expulsion, qu’elle mĂšne une politique de lutte contre le camping sauvage. Les politiciens ajoutent que les personnes dĂ©montent leur tente de leur plein grĂ© quand la police leur demande. Quelle mauvaise foi ! Comme si ces familles faisaient du camping de loisir ? Comme si la pression policiĂšre permettait de faire quelque chose de son plein grĂ© !

En rĂ©union, la mairie en vient Ă  parler « d’appel d’air Â», que si elle tolĂšre un campement, alors cela attirerait d’autre personnes. Finalement, la municipalitĂ© de Piolle justifie ses politiques de harcĂšlement avec exactement les mĂȘmes arguments que la droite et l’extrĂȘme droite !

En dĂ©cembre, le campement est expulsĂ©, les affaires dĂ©truites au bulldozer. Plusieurs personnes sont enfermĂ© en Centre de RĂ©tention Administrative en vu d’ĂȘtre expulsĂ©es de france. La plupart des familles sont hĂ©bergĂ©es, mais seulement pour deux semaines et en majoritĂ© dans des hĂŽtels. MĂȘme si les hĂ©bergements peuvent ĂȘtre renouvelĂ©s, s’engager Ă  aussi court terme met les personnes dans une position d’insĂ©curitĂ© et de prĂ©caritĂ©, ne sachant jamais ce qui pourrait leur arriver la semaine suivante. Cela fait partie de politique de prĂ©carisation et de harcĂšlement des rĂ©fugiĂ©s. Leur situation reste donc trĂšs prĂ©caire d’autant plus qu’il n’est, par exemple, pas possible de cuisiner dans un hĂŽtel.

Par ailleurs ,pour nommer l’expulsion, la mairie parle de « dĂ©mantĂšlement Â» du campement. Le terme dĂ©mantĂšlement est habituellement utilisĂ© pour parler de rĂ©seaux, notamment criminels, mafieux ou terroristes. Parler de dĂ©mantĂšlement ici revient Ă  faire un amalgame entre personnes rĂ©fugiĂ©es et criminels. C’est un amalgame parfaitement raciste !

En fĂ©vrier 2017, l’assemblĂ©e des mal-logĂ©-e-s organise un goĂ»ter puis une occupation de ce mĂȘme parc avec une quarantaine de personnes qui luttent pour obtenir un hĂ©bergement auquel elles auraient lĂ©galement droit. AprĂšs quelques jours, la police tente d’expulser illĂ©galement par un coup de force, expulsion qui n’aura pas lieu grĂące aux soutiens. Suite Ă  cela, la mairie et la prĂ©fecture se renvoient la balle pour savoir qui aurait ordonnĂ© cette tentative d’expulsion !


Dans les mois qui suivent, Ă  plusieurs reprises, des fascistes attaquent le campement, notamment aprĂšs aprĂšs une manifestation d’extrĂȘme droite : des motards sont venus dans le camps armĂ©s de battes de base-ball et de barre de fer en criant des insultes et des menaces de mort. Deux jours plus tard, des cocktails molotov sont lancĂ©s aux abord du campement et provoquent un dĂ©part d’incendie.

La mairie ne dĂ©noncera pas publiquement ces actes racistes. Elle participera plutĂŽt Ă  l’expulsion le 24 mai grĂące Ă  un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral pour risque de troubles Ă  l’ordre public qui fait suite aux agressions racistes qui ont eu lieu les jours prĂ©cĂ©dents. Comme si les responsables Ă©taient les habitant-e-s du campement, et non pas les fachos ! Les 166 habitant-e-s sont ensuite hĂ©bergĂ©-e-s
 dans des gymnases ! Dormir dans un gymnase n’est aucunement une solution d’hĂ©bergement, cela ne permet ni de manger, ni de dormir convenablement, ni vivre ou suivre une scolaritĂ© correctement.

La mairie installe d’abord des pierres et des grilles pour empĂȘcher toute rĂ©installation, comme Ă  chaque expulsion.


En 2020, des panneaux annoncent dans ce mĂȘme parc des travaux en vue de la crĂ©ation des « Jardins sans frontiĂšres Â», avec le joli logo de la mairie ! La municipalitĂ© se fait mousser sur des projets solidaires et associatifs tout en menant une politique rĂ©pressive contre des gens qui vivent Ă  la rue, dans des campements, des squats ou contre des collectifs en lutte.

D’un cĂŽtĂ© il y a les mots : aller au col de MontgenĂȘvre faire un discours, communiquer sur l’installation de jardins associatifs crĂ©Ă©s avec et pour des rĂ©fugiĂ©s, conventionnement ultra-mĂ©diatisĂ© d’une asso de SDF dans une maison restĂ©e vide des annĂ©es, 


De l’autre il y a les actes : harcĂšlement de campement par les policiers municipaux ; expulsions de squats et de campements ; coupure d’eau, de chauffage et d’électricitĂ© en plein hiver dans un squat de demandeurs de papiers et autres prĂ©caires ; politique d’embourgeoisement et d’expulsion des quartiers populaires, mĂ©pris et refus de recevoir des collectifs ou associations en lutte, etc.

Le parc Valmy n’est pas seulement un endroit ou la mairie a permis aux Jardins sans frontiĂšres de s’installer, c’est aussi un lieu ou cette municipalitĂ© a menĂ© des politiques immondes et racistes. On a Ă©crit ce texte, parce qu’on ne veut pas que ce bout de l’histoire passe aux oubliettes, on ne veut pas que la mairie puisse utiliser l’installation des Jardins sans frontiĂšres pour effacer ses actes.

Globalement, la mairie se sert de tout les projets qu’elle peut pour se glorifier, elle tente de rĂ©cupĂ©rer chaque initiative Ă  des fins politiciennes. Ces rĂ©cupĂ©rations lui donne aussi du pouvoir au sein de ces mouvements, d’une part grĂące a des moyens de pression matĂ©riels (liĂ©s aux conventions) mais aussi grĂące Ă  une sorte de prestige surfait. La municipalitĂ© mĂšne des politiques anti-sociales qu’elle tente d’invisibiliser avec quelques coup de pubs par-ci par-lĂ 

Contre l’utilisation mĂ©diatique de nos initiatives et de nos luttes !

Pour se souvenir de l’histoire du parc Valmy !





Source: Cric-grenoble.info