Janvier 1, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Du respect avant toute chose

Et si ce livre Ă©tait le symbole des luttes de toutes ces femmes et ces hommes qui se battent pour dĂ©fendre leur emploi dans des entreprises de taille moyenne Ă©parpillĂ©es sur tout le territoire français. Chaque jour, nous apprenons la fermeture aprĂšs liquidation judiciaire, licenciements drastiques aprĂšs dĂ©cision de justice parce que de grands groupes comme Peugeot, Renault, Unilever n’ont pas respectĂ© leurs engagements. Nous connaissons tous de ces drames sociaux. Comment retrouver du travail dans l’Aveyron, Ă  Decazeville Ă  la suite de la liquidation de la SociĂ©tĂ© aveyronnaise de mĂ©tallurgie ? Et mĂȘme si l’entreprise survit comment soutenir le regard des camarades qui partent et celui de ceux qui restent ?
Depuis 2017, Arno Bertina suit la lutte des salariĂ©s d’une usine d’équipementier automobile GM&S Ă  La Souterraine dans la Creuse. L’entreprise fait l’objet de rachats, de plans sociaux avec appui des pouvoirs publics au niveau tant local que national et les promesses de maintien de l’emploi fondent Ă  chaque reprise. Dans Ceux qui trop supportent, il donne la parole Ă  ces ouvriers et cadres pour une fois, c’est rare dans les luttes sociales, unis dans la dĂ©fense de leur outil de travail, de leur savoir-faire, leur vie sur cette terre creusoise.

La capacité de mobilisation

La photo de couverture impressionne et donne Ă  penser : un entrepĂŽt de stockage et au sol des ouvriers en tenue de travail allongĂ©s comme assassinĂ©s, les victimes d’un systĂšme capitaliste. Sont-ils considĂ©rĂ©s par les pouvoirs publics comme les piĂšces dĂ©tachĂ©es rangĂ©es sur les Ă©tagĂšres ou des ĂȘtres humains ? Vont-ils se relever ? C’est le sens de ce livre, la capacitĂ© de mobilisation de la classe ouvriĂšre, l’expression est plutĂŽt oubliĂ©e de nos jours, mais oui il y a encore des ouvriers. Un mot revient souvent dans le livre, la dignitĂ©. Ils ont droit Ă  la reconnaissance de leur dignitĂ©, au respect. Ils acceptent et revendiquent leurs conditions de travail, les 2X8. Certains passages du livre font Ă©cho Ă  d’autres tĂ©moignages comme A la Ligne de Joseph Ponthus (Editions de la Table ronde, 2019) commentĂ© dans cette chronique Des idĂ©es et des luttes datĂ©e du 28 juin 2021.
Le lecteur peut y admirer la volontĂ© de la personne qui se lĂšve le matin avec la peur du licenciement, l’angoisse du mĂ©pris exercĂ© par le patron. Heureusement la solidaritĂ© ouvriĂšre n’est pas une vaine expression au sein de l’entreprise. On peut en discuter lorsqu’une organisation syndicale d’une autre entreprise refuse son soutien pour prĂ©server ses acquis. La mise en concurrence des dĂ©munis, une mĂ©thode qui nous vient des Etats-Unis, est sinistre. La « lepenisation Â» des esprits gagne du terrain. Les grandes entreprises automobiles prĂ©fĂšrent s’approvisionner Ă  l’étranger. Renault est Ă  moins 5 millions d’euros de commandes par rapport aux promesses initiales et moins 2,5 pour Stellantis, ex PSA ce qui peut conduire au dĂ©pĂŽt de bilan.

La compĂ©tence et l’intelligence

La violence des relations sociales rĂ©side Ă©videmment dans le licenciement, il faut lire les passages consacrĂ©s au ressenti par ces femmes et ces hommes. L’humain est Ă  fleur de page dans ce livre. L’odieux s’affiche sans vergogne lors des nĂ©gociations avec Bercy lorsque les hauts fonctionnaires discutent de leur plan de carriĂšre devant des ouvriers qui risquent de tout perdre, ces pages sont Ă©pouvantables de cynisme. En revanche, ces mĂȘmes hauts fonctionnaires versent sans contrĂŽle des sommes considĂ©rables Ă  des patrons qui en disposent Ă  leur guise et sans contrepartie sĂ©rieuse.
D’autres pages dĂ©montrent la capacitĂ© des salariĂ©s Ă  prendre en charge leur destin. Je retiendrai celles consacrĂ©es aux alternatives comme les SCOP ou mieux la rĂ©flexion sur une proposition de loi pour obliger les patrons Ă  rendre compte de l’utilisation des sommes versĂ©es par les pouvoirs publics. J’aime beaucoup cette phrase d’un ouvrier : « il n’y a pas de prĂ© carrĂ©. Â» En dĂ©mocratie, ajoute l’auteur, tout le monde a la compĂ©tence et l’intelligence. Les Ă©lites n’ont pas le monopole du pouvoir de dĂ©cision.

Trois ans de combat, de procĂ©dure ont permis Ă  une partie des salariĂ©s de conserver leur emploi mais jusqu’à quand ? Leur combat n’est pas achevĂ©.

Arno Bertina
Ceux qui trop supportent
Le combat des ex-GM&S (2017-2020)
Ed. Verticales, 2021

Venez dĂ©battre avec l’auteur Arno Bertina
le mercredi 19 janvier 2022 Ă  20 h
Librairie Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris
Rencontre organisée par le groupe Commune de Paris de la Fédération anarchiste




Source: Monde-libertaire.fr