Février 25, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Inquiétante ubérisation !!!

Rien qu’en faire un nom commun montre l’enjeu sur le plan international de cette fragilisation des individus dans un système capitaliste qui les broie après les avoir exploités. Les éditions du détour nous présentent un ouvrage collectif consacré à ce phénomène, Ubérisation et après ? Comme le souligne l’introduction, « ces vingt dernières années, le capitalisme s’est redéfini, renforcé par la digitalisation de l’économie. Nous avons assisté à la flexibilisation du marché de l’emploi et à sa conséquence, la précarisation. Avec l’avènement des plateformes de travail, le capitalisme a instrumentalisé la révolution 2.0 à grand renfort d’intelligence artificielle. Le patron « dématérialisé » est devenu invisible aux yeux des travailleurs qui se trouvent de plus en plus confrontés à des algorithmes ».

Des promesses à la réalité
Au début, tout est rose, bien vendu… Vous serez libre de gérer votre temps, plus de patron, plus de contrainte. A se demander pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt !! Et puis la réalité s’impose tout comme dans le film de Ken Loach, Sorry we missed you. Toutes les classes d’âge sont touchées mais plus particulièrement les jeunes qui naviguent de stages sous- rémunérés, quand ils le sont, en CDD, évidemment précaires. Le capitalisme de plateforme est en train de remettre en cause le contrat à durée indéterminé et de façon plus générale la protection sociale, le droit du travail. C’est le retour du travail à la tâche. Certes celui-ci n’avait jamais complétement disparu même dans l’administration qui se plaît à recruter des vacataires pour de très courtes périodes, des rémunérations faibles et sans aucune garantie de déroulement de carrière. Le point nouveau réside dans la systématisation du dispositif avec la complicité des pouvoirs publics, toutes sensibilités politiques confondues. Ceux-ci ont permis le développement du célèbre statut d’autoentrepreneur, source de toutes les libertés et de toutes les incertitudes sociales. Vous ne travaillez pas ? vous ne gagnez rien ! C’est la liberté capitaliste. Pas de négociation, à prendre où à laisser. Pas de syndicats, pas d’instance représentative du personnel. En y regardant de près, cela peut nous faire penser au monde ouvrier du 19e siècle.

Les esclaves du système
L’ouvrage alterne analyses sociologique et juridique avec des témoignages éloquents. Certes le numérique a de nombreux avantages, y compris celui de mobiliser des travailleurs sur des tâches intellectuellement plus enrichissantes mais comme le relève un sociologue, « il enferme [aussi] l’activité humaine dans des scripts rigides qui privent les travailleurs de leur autonomie » et en fait des esclaves du système. Les exemples sont éclairants. Les restaurateurs qui pour survivre lors du premier confinement étaient tenus d’accepter les conditions draconiennes des plateformes. Les jeunes et moins jeunes à vélo, voire en transports en commun, subissent une surveillance de tous leurs instants de l’attente de la commande à la livraison, rapidité, amabilité, efficacité pour des sommes dérisoires autour de 3 à 5 euros la course. Les services à domicile avec un système de notation asservissent essentiellement des femmes, d’autant qu’il est difficile d’avoir du travail puisqu’il n’y a pas assez de demande. Alors on baisse le paiement de l’heure travaillée et ce sont souvent des immigrés, voire des sans-papiers qui acceptent ce travail avec un contrôle via les applications.
Les jeunes, les femmes sont les plus fragilisées mais aussi les sans papiers qui doivent accepter des sous-locations de comptes et sont donc deux fois exploités. Il y a loin des belles affiches et des belles promesses à la triste réalité.
Agir sans délai
Ce système se développe évidemment à l’international. Certaines contributions démontent le dispositif de l’intelligence artificielle, d’autres soulignent les combats menés dans d’autres pays, notamment en Europe, tels que l’Espagne, l’Italie. Des solutions peuvent-elles apparaître ? Un texte, sous forme de cri, d’un syndicaliste appelle à se regrouper, à organiser la solidarité, à attaquer devant les tribunaux ces entreprises. Il faut faire reconnaître comme salariés, ces personnes, ce que le gouvernement français ne veut pas, pourtant les juges se sont plusieurs fois prononcés en ce sens y compris au niveau européen. Ce sont des salariés et non des indépendants, car ils sont liés à l’entreprise jusque dans leur tenue vestimentaire ! Certaines organisations préconisent la création de coopératives regroupant les personnes sur une base égalitaire, d’autres proposent de réfléchir sur la notion de commun portée par une structure collective. En tout cas, il est urgent d’agir car « le danger, c’est que les plateformes utilisent la crise pour justifier et légitimer le travail à la tâche ».

Francis Pian

Uberisation et après ? Collectif. Ed. du détour, 2021

Retrouvez- nous sur Radio Libertaire 89.4 ou sur le net et en podcast, les 2e et 4e mercredi de chaque mois de 17 h à 18 h 30 dans l’émission Au fil des pages avec analyse et lecture d’extraits d’ouvrages, interviews d’acteurs de la chaîne du livre.
Notre ami Ramon Pino est notre invité mercredi 9 mars à 17 h pour parler du livre, Salvador Puig Antich, Guérilla anticapitaliste contre le franquisme paru très récemment aux éditions du Monde libertaire et aux éditions Noir et rouge.




Source: Monde-libertaire.fr