Janvier 21, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Science et religion, est-ce possible ?

Et si l’écologisme trouvait sa source dans le puritanisme ? Question curieuse, sensible surtout pour des lecteurs plutôt pétris de laïcité, de gauche et qui portés sur la chose environnementale étaient sans doute loin d’établir le lien avec la culture chrétienne. S’ils se considèrent déstabilisés, l’ami Philippe Pelletier entend les éclairer dans son ouvrage Le Puritanisme vert, Aux origines de l’écologisme. Nous connaissons Philippe comme géographe, spécialiste du Japon et de l’œuvre d’Elisée Reclus. Dans le livre que nous présentons, il bouscule les certitudes avec passion, vigueur, une grande culture et des références solides dans la littérature internationale du domaine.

De quelle écologie parle-t-on ? Soulignons qu’il faut distinguer l’écologisme qui peut se définir comme un courant de pensée et un corpus de valeurs liées au rapport entre l’homme et l’environnement, de l’écologie qui s’apparente à une science mais qui pour beaucoup regroupe aussi une conception politique, un mode de vie, une aspiration cosmique et métaphysique qui viserait à sauver la planète. Philippe Pelletier souligne même qu’il pourrait s’agir d’une idée globale et généreuse ou d’un fourre-tout confus, voire des manipulations curieuses pour certains.

Et cette notion de puritanisme ? « Au Puritanisme doté d’un majuscule en tant que phénomène historique correspond de façon élargie, sur le plan socioculturel, le puritanisme doté d’une minuscule qui désigne des valeurs et des comportements englobant les mœurs, la sexualité, la vie politique et le rapport à la nature ». Les puritains entendaient sanctifier l’existence dans tous ses aspects y compris dans la vie des affaires et l’usure. Les variantes théologiques ne changent rien fondamentalement au sens de l’ouvrage.

L’antithèse de la science
Science d’un côté et religion de l’autre… mais ce n’est pas cela et Philippe Pelletier insiste sur ce constat : « Lorsqu’un courant idéologique et politique prétend se fonder sur la science, les dérives menacent ». C’est encore pire lorsque certains partisans de l’écologisme sont hostiles à la science ou à la technique. Pour lui, « les racines idéologiques de l’écologisme plongent historiquement dans ce qui est a priori l’antithèse de la science : la religion et singulièrement le protestantisme. […] Oui l’essentiel des racines de l’éthique environnementale sont religieuses, chrétiennes. ».

Pour conduire sa réflexion, l’auteur nous entraîne dans un passionnant historique des origines et des pionniers de l’écologisme. C’est effectivement stimulant de manier ces concepts, ces références.

Au XIXe siècle, les pays concernés par l’imprégnation puritaine et par le modèle WASP sont nombreux, au XXe siècle, « il en reste un substrat culturel fort, dominant, d’autant que le système de valeurs américain notamment via le cinéma, la diplomatie, les ONG en tout genre, imprègne le monde entier avec ses icônes, son imaginaire, ses références, ses politiques ».

Et si on se trompait de combat ?
Pourtant la notion d’écocide ne parvient guère à convaincre. Les termes utilisés pour le définir sont trop flous. Ça ne passe pas. Cette notion s’éloigne de la notion plus claire de pollueur payeur et laisse à des techniciens du droit la prérogative de contrôle des activités humaines, la bureaucratie n’est pas loin tout comme la judiciarisation des relations.
Pour Philippe Pelletier, l’écopuritanisme entraîne trois conséquences : la première, nous venons de l’aborder, la bureaucratie des techniciens, la deuxième renvoie à une conception du puritanisme historique : l’eschatologie et le millénarisme sur fond de catastrophisme. « Quand rien n’est fait, Dieu détruit les impies ». Et enfin la troisième, l’interrogation de la place de l’homme dans la nature et non plus son rôle.

Oui, de nombreuses interrogations assaillent le lecteur au fil des pages. Cet essai présente « le mérite de nous forcer à repenser les responsabilités des crises environnementales qui sont peut-être moins liées à la nature pécheresse et définitivement déchue de l’humanité qu’à un système économique et politique bien particulier » comme le relève l’éditeur.

Francis Pian

Le Puritanisme vert. Aux origines de l’écologisme, Philippe Pelletier. Ed. Le Pommier, 2021




Source: Monde-libertaire.fr