Août 14, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Manipulations, argent, illusions

Des idées et des luttes consacrée au nouveau péril sectaire, est-ce pertinent dans notre sensibilité ? Bien sûr, car s’il est bien un domaine dans lequel les anarchistes sont vigilants, c’est bien celui de l’exercice des libertés, celui de l’esprit critique et le rejet de tout dogme véhiculé par des gourous souvent à la tête de belles fortunes.
Il semble impossible de définir juridiquement la secte, certains qui ont essayé, ont échoué et connu les foudres de la justice. Jean-Loup Adénor et Thimothée de Rauglaudre, dans leur dernier ouvrage Le Nouveau péril sectaire publié chez Robert Laffont, démontent, sur un ton journalistique et aisé à lire, des structures typiques, des comportements, des méthodologies d’aliénation.

Plus de 500 d’entre elles sévissent en France échappant souvent aux feux de l’actualité, bénéficiant de protections politiques, religieuses, économiques. Contrairement à une idée répandue, « l’emprise sectaire ne frappe pas forcément les plus fragiles ou les plus démunis. Toutes les classes sociales sont potentiellement concernées. […] Cependant, quelle que soit la catégorie de population ciblée, ces mouvements hétéroclites recréent souvent, in fine, une forme de système pyramidal qui écrase les possibilités d’émancipation de leurs recrues. »

Comment repérer une emprise sectaire ? la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, Milivudes, repère 11 critères pour qualifier cette emprise éventuelle. Vous les retrouverez dans l’ouvrage. Loin de la dimension religieuse qui existe encore dans certaines communautés chrétiennes, les responsables s’orientent vers la santé et le bien-être.
La religion donne une illusion d’espoir pour plus tard… la santé et le bien-être, c’est du présent, tout aussi illusoire comme guérir un cancer par l‘absorption de jus de gui, par exemple… 500 000 personnes sont « accros » à ces illusions pour le plus grand profit des charismatiques dirigeants. Ceux-ci vivent mal le contrôle de la Milivudes. Une décision technocratique comme l’administration française sait en produire, aboutit à la suppression de cette institution qui reste néanmoins en place avec moins d’autonomie et une fragilisation renforcée. En parallèle, des associations notamment l’Union nationale des Associations de défense des Familles et de l’Individu connaissent une chute importante de leurs subventions. Tout semble fait pour que le contrôle sur ces structures s’affaiblisse. Seul point positif : la loi About-Picard de 2001 qui sanctionne l’abus de faiblesse.

Des relations ambiguës
Les pouvoirs publics se sont mobilisés après le massacre au Guyana et celui du Temple solaire. Pour autant, la France connaît des attaques régulières d’organisations nord-américaines qui refusent la laïcité, version loi de 1905. Même le gouvernement américain s’en émeut auprès de son homologue français. Des institutions comme l’OSCE [note] multiplient les rapports négatifs. Sur cet aspect plus juridique, je vous invite à lire le livre d’Étienne Ollion, Raison d’État, histoire de la lutte contre les sectes en France, publié aux éditions de La Découverte, 2017.

L’entrisme dans ces institutions internationales est doublé d’approches de responsables politiques invités à des colloques, des réceptions alléchantes aux effets anesthésiants.

Une autre technique utilisée par les organisations consiste à multiplier les procédures devant les tribunaux pour asphyxier les associations de victimes.

En parallèle, il n’y a pas de dissolution d’organisation dite sectaire. Certaines vont même disposer de locaux luxueux en région parisienne. D’autres sont plus discrètes mais leurs comptes bancaires sont pleins.

Des comportements obsessionnels
Les auteurs passent en revue de nombreuses organisations sur la base de témoignages de victimes. Les propos sont fascinants : « le corps peut se guérir de lui-même », « le développement du Covid a pour but de cacher l’installation de relais G5 ».

La course au fric est permanente via la vente pyramidale notamment. Souvent l’escroquerie financière est au coin de la rue.

De plus la mouvance chrétienne et l’Empire Moon sont en lien étroit avec l’extrême droite en France et ailleurs comme au Japon en ce qui concerne Moon.
Des groupes de pression aboutissent à la reconnaissance de médecines aux effets incertains, au sein même des institutions de santé. Les réseaux fonctionnent bien. Merci !!

L’anthroposophie constitue « une discrète multinationale de l’ésotérisme », un lobby économique et politique puissant dont certains ministres actuels ou anciens sont proches. Pour son fondateur, « des esprits et des forces surnaturelles agissent dans un monde invisible » (sic). « Il faut lâcher prise avec tout ce que l’on a connu ». Les témoignages sur les écoles Steiner sont évocateurs.

Le formatage des adeptes
Une autre méthode pour assurer la mainmise sur les adeptes consiste à les isoler par des menaces, les réduisant au silence, par l’excommunication psychologiquement dure, par une capacité de nuisance dans la vie des personnes, leur carrière, leur place dans la société. Plusieurs mouvements de différentes sensibilités sont analysés et vous trouverez des points communs dont le but est le formatage des adeptes et leur enfermement psychologique.

Les groupes charismatiques au sein de l’Église se caractérisent par la présence d’un homme « saint », entouré d’un groupe de fidèles adorateurs, sans aucun discernement et encore moins de lucidité. Certains sévissent dans le diocèse de Toulon-Fréjus, à telle enseigne que même le Vatican s’en inquiète mais l’Église est une autre « grande muette » surtout lorsque des chefs d’entreprises veillent sur ces Fraternités.

Très habilement, ces organisations s’appuient, comme l’extrême-droite, sur les libertés fondamentales pour les retourner en leur faveur : liberté d’enseignement, liberté de croyance, liberté d’association. Ce qu’elles veulent : surtout rester discrètes. Elles ne répondent pas aux demandes d’interview, elles ridiculisent les témoignages et surtout elles s’appuient sur le désintérêt relatif de l’opinion publique, des pouvoirs publics. In fine, seuls des lanceurs d’alerte, des associations relaient les appels des victimes avec de bien faibles moyens. Je m’en tiens bien volontiers à cette citation de l’ami Bakounine, extraite de Dieu et l’État : « De tous les despotismes, celui des doctrinaires ou des inspirés religieux est le pire. »

Francis Pian

Le Nouveau péril sectaire, Jean-Loup Adénor, Thimothée de Rauglaudre. Ed. Robert Laffont, 2021
Raison d’État, histoire de la lutte contre les sectes en France, Étienne Ollion. Ed. La Découverte, 2017
Dieu et l’État, Michel Bakounine . Ed. Mille et une nuits, 2007




Source: Monde-libertaire.fr