Octobre 28, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Puissance et pressions

Bill Gates, quel brave homme !!! Parti de peu, il bâtit un empire colossal de fric, de divers monopoles dans le monde de l’informatique avec une image de dilettante vaguement en marge de la société. Et puis au sommet de sa gloire, il se retire et avec son épouse, Melinda, il crée la Fondation Bill et Melinda Gates. Il veut se consacrer à l’amélioration de la vie du monde.
A la lecture du livre de Lionel Astruc, L’art de la fausse générosité, paru chez Actes Sud, j’avais l’impression de vivre un de ces films de James Bond, lorsque celui-ci, prisonnier, dialogue avec ces fous dirigeants d’empire souterrain qui veulent posséder le monde. C’est assez étonnant.

« En 2000, cet emblème de la réussite, du génie informatique et de l’accumulation de richesse se transforme soudainement en l’homme le plus généreux aux yeux du monde lorsqu’il crée sa fondation », constate Lionel Astruc.

La source de sa fortune ? Microsoft ! En déployant le brevetage et l’utilisation abusive du monopole. A l’origine, le contournement du fisc, le recours aux paradis fiscaux qui rapportent des revenus très substantiels et puis à l’issue des dons à la fondation Gates.
Illusion !! « Cet argent n’est pas distribué à des œuvres caritatives. Il est confié à un fonds d’investissement qui le place dans des centaines de sociétés. […] Parmi les secteurs qui profitent de cette manne, la Fondation Gates a choisi entre autres l’armement, les énergies fossiles, la grande distribution, les OGM. […] Des entreprises aux antipodes des missions affichées par la Fondation : la lutte contre la pauvreté et la protection de la santé. »

Au mépris de l’intérêt général
Ainsi cette fondation cherche à basculer dans un monde totalitaire géré par des « super-riches » afin de renforcer le système néolibéral qui les porte au mépris de l’intérêt général. Attention, et c’est bien le piège du dispositif, certains points sont pertinents mais globalement le système est contraire au progrès sociétal affiché. « Cette philanthropie-là fait plus de mal que de bien et devrait être soumise à un droit de regard des États et des citoyens, tant son pouvoir est grand et sa menace lourde sur nos démocraties », selon Lionel Astruc.

Tout démarre en 1975, songeons à l’emballement du temps et des technologies, l’ouvrage relate l’évolution du personnage, ses méthodes de travail, de conquête de parts de marché… C’est vraiment très intéressant à lire. En 1996, il est l’homme le plus riche. En vingt et un ans ! A force de chantage sur des entreprises, des constructeurs. Vous achetez un ordinateur, vous avez Microsoft. Résultat : sa puissance financière atteindrait 90 milliards de dollars en 2018. Il est personnellement plus riche que 42 des 48 États de l’Afrique subsaharienne. En 2008, il se consacre à sa fondation en privilégiant « des solutions technologiques plutôt que sociales, économiques ou politiques ».

Devant les problèmes de malnutrition, il privilégie les OGM et des techniques qui ont abouti à la destruction de biotopes fragiles comme le dénonce Vandana Shiva. Nous en voyons les effets en Inde, au Pendjab, en Afrique. Grandes consommatrices d’eau, ces technologies d’agriculture intensive assèchent, au sens propre, des régions entières. Les populations de ces territoires sont bien démunies face à la puissance financière qui abreuve certaines ONG, voire institutions internationales. Du James Bond, vous dis-je !

Quelle indépendance ?
Qui va oser contester les choix d’une telle puissance, au risque de perdre les quelques subsides qu’elle verse pour faire taire les velléités d’indépendance. Finançant en partie l’Organisation mondiale de la santé, la Fondation peut imposer de curieux choix en matière de vaccination. Vous lirez ! Un expert britannique relève l’action d’organismes caritatifs qui « orientent radicalement des programmes de santé publique vers les problématiques qui intéressent le plus les riches bailleurs de fonds ». Selon le New York Times, « peu osent cependant critiquer publiquement sa fondation, par peur de perdre son soutien ».

Dans son épilogue, en matière de lutte contre la faim dans le monde, Vandana Shiva, écoféministe indienne, dénonce la mainmise de Microsoft sur les technologies des pays pauvres et la complicité des multinationales. Elle défend l’idée d’une vente libre des graines contre la pression de Monsanto, multinationale américaine.
« A la fortune et au pouvoir de quelques-uns, opposons la souveraineté alimentaire pour tous, la biodiversité agricole, la solidarité et la liberté d’utiliser les graines comme bon nous semble. »

Francis Pian


L’art de la fausse générosité
, Lionel Astruc. Ed. Actes Sud , Babel, 2022




Source: Monde-libertaire.fr