28 novembre 2025
Par Le Monde Libertaire (source)
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Couper, coller, imprimer, trois gestes qui caractérisent le photomontage dans la presse, la propagande. Nous connaissons tous, ces affiches, ces couvertures de journaux qui accrochent le lecteur depuis le recrutement de soldats en 1914-1918 jusqu’à la dénonciation de l’extrême droite dans les années 1990. C’est le parcours que nous propose La Contemporaine dans une exposition jusqu’au 14 mars 2026. Voilà qui couvre une bonne partie du 20ème siècle. Son catalogue publié en partenariat avec Anamosa reprend ces illustrations qui invitent à la mobilisation, à l’action. Les visiteurs, les lecteurs y trouveront leur content.

L’évolution des techniques permet un déroutage des photos, sur des images préexistantes ou créées pour l’occasion, complétées par des lettrages dessinés, des dessins, des aplats de couleur. Il s’en suivra l’impression par des techniques expliquées au cours de l’exposition (héliogravure, lithographie, offset…). Un artiste tchèque Karel Teige considère que « le photomontage, c’est de la « peinture » à l’ère de la machine, des rotatives et de l’héliogravure ». Les commissaires de l’exposition, Max Bonhomme et Aline Théret, estiment que cette technique est davantage « celle des graphistes, illustrateurs, affichistes et maquettistes qui utilisent des photographies en association avec d’autres éléments textuels et visuels ». Le texte ajoute un message politique comme le soulignent des grands noms tels John Heartfield ou Gustav Klucis.
N’oublions pas cependant les photomontages grossiers d’Appert pour dénoncer Les Crimes de la Commune ou plus tard ceux relatifs à la répression contre les spartakistes.

Art subversif et agitation politique
Le dadaïsme l’utilise comme une forme d’art subversif et une arme d’agitation politique. Heartfield créera l’affiche de propagande communiste en Allemagne représentant une main mobilisée pour prendre et agir. Les couvertures de la revue Arbeiter Illustrierte Zeitung et celles d’URSS en construction mettent en relief les deux tendances, continuité de l’illustration satirique et montage structurel. Retrouvons aussi ces affiches. La puissance artificielle de l’URSS, des visages épanouis des paysans et des ouvriers… Quand on sait la réalité !! Le PCF va s’appuyer sur ces techniques avec ses revues Nos Regards, puis Regards. Un objectif : promouvoir le modèle soviétique et sa réussite sociale, économique, militaire … en 1934 ! La valorisation du dépassement des cadences dans un article de Regards : « 26 heures de suite le brigadier Sirota n’a pas quitté l’atelier de forge. […] C’est là un bel exemple de travail socialiste. » Voilà qui prêterait à rire sauf que les dites cadence étaient augmentées pour tous et ne pas les tenir, c’était s’exposer à des sanctions « sibériennes ». Les méfaits pervers du stahkanovisme.

La guerre par l’image
Les régimes fascistes italien, allemand, franquiste vont aussi utiliser ces techniques, la guerre idéologique se mène par le graphisme et le détournement d’images. Evidemment la guerre d’Espagne mobilise les artistes de gauche dont les anarchistes. Les couvertures de la revue Estudios sont impressionnantes. Les affiches de la CNT, de la FAI dénoncent la barbarie fasciste à Madrid et demandent des armes pour l’Espagne. En France, l’avant-guerre connaît aussi des revues militantes comme Marianne aux photos en une dénonçant le fascisme (cf. la photo d’un crâne avec la mèche hitlérienne) en opposition à Candide ou Gringoire.

L’après-guerre atténue la diffusion de ces montages. Ils réapparaissent dans les années 70 contre la guerre au Vietnam. Deux journaux états-uniens The Black Panther et Palante renouvellent le style et deviennent « des manifestes graphiques de la révolution ». La lutte anti-impérialiste donnera naissance à la célèbre revue Tricontinental dont nombre de montages ne contiennent pas de texte, les illustrations sont suffisamment évocatrices. La presse alternative en France donnera Action et ses unes-affiches, Tout !, Le Torchon brûle. L’évolution de la technologie a conduit vers d’autres modes d’expression. La visite de l’exposition, la lecture du catalogue nous guident avec pédagogie dans cette talentueuse aventure militante du 20ème siècle.

• Exposition Couper, coller, imprimer
Le photomontage politique au 20ème siècle

La Contemporaine,
184, cours Nicole Dreyfus
92000 Nanterre

• Catalogue :
Couper, coller, imprimer
Le photomontage politique au 20ème siècle

Ss direction Max Bonhomme et Aline Théret
Ed. Anamosa/ La Contemporaine, 2025






Source: Monde-libertaire.net