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« Je ne dis pas les choses, je les laisse entendre. »

Toujours discret, l’ami Brassens, c’est un modeste ! Rappelons-nous la chanson et le livre qu’a coordonné Isabelle Felici, Brassens anarchiste paru aux éditions Atlande couvre une période que celui-ci n’a jamais reniée et dont les valeurs transparaissent dans ses textes. Toute sa vie, il restera un peu en marge de la société, c’est un individualiste, un anticonformiste et sa définition de l’anarchisme en est le reflet : « Le respect des autres, une espèce de fraternité, une certaine attitude morale. Une espèce de volonté de noblesse ». Pas la noblesse de particule. Au contraire il revendique son origine populaire, son goût pour les choses simples. Anne Steiner situe l’individualisme et Brassens dans cette sensibilité. Quelques caractéristiques : son refus du travail salarié, l’amitié, le partage, le refus du mariage. Ces mots, vous les retrouvez dans les textes de ses chansons. Il déclare dans un entretien avec Philippe Nemo : « Je suis libertaire viscéralement, une sorte de réfractaire, d’en-dehors, un type naturellement en marge. Je marche toujours à côté des autres, pas au milieu d’eux. »
Le courant individualiste
Nous connaissons tous sa vie dans les quartiers populaires de Sète, sa venue à Paris, des moments difficiles, le STO en Allemagne, le retour et sa cachette impasse Florimont chez Jeanne et Marcel. Ce qui intéressera plus particulièrement le lecteur, c’est le titre : Brassens anarchiste. Après un texte d’Anne Steiner qui situe le courant individualiste dont Brassens est un archétype, Sylvain Boulouque retrace les grandes phases du mouvement anarchiste avant, pendant et après la période où Brassens devient militant anarchiste, celles des débats autour de 1953, date d’une importante scission, puis le renouveau des années 1960 à 1980. L’importance de la dimension culturelle permet de faire le lien avec les textes du poète, qui sont à la fois un reflet de ses idées anarchistes et une source d’inspiration pour le mouvement.
Frédéric Bories nous accompagne, grâce à un travail minutieux, sur la période 1946-1948 dans la vie quotidienne de Brassens comme journaliste, responsable de la publication du Libertaire par l’étude de sa correspondance, de ses articles, des bulletins internes de la Fédération anarchiste. Il quittera ses responsabilités le 6 janvier 1947, sans cesse d’écrire dans le journal. Ses thèmes de prédilection ? Le militarisme, le patriotisme, les violences policières, la littérature, la poésie, bref le contenu de ses chansons.
Une figure intemporelle de la littérature
En matière de poésie, Cédric Perolini souligne que Georges Brassens s’est aussi intéressé aux textes d’autres auteurs, Alphonse de Lamartine (Pensées des morts), Victor Hugo (Gastibelza), Paul Fort (Le petit cheval), Antoine Pol (Les passantes). Sa passion pour François Villon est célébrissime (La Ballade des dames du temps jadis). Il déniche des textes dénonçant les valeurs bourgeoises (Les oiseaux de passage de Jean Richepin), le pouvoir (Le Verger du roi Louis de Théodore de Banville) ou défendant une conception très libre de l’amour. Par ses choix, il entremêle des auteurs, des thèmes, des époques et devient ainsi une figure intemporelle de la littérature sans oublier ses idées. « De la propagande de contrebande. Je fais ça indirectement. Je suggère les choses… J’emploie le langage-suggestion au lieu du langage-signe. Je ne dis pas les choses, je les laisse entendre. »
In fine, le lecteur pourrait s’interroger sur la présence d’un texte de Pipo Gurrieri sur l’influence de Brassens en Italie. Nous pourrions rappeler qu’il a des origines du sud de l’Italie par sa mère Elvira Dagrosa. Il commencera à y être un peu connu après 1968. L’approche comparée avec Léo Ferré est intéressante et ne nous enfermons pas dans une approche trop hexagonale.
L’ouvrage mérite aussi notre intérêt pour les denses bibliographies en annexe des articles. Les témoignages des premiers compagnons accueillant Brassens quai de Valmy, siège de la FA à cette époque, renforcent l’authenticité des propos. Il en est ainsi d’Henri Bouyé, Armand Robin, Marcel Renot, Maurice Joyeux l’entourant dans la réalisation d’un Libertaire tirant jusqu’à 100 000 exemplaires… Des documents peu connus comme l’éditorial d’un journal Le cri des gueux qui ne paraîtra jamais ou les fiches et les rapports de la Préfecture de police le concernant, le dernier date de 1975. Vous goûterez certainement la lettre de dénonciation signée J. Maisonneuve qualifiant Brassens de « scandale d’immoralité ». L’ami Georges en aurait-il été fondamentalement choqué ?
Francis PIAN
• Brassens anarchiste
Isabelle Felici (dir.)
Ed. Atlande, 2023
L’émission Au fil des pages sur Radio libertaire recevra mercredi 27 septembre de 17 h à 18 h 30, Isabelle Felici pour échanger sur ce très bel ouvrage.
Source: Monde-libertaire.fr



