Voilà une semaine que toute la périphérie de Marseille est bloquée, de manière intermittente mais réelle, par le mouvement des gilets Jaunes. Ces mouvements ne sont pas une nouveauté : en Argentine, les “cortes”, les mouvements de blocage sont des pratiques régulières depuis la crise de 2001. En Martinique, en Guadeloupe, les grèves et luttes de barrage ont été très fortes, ainsi qu’en Guyane il y a deux ans. Dans chacun de ces mouvements, les luttes rassemblent patrons et exploités, des petits commerçants et leurs employés toujours mal payés. Mais au cours de la lutte, les contradictions se soulèvent, et vite nos patrons tentent d’éteindre les feux qu’ils ont été si prompts à allumer, en se faisant les partenaires officiels de la négociation.

Nul doute que Macron et Cie vont nous pondre des mesures pour les petites entreprises, “étouffées de fiscalité”, voire pour des grands groupes. Mais rien n’est encore joué. Si ce mouvement a pris, c’est qu’il répond à un ras-le-bol, et à l’impuissance des organisations ouvrières à répondre au besoin de rapport de force. L’essence est trop chère, les loyers sont trop chers, le coût de la vie est trop chère…en fait, surtout, les salaires ne montent pas et la misère s’étend.

Mais il n’a échappé à personne que ceux qui bloquent aujourd’hui, ce ne sont pas des hummers, mais des prolos de campagne et des prolos de banlieue qui sont directement impactés par ces mesures. Parce que la première raison pour laquelle on prend nos voitures, c’est pour aller travailler tous les matins.

C’est pour la même raison que tous les soirs, on rentre dans nos maisons, tantôt très loin de notre lieu de travail, parce que les loyers sont bien trop chers pour nos salaires en centre-ville, tantôt à côté, dans des banlieues souvent sordides, c’est à dire qu’on se loge en fonction de notre boulot.

C’est aussi parce que les salaires stagnent, parce qu’on nous oblige à travailler pour un patron pour vivre. Mais on nous répète en même temps qu’il n’y a pas de travail. C’est ainsi que des gens acceptent de vivre, à Marseille et ailleurs dans des logements insalubres, vétustes, mais pas trop loin de leur lieu de travail. Le drame de la rue d’Aubagne, ce n’est pas le bête résultat d’une énième intempérie.

C’est la partie émergée de l’iceberg, d’une accumulation de négligences, d’économies qui font que dans le monde capitaliste, les catastrophes humaines tuent bien plus que les catastrophes naturelles.

Combien de personnes meurent en allant travailler tous les matins ? Combien meurent des maladies liées au travail dans les usines que bloquaient ce matin les gilets jaunes ?

A Marseille désormais 1200 personnes sont à la rue, en attente de relogement, éparpillées dans la ville. Les articles de presse s’enchaînent pour révéler le secret de polichinelle que Marseille est un mouroir à prolos. Or c’est bien beau de “révéler”, mais qui croit que révéler des scandales suffit à les résoudre ?

Tandis qu’il y a une semaine, près de 20 000 personnes sont descendues pour exprimer leur “colère” contre tous les responsables du drame d’Aubagne, il est temps de s’organiser et de lutter, pas seulement pour les délogés, mais pour tous les quartiers de Marseille.

A l’heure où des préavis de grève commencent aussi à fleurir dans la région, où quelque chose d’une force engloutie semble se réveiller de sa léthargie nous proposons de créer un espace de rencontre, entre les combats en cours de la rue d’Aubagne et des autres quartiers de Marseille, et gilets jaunes du département, pour construire des liens, des forces collectives. Parce que ce mouvement peut être rejoint

Parce qu’il est en train d’être rejoint.

Créons les conditions de son élargissement : rencontrons-nous. Parlons d’organisation.

RDV Mardi 27 Novembre à 19H au Local « CAMARADE », 54 rue Esperandieu, 13001 Marseille.

Source: http://www.millebabords.org/spip.php?article32408 -