Ce sont les Ă©vĂ©nements politiques s’étant produits cette annĂ©e qui sont parmi les plus graves que l’on ait pu recenser. Des actes inqualifiables d’une violence inouĂŻe qui ont entachĂ© l’annĂ©e 2020 et qui n’ont pas reçu le traitement mĂ©diatique qu’ils auraient mĂ©ritĂ©. Quant au milieu militant d’extrĂȘme gauche français, de plus en plus ouvertement rĂ©actionnaire jusqu’à sa jonction avec l’extrĂȘme droite Ă  l’occasion des Ă©vĂ©nements du Gilet, il a brillĂ© le plus souvent par son mutisme jusqu’à faire la nĂ©gation pure et simple des multiples agressions et menaces physiques qu’ont eu Ă  rĂ©ceptionner les fĂ©ministes. La palme de l’abjection revenant sans doute Ă  ces “antifas” bruxellois qui ont hurlĂ© “Mort aux fachos, mort aux abolos”, mettant ainsi sur le mĂȘme pied d’égalitĂ© fascistes et abolitionnistes, il faut se pincer pour y croire! Au but de ne pas oublier, nous reproduisons ci-dessous le communiquĂ© d’Osez le FĂ©minisme, paru trois jours aprĂšs les faits. 

Osez le FĂ©minisme ! dĂ©nonce fermement les violences contre des militantes fĂ©ministes dont 3 survivantes de la prostitution, au sein mĂȘme des manifestations le 8 mars pour la journĂ©e internationale de lutte pour les droits des femmes. Menaces de mort, violences physiques, arrachage de pancartes et de banderoles
 les “pro-prostitution” redoublent de violences, pour confisquer la parole des survivantes qui tĂ©moignent hĂ©roĂŻquement des violences prostitutionnelles subies. 

  • À Toulouse, une survivante d’inceste et de prostitution, a Ă©tĂ© attaquĂ©e par 3 personnes pour lui arracher sa pancarte abolitionniste.
  • Paris, 15 personnes organisĂ©es ont arrachĂ© et volĂ© une banderole, et ont frappĂ© violemment des militantes fĂ©ministes abolitionnistes, dont une survivante de la prostitution et de viols pĂ©docriminels. Elles ont dĂ©posĂ© plainte et passĂ© la nuit aux urgences.

“Tout s’est passĂ© trĂšs vite. J’ai vu arriver en courant, derriĂšre mon amie, une quinzaine de personnes vĂȘtues de noir. Elles ont criĂ© “c’est lĂ , c’est elles !”. Mon amie s’est pris un coup de pied dans le dos et s’est effondrĂ©e par terre. On nous a arrachĂ© notre banderole. J’ai voulu me relever pour la retenir, mais une femme m’a frappĂ©e au visage. S’en est suivi une mĂȘlĂ©e, je prenais des coups sans savoir si j’avais une, deux ou trois personnes sur moi. J’ai repris mes esprits maintenue au sol, dans une flaque, par l’un des CRS qui a stoppĂ© l’agression. D’autres amies du collectif qui se trouvaient un peu plus loin avaient suivi la scĂšne, choquĂ©es. Quelqu’un est venu leur demander “C’est ici l’assaut contre les abolos ?(1)

  • À Marseille, une bĂ©nĂ©vole du Mouvement du Nid a Ă©tĂ© menacĂ©e, et sa pancarte brutalement arrachĂ©e et dĂ©truite.
  • À Bruxelles, des militantes ont Ă©tĂ© menacĂ©es par des  « morts aux fachos ! mort aux abolos ! ».
  • À Barcelone, des fĂ©ministes abolitionnistes ont Ă©tĂ© attaquĂ©es violemment ainsi qu’à LisbonneCaracas (Venezuela), Monterrey et Puebla (Mexique), tout comme Ă  Berlin.

Combien de temps allons-nous devoir supporter dans nos luttes, des “pro-prostitution” qui harcĂšlent, menacent et intimident les fĂ©ministes qui luttent contre le systĂšme prostitueur, en les accusant, dans une inversion abjecte, d’ĂȘtre “putophobes” quand elles dĂ©noncent les violences des proxĂ©nĂštes et des “clients” prostitueurs ?

Combien de temps allons-nous refuser d’écouter les expertes des violences sexuelles comme la psychiatre Muriel Salmona qui Ă©claire parfaitement les liens entre prostitution et violences pĂ©docriminelles, et rappelle que 60% Ă  80% des femmes en prostitution prĂ©sentent des troubles psychotraumatiques ?
“La libertĂ© dont se rĂ©clament les pro-prostitution est en fait le dĂ©sir de conserver pour les hommes un privilĂšge exorbitant d’accĂšs et de prise de possession du corps des femmes rĂ©duit Ă  une marchandise selon leur envie, qu’ils nomment par abus de langage : sexualitĂ©, travail du sexe, dans une confusion intentionnellement entretenue entre sexualitĂ© et prĂ©dation.” Muriel Salmona (2) 

Tenter de silencier les femmes victimes de ces violences masculines extrĂȘmes, c’est achever l’oeuvre de destruction des proxĂ©nĂštes et des “clients” prostitueurs. La libertĂ© de manifester est un droit fondamental, qui doit pouvoir s’exercer sans peur de subir de violences, dans un espace sĂ»r, sorore et tolĂ©rant.

Osez le FĂ©minisme ! rappelle que la France est un pays abolitionniste, qui a reconnu la prostitution comme une violence sexuelle. La loi abolitionniste, adoptĂ©e en 2016, qui dĂ©pĂ©nalise les personnes prostituĂ©es et pĂ©nalise les “clients” prostitueurs, qui prĂ©voit de renforcer la lutte contre le proxĂ©nĂ©tisme, doit ĂȘtre pleinement appliquĂ©e avec les budgets nĂ©cessaires et de la volontĂ© politique.

Au moment oĂč la parole des femmes se libĂšre, partout dans le monde, oĂč elle se transforme en cri, il est inacceptable d’assister Ă  de telles violences contre les survivantes de la prostitution et les fĂ©ministes qui les soutiennent.

(1) http://www.mouvementdunid.org/Des-personnes-prostituees-agressees-et-reduites-au-silence-a-la-manifestation

(2) Dr Salmona, MĂ©moire traumatique et victimologie, 2012 et toujours d’actualitĂ©. https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2012-En-reponse-aux-pro-prostitution-pour-mieux-penser-la-prostitution.pdf


Article publié le 04 Oct 2020 sur Lesenrages-antifa.fr