Des émeutes, sinon rien

Difficile d’estimer le nombre de manifestant.e.s présent.e.s ce jeudi 5 décembre à Toulouse. Peut-être 80.000, peut-être 100.000. Tout le monde s’accorde à dire que nous étions nombreu.s.es. Le fait est que le cortège était déjà sur le pont des catalans quand les gens continuaient toujours d’arriver par le Pont-Neuf avant de bloquer au niveau de Saint-Cyprien où avait lieu le rassemblement. L’intersyndicale est présente et tente de bien marquer son territoire mais on dépasse le gros de la troupe pour parvenir à l’avant du cortège. A cet endroit, on ne sera pas assommé.e.s par les sonos où braillent France Gall et Zebda transformant la manif en kermesse patronale où il devient impossible de lancer des chants sans s’égosiller. La musique adoucit trop les mœurs, faudra retenir ça.

Devant, Gilets jaunes et K-Ways noirs sont plus déters et vénères que les cellules syndicales même si au passage de la place Héraklès tout est encore tranquillou. L’ambiance se tend un peu au niveau de la Toulouse Business School, usine à fabriquer les gens contre lesquels se battra le prolétariat de demain. Quelques projectiles volent en sa direction, mais rien de bien décisif. On attend que le défilé se ressoude avant de reprendre le boulevard Lascrosses. A Arnaud-Bernard, le comité de réception de la presse nous attend sur le rond-point. La milice bloque l’accès à la place Arnaud-Bernard et on poursuit le trajet sans anicroche vers Jean-Jaurès. Aujourd’hui le trajet est déposé en Préfecture et tous les accès vers la ville sont bloqués. On tergiverse un peu arrivé.e.s au croisement de Jean-Jaurès, en cause un mot d’ordre qui vole demandant de ne pas se rendre au Monument aux Morts car le risque de nassage y est important comme l’ont révélé des mois de mobilisation Gilets Jaunes. Trop tard, le gros du cortège l’a dépassé, marquant un arrêt à Saint-Georges. Des gaz s’échappent déjà de la place Occitane, apparemment des Gilets jaunes ont tenté d’entrer en ville par ce chemin.

Le monument aux morts est en vue. On continue la ballade jusqu’au point final. Le croisement est bloqué en quelques minutes. Une marée noire fait le siège du boulevard Carnot pendant que le reste du cortège n’a pas encore dépassé Jean-Jaurès. Travailleur.ses, retraité.e.s, lycéen.n.e.s sont rassemblé.e.s pour sauver ce qui peut l’être mais aussi pour demander plus si l’on en croit tous les messages qui ornent les banques et agences immobilières qui ont revêtu un très beau contreplaqué pour fêter ce jour de mobilisation. Le travail ne semble plus faire recette et la tendance générale va bien au-delà des simples revendications contre la modification du système de retraites. On glandouille un moment en attendant que tout le monde arrive quand la situation se tend d’un seul coup rue de Metz. L’accès est bloqué par la milice répartie autour et derrière le canon à eau qui commence à arroser le croisement. En réponse, des projectiles volent en direction des flics. Voyant la situation dégénérer, le cortège CGT fait une halte à la hauteur de la rue de l’étoile en se demandant quelle attitude adopter, le syndicat n’ayant plus l’habitude des confrontations sociales telles qu’elles ont été redéfinies depuis le début de la mobilisation Gilets jaunes il y a un an. Le camion de la centrale a déjà choisi : il a dégonflé son gros ballon rouge et commence à faire demi-tour. Devant la banderole CGT, c’est l’incompréhension, puis la colère. Le cortège de tête et tous les gens le composant lui hurle d’avancer, cri bientôt repris par toute la place. La CGT finira par reprendre le cours de la manifestation sous les acclamations.

Rue de Metz la situation se tend de plus en plus. Grenades et gaz ordonnent la dispersion de la manif qui s’éparpille en direction de Guilheméry et Jean-Jaurés. A Saint-Georges, la milice est toujours postée sur les escaliers de la place Occitane et en profite également pour parachever le travail de leurs collègues de la rue de Metz. La dispersion se poursuivra vers Gabriel-Péri mais on parviendra à rejoindre le centre-ville en début de soirée.


Article publié le 08 Déc 2019 sur Iaata.info