185 visites


Héros puis boucs émissaires

Alors que la majorité de la population sceptique refusait le vaccin, le gouvernement trouvera des boucs émissaires en ciblant les soignant-es qu’il rend responsables de la transmission du virus. La menace et la culpabilisation à leur encontre dissimuleront les errements de la politique de santé menée dans la lutte conte la pandémie. Pourtant, en ce mois de mars 2021, 30 % des soignant-es des EHPAD et USLD [1] sont vacciné-es et déjà 20 % dans les hôpitaux. S’il existait bien une réticence à se faire vacciner, elle était surtout liée au passif contre un gouvernement qui leur avait menti, les laissant seuls et démunis lors de la première vague du virus, sans masques, gants, protections. Mais la tendance à se faire vacciner était déjà une réalité dans ce milieu avec un taux de vaccinés supérieur à la moyenne dans la population.

Un coup d’œil dans le rétro

Le nombre de décès dû au Covid s’efface au profit du nombre de vaccinés. Le savoir faire de l’Allemagne s’affiche avec ses vaccinodromes ; tandis qu’en France, le gouvernement a du retard et du mal à organiser la logistique pour livrer les doses nécessaires sur le terrain. Il peine également à convaincre sur les bienfaits et la nécessité d’une vaccination collective pour enrayer l’épidémie. L’horizon électoral se rapprochant, le maître de l’Élysée doit montrer aux français, à son électorat surtout, qu’il agit, décide, dirige. Son autoritarisme, ses menaces n’adouciront pas les tensions. Le ministre de la Santé pointait alors du doigt médecins et pharmaciens qui laissaient « dormir des doses dans les frigos, mettant en danger la santé de leurs patients ». Désigner des boucs émissaires pour masquer la pénurie de vaccins ! Celle-ci ne résultait pas tant d’un déficits de livraison de doses de la part des trusts ou labos, même si chaque État tentait de se les accaparer, mais d’une imprévoyance et d’une impréparation logistique du gouvernement à acheminer et distribuer ces doses aux moments et lieux nécessaires pour juguler la progression de la pandémie.

Notons que fin juin, le nombre de primo vaccinés s’élevait à plus de 48,7 % de la population. La carotte gouvernementale médiatisée voulait « libérer les français à la veille des vacances d’été ». Comme le rapportait France-info, il restait les sceptiques à convaincre et les réfractaires à isoler. Mais, ce média omettait de préciser que c’était bien les errements logistiques du gouvernement et la casse du service public de santé qui empêchaient notamment une France rurale, périphérique, d’avoir accès à ces lieux de vaccination, à des lieux de soins éloignés ou à se « connecter » pour des prises de rendez-vous.

Communication et pressions gouvernementales, allaient bon train contre les sceptiques ou réfractaires. Alors que, la vaccination n’était effective pour les soignants que depuis huit jours. Alors que les lieux de vaccinations proposés étaient éloignés de leur domicile et les rendez-vous donnés, souvent sur des jours de repos. Alors qu’il était su que nombre de soignants ayant contracté le virus du Covid-19 ne pouvaient être vacciné avant trois à six mois. Alors que le responsable du syndicat national des infirmiers soulignait : « les soignants ne refusent pas de se faire vacciner. Ils ne veulent pas de l’Astrazéneca car il n’est pas assez efficace pour une population comme les soignants très exposée… ». Alors que les effets secondaires du vaccin entraînait une à deux journées d’incapacité de travail. Imagine t-on, dans ces conditions, tout un service se faire vacciner en même temps ! Alors que…etc. Malgré ces réalités le premier ministre qui assénait : « seul un tiers des soignants sont vaccinés…/…cela compromet notre capacité à lutter contre le virus ».

Après la liberté estivale retrouvée, se profilait « la rentrée » de septembre. Les enfants devaient reprendre l’école et ainsi libérer leur parents qui eux devaient retourner au travail selon le scénario souhaité par le patronat. Patronat qui à défaut d’une union nationale derrière le gouvernement pour redresser au plus vite l’économie de la France se satisfaisait de l’accompagnement, du consentement des partenaires sociaux on ne peut plus discrets.

De l’obligation vaccinale et du Pass sanitaire

A partir du 15 septembre, tout personnel médical non vacciné sera privé de son emploi et verra son salaire suspendu. Cela, sans droit à une quelconque allocation chômage y compris pour les quelques irréductibles démissionnaires qui seraient dans l’attente d’aller bosser ailleurs. Ainsi en a décidé le locataire de l’Élysée, démontrant avec fermeté, son autorité étatique. Le gouvernement instrumentalisera cette décision pour dissuader par la peur les sceptiques de la dernière minute et dresser les vaccinés contre les derniers réfractaires. Cette stratégie allait aggraver les conditions de travail des personnels de santé, déjà en effectifs réduits, mais aussi les conditions de soins des patients (encart 1). Devant ces injonctions ministérielles, cadres et directions du personnel seront divisés sur les mesures à adopter. Certains zélés traqueront sans états d’âme, les non vaccinés tandis que d’autres plus préoccupés du fonctionnement de leurs services et de l’état d’épuisement des personnels, temporiseront avant de sévir. Ainsi ici ou là, des arrangements verront le jour : prise de repos, de journées RTT voire de disponibilités, en attendant. Autant de mesures garantissant le salaire.

La stratégie du « diviser pour mieux régner » n’a eu que peu de prise dans une conflictualité entre salariés. Selon les lieux, des réactions de résistance, de protestation et des débrayages ont vu le jour où, vaccinés et non vaccinés se sont retrouvés ensemble contre cette coercition, cette discrimination et contre le Pass sanitaire. Réaction où, à la convocation d’un·e salarié·e, c’est l’équipe, les collègues qui accompagnaient en solidarité chez le cadre ou le Directeur du personnel. Réaction aussi, lorsque les directions pressent les personnels vaccinés à s’inscrire sur des portails informatiques pour anticiper les plannings du 15 septembre. Une manière de savoir qui était vacciné ou non. Nombre de soignants vaccinés ont temporisé leur réponse jusqu’à la date fatidique. La préoccupation n’était pas le nombre de personnels vaccinés mais l’insuffisance d’effectifs soignants tout court, la dégradation de leurs conditions de travail et de prise en charge des patients. Mais aussi le ressenti contre les mensonges du gouvernement, et le manque de considération après les deux années de luttes avec les coordinations et la mascarade du « Ségur de la santé ». Dans l’isolement, certains se sont joints aux appels à manifester le samedi contre le Pass sanitaire. Mais, par manque de concertation, d’unité collective, ces réactions seront sciemment amalgamées à l’extrême-droite, et leurs revendications restées invisibles.

Tous ensemble

Selon le ministre de la Santé au 12 septembre, 95 % des professionnels de santé libéraux étaient vaccinés contre le Covid19. Dans les hôpitaux et EHPAD, ce taux s’élèverait à 89 %. D’après le ministre, le nombre de suspendus ne serait que de 5 à 10 % et « Essentiellement des personnels de services supports », mais « la continuité des soins à été assurée » (encart 1). Menaces, chantages, et culpabilisation, la solidarité entre collègues vaccinés et non vaccinés, a prévalu la plupart du temps malgré de rudes discussions dans les services.

Dans la Santé, le 15 septembre, d’après le ministre O. Veran, 3000 personnes étaient suspendues. Le 13 octobre sur France- inter, il précisait que 15000 soignants n’étaient toujours pas vaccinés et environ 2000 avaient démissionné. Le gouvernement et ce ministre aunaient dû être satisfaits de cette couverture vaccinale, sous entendant les bienfaits de sa pédagogie de persuasion, si tel était le remède contre la pandémie.

Le ministre met sous le tapis, les réactions qui perdurent depuis le mois de juillet. Temps durant lequel, les centrales syndicales sont restées calfeutrées. Certaines se sont positionnées contre les attaques du gouvernement, pour la vaccination massive en déplorant la coercition, le manque de pédagogie, dénonçant les sanctions à venir ou demandant d’éloigner la date sanction. Mais elles se sont bien gardé de relayer une dynamique de lutte. Comment ménager dans leur rangs la majorité de vaccinés, les sceptiques et la minorité réfractaire aux vaccins. Pourtant, le gouvernement, malgré le Covid, continuait sa politique contre l’hôpital public et les services de Santé (encart 2) et portait une attaque contre les chômeurs avec la révision à la baisse de leurs droits. La frilosité des bureaucraties se retrouvera dans la dénonciation rhétorique du Pass sanitaire ou le déremboursement des tests. Sous pression de ces « agitations » de base, la CGT Santé proposera pour le 14 septembre une manifestation, qui ne répondra à rien en terme de riposte collective. Évidemment, cette journée de manifestation tardive et sans perspective ne rencontrera que peu d’écho et de présents devant le ministère de la Santé où seuls, 500 ? manifestant-es étaient présent-es. Pourtant ce moment aurait pu être un temps de convergence des travailleurs·euses en colère et menacé·es par les sanctions ministérielles : les pompiers ou autres salarié·es concerné·es des secteurs en lien avec du public. Rappelons que depuis juillet 2021 après le discours de menace du président Macron, des sections syndicales, tentaient d’appeler à des mobilisations contre l’obligation vaccinale et le Pass. Ainsi, la CGT commerce et service appelait l’ensemble des salariés à participer aux mobilisations pour y porter des revendications sociales claires. « Non au Pass sanitaire, Oui à la reconstruction de l’hôpital public, oui à la levée des brevets sur les vaccins, non à la réforme de l’assurance chômage et la réforme des retraites » avec des échos portés par des salariés et/ou de sections CGT, FO, SUD. Des échos trop faibles en cette saison estivale où les revendications sociales se sont perdues dans les manifestations des samedis, ignorées des médias et des confédérations qui n’y voyaient que l’extrême droite. Sans illusion, la suite du 14 septembre, sera de converger « tous ensemble » dans la manifestation nationale orchestrée cette fois par CGT, FO, Solidaires et étudiants pour le 5 octobre où la lutte contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale ont été laissée de côté.

Les éteignoirs syndicaux assuraient leur fonction.

Or, c’est cette frilosité à ne pas descendre dans la rue pour porter nos revendications sociales et y combattre tous les gestionnaires du capital, les exploiteurs, qui permet cette arrogance au pouvoir, l’impunité à ses polices dans les quartiers et l’outrance de l’extrême droite dans la rue.

Pourtant, les travailleurs et la population antillaise ont une fois encore démontré que c’est dans la rue et par les luttes que le pouvoir recule et que nous pouvons gagner.

MZ 23 10 2021.

Encart 1

Quand la continuité des soins est assurée…

En haute Savoie, dans un EHPAD de 40 pensionnaires, 3 infirmiers ! 2 suspendus, 1 démissionnaire ??? plus de soignants… A Oloron (Pays Basque) une grève de soignants pour dénoncer le manque de personnels et de moyens…. En Ardèche, suite à la suspension de personnels, l’inquiétude est vive dans certains EHPAD. Devant la mise en alerte des directeurs, l’ARS (Agence régionale de Santé) préconise de faire appel à des TIG (Travaux d’Intérêt Général) Après l’intérim à bas prix, des TIGs gratuits ??? Dans le Puy de Dôme, préfet, maire et directeur de l’ARS sont venus en grande pompe se faire photographier et vanter la 3° dose dans un EHPAD. C’est une résidente qui leur a rappelé que « Les EHPAD ont besoin de plus de moyens et surtout d’aides soignantes »….

Encart 2

D’après une étude du ministère en 2020, le nombre de lits d’hospitalisation complète a diminué de 5700 lits soit 1,5 % des capacités. Devant cette étude, le gouvernement avance la création de 1300 places consacrées à l’hospitalisation ambulatoire… Au CHU de Nancy, plus de 300 hospitaliers en grève soutenus par FO et CGT. La direction a annoncé la suppression des 14 jours de RTT. Après tractations avec la CFDT, elle espère faire l’économie de 150 postes annoncés dans des services « supports »… A Douai, le service pédiatrie fermera les week-end et jours fériés. De 10 pédiatres il n’en reste que trois. En cas d’urgence on est prié d’aller en clinique ou vers Lens ou Arras. Soit une quarantaine de kilomètres… A Nord Mayenne, au centre hospitalier, le 9 octobre, 4000 personnes manifestaient contre la fermeture du service de chirurgie. Voici plusieurs années qu’hospitaliers et population solidaire se mobilisent contre ce projet…




Source: Oclibertaire.lautre.net