Cours camarade, le Covid est derrière toi !

L’état se refait une santé. Après avoir détruit le service public et fait des hôpitaux des marchés à ciel ouvert depuis plusieurs années, Macron découvre que le privé dans la santé c’est mauvais.

Les feux de forêts ont détruit des pays entiers après la fermeture des dispositifs de pompiers en Grèce ou au Portugal sur commande des restrictions budgétaires liés aux plans d’austérité européens. Une étincelle suffisait alors pour tout ravager. Et un virus peut s’étendre et mettre à sac un service d’urgence qui ne tourne plus depuis longtemps qu’avec un service minimum comme ce fut le cas à Mulhouse. Et si la tuberculose fait déjà des ravages dans le silence, l’alarme depuis un an de grève et de manifestations ne concerne pas un simple virus mais une société délabrée, des villes surpeuplées et polluées aux populations de plus en plus fragiles et démunies.

Si Macron se prend pour Napoléon en campagne, les services infirmiers ne reviendront pas au XIXe siècle, où les infirmières par vocation sortaient des couvents pour armer les fronts de leur bienveillance et leur charité.

L’hôpital est exsangue et nous savions que nous ne pouvions plus soigner correctement, Covid ou autre. Mais voilà qu’en plus, tout ce qui n’est pas Covid passe en second, même dans des régions non touchées. La politique que les soignants doivent appliquer est de refonder complètement les services pour « se préparer au pic épidémique », lorsqu’ils sont déjà saturés. Des services sont donc à l’arrêt, des soins vitaux ne sont plus reconnus et la mortalité risque de toucher par bien des aspects autres que le coronavirus.

Reprogrammer des chirurgies vasculaires d’une semaine passe, mais dans un mois, la patiente sera sûrement décédée avant d’avoir eu le coronavirus. Les services de réanimation font place à des lits réservés Covid, mais pour ça il faut bien virer des patients ou en refuser et on est plus dans ce genre de service par nécessité vitale que par confort. Quand aux urgences, on examine parfois des patients de loin, un patient qui présentait une détresse respiratoire est alors renvoyé chez lui, il n’avait pas de fièvre ! Pour d’autres hôpitaux, les urgences sont quasi-désertes car les gens n’osent plus se présenter. Une dame âgée est ainsi restée 4 jours chez elle avec une fracture au bras pour ne pas engorger les urgences tant les injonctions ont été fortes.

En psychiatrie il semble que ce soit le même scénario, les urgences psy sont fermées pour d’éventuelles vagues de personnes porteuses du Covid. On renvoie donc des gens en crise chez eux, si ils ont un habitat, et on viendra dire que cette quarantaine nous permet de nous recentrer sur nous-mêmes ! Toute la vie quotidienne autour des hôpitaux ou accueils de jour est brisée ; on s’en doute l’assignation à résidence accentuera pour certains l’isolement et l’angoisse.

A l’hôpital et dans les lieux d’hébergement, les aides-soignants, infirmiers et éducateurs n’ont pas de masques. Dans certains foyers, on somme les travailleurs de ne pas utiliser les masques gardés sous clé en arguant que : « vous mettez en danger la vie des patients si vous en prenez, car

quand l’épidémie sera vraiment là il n’y en aura plus » et en incitant à la délation des soignants qui utiliseraient des masques. La direction étant confinée, on continue de jouer sur le dévouement et l’humanité des soignants esseulés tout en donnant de précieux conseils pour se prémunir du virus ; comme de garder une distance d’un mètre avec une personne dont on fait la toilette. Et bien que Macron et Brigitte viennent faire les toilettes, on leur laissera les applaudissements de 20h.


Article publié le 10 Avr 2020 sur Paris-luttes.info