La
vague
de
dénonciations
qui
a
cours
présentement
au
Québec
se
déroule
également
chez
nous,
dans
les
milieux
militant,
artistique,
et
étudiant
de
Chicoutimi.
Nous
sommes
des
femmes
qui
vivons
dans
ces
milieux.
Certaines
d’entre
nous
sont
aux
études,
d’autres
ont
des
pratiques
artistiques,
certaines
militent
avec
le
Collectif
Emma
Goldman
ou
d’autres
les
connaissent
bien.
Nous
avons
senti
le
besoin
de
nous
rencontrer
sur
une
base
non-mixte
pour
partager
nos
vécus
et
envisager
comment
aller
de
l’avant
dans
nos
vies
relationnelles
et
militantes.
Nous
livrons
ici
nos
réflexions
en
cours.
Nous
voulons
nous
adresser
aux
amiEs
de
Chicoutimi,
aux
amiEs
qui
sont
ailleurs,
ainsi
qu’aux
amis
qui
ont
été
dénoncés
et
à
ceux
qui
ne
le
sont
peut-être
juste
pas
encore.

 


Aux
amiEs
de
Chicoutimi

 

Nous
croyons
que
chaque
femme
a
le
droit
de
choisir
les
moyens
qu’elle
veut
utiliser
pour
dénoncer
et
partager
ce
qu’elle
a
vécu.
Il
est
impératif
que
toute
dénonciation
soit
prise
au
sérieux.
Prendre
une
dénonciation
au
sérieux
signifie
d’abord
et
avant
tout
croire
en
la
victime.
Mais
aussi
de
comprendre,
de
concevoir
et
d’accepter
la
complexité
des
situations
vécues
par
la
victime,
son
agresseur
et
leur
communauté.
Si
l’on
envisage
les
gestes
de
violence
sexiste
comme
étant
issus
de
la
culture
du
viol,
nous
devons
en
reconnaître
une
part
de
responsabilité
collective.

 

Dans
cette
vague
de
dénonciations,
nous
souhaitons
permettre
à
nos
réalités
d’être
complexes
et
difficiles,
reconnaître
que
ce
sont
souvent
les
personnes
que
nous
aimons
et
à
qui
nous
faisons
confiance
qui
nous
blessent
et,
quand
c’est
possible,
nous
voulons
pouvoir
pardonner
aux
personnes
tout
en
combattant
les
comportements
de
violence
sexiste
[1].

 

C’est
pourquoi
il
est
important
pour
nous
de
distinguer
les
dénonciations
de
la
cancel
culture.
Les
dénonciations
sous
forme
de
call-in,
faites
de
façon
privée,
permettent
d’interpeller
les
fautifs
dans
le
but
de
sensibiliser
sur
le
tort
causé,
susciter
des
prises
de
conscience
et
des
changements
de
comportement.
Les
dénonciations
privées
peuvent
manquer
de
portée
pour
exposer
le
portrait
global
et
mettre
en
lumière
l’aspect
collectif
et
culturel
des
comportements
individuels.
Une
voix
peut
dire
«
Voici
la
façon
dont
tu
me
blesses
»
tandis
que
plusieurs
voix
peuvent
dire
fortement
«
Voici
la
façon
dont
ces
comportements
nous
blessent
toutes
»
[2].
Dans
le
cadre
d’une
vague
de
dénonciations
comme
on
vit
présentement,
les
dénonciations
sous
forme
de
call-out
public
permettent
aux
survivantes
de
briser
le
silence,
l’isolement
et
les
tabous
par
rapport
aux
agressions.
Elles
permettent
aussi
une
prise
de
pouvoir
sur
la
situation,
rééquilibrent
les
rapports
de
force
afin
de
prévenir
d’autres
agressions
et
de
demander
justice.
Il
faut
que
la
peur
change
de
camp
et
c’est
tout
le
point.
Nous
devons
continuer
à
dénoncer
les
agressions
que
nous
vivons
au
moment

nous
nous
sentons
prêtes
à
le
faire
et
de
la
manière
que
nous
voulons
le
faire,
en
fonction
des
changements
que
nous
souhaitons
et
de
l’énergie
que
nous
avons.

 

Depuis
les
dernières
années,
des
personnes
de
notre
communauté
ont
été
dénoncées
en
privé
et
publiquement.
Nous
ne
sommes
pas
d’avis
que
l’approche
de
la
cancel
culture,
qui
voudrait
simplement
que
l’on
fasse
disparaître
les
agresseurs,
soit
la
bonne
pour
prendre
soin
de
notre
communauté
et
de
nos
blessures.
Cette
manière
de
réagir
ne
permet
pas
de
créer
un
espace
de
rédemption,
d’introspection
et
de
pardon
pour
les
personnes
fautives.
Par
le
fait
même
la
survivante
est
privée
de
la
possibilité
de
se
réconcilier
et
de
montrer
sa
douleur
à
la
personne
qui
l’a
blessée.

 

Nous
reconnaissons
que
l’exclusion
a
été,
et
peut
continuer
à
être,
nécessaire
quand
le
désir
de
déconstruire
et
de
changer
ses
comportements
n’est
pas
sérieux
chez
la
personne
dénoncée
ou
quand
la
victime
doit
être
protégée
pour
lui
permettre
de
se
remettre.
Toutefois,
nous
ne
croyons
pas
que
systématiquement
bannir
et
effacer
les
personnes
dénoncées
de
nos
réseaux
soit
la
voie
à
suivre.
Cette
manière
de
faire
revient
à
ne
pas
se
pencher
sur
les
conditions
d’apparition
et
de
reproduction
des
violences
au
sein
de
notre
communauté,
à
ne
pas
considérer
la
culture
du
viol
pour
ce
qu’elle
est
:
une
culture.
Une
culture
nous
traverse
et
nous
constitue
depuis
l’enfance.
Certains
et
certaines
d’entre
nous
ont
eu
des
départs
difficiles,
entourés
de
modèles
toxiques
et
baignant
dans
une
culture
sexiste.
On
ne
naît
pas
féministes,
il
est
important
de
laisser
la
possibilité
à
tous
et
toutes
de
le
devenir
malgré
les
mauvais
départs.
Il
ne
s’agit
pas
de
justifier
les
violences,
mais
de
mieux
les
comprendre
dans
un
horizon
systémique.
Les
êtres
humains
sont
multidimensionnels
et
la
façon
dont
nous
participons
aux
oppressions
n’est
pas
l’ensemble
de
ce
que
nous
sommes.
Voir
une
personne
ayant
blessé
comme
rien
d’autre
qu’une
représentation
de
l’oppression
qu’elle
perpétue
est
réducteur
et
essentialisant
[3].
Nous
croyons
qu’une
personne
ayant
commis
des
agressions,
confrontée
à
la
violence
de
ses
gestes
par
une
dénonciation,
peut
choisir
un
autre
devenir.

 

Ranger,
enfermer
les
gens
dans
des
identités
fixes
de
«
bonne
»
ou
«
mauvaise
»
personne
comporte
aussi
des
risques.
Une
fois
la
vague
terminée,
ceux
qui,
cette
fois-ci,
n’auront
pas
été
dénoncés
pourront
se
féliciter
d’être
des
bonnes
personnes
sans
se
demander
s’ils
n’auraient
pas
eux-mêmes
des
comportements
problématiques,
nous
empêchant
de
prévenir
des
agressions.
Les
personnes
exclues
pourront
bien
récidiver,
aller
reproduire
leurs
comportements
violents
ailleurs.
Nous
voulons
éviter
cela
et
c’est
pourquoi
il
nous
importe
de
trouver
un
équilibre
entre
l’individuel
et
le
systémique
pour
répondre
aux
agressions
à
caractère
sexuel.


 


Aux
amiEs
qui
sont
ailleurs

 

Aux
amiEs
qui
sont
ailleurs,
qui
sont
peut-être
partiEs
à
cause
des
violences
ou
simplement
parce
que
vous
aviez
autre
chose
à
vivre,
nous
voulons
que
vous
sachiez
que
vous
avez
été
entenduEs.
Nos
amitiés
ne
sont
pas
parfaites,
mais
nous
nous
inscrivons
résolument
dans
un
devenir
meilleur.
Vous
avez
changés,
nous
aussi.

 

Le
sexisme,
la
culture
du
viol,
le
patriarcat
sont
partout
dans
notre
société,
ils
nous
traversent
et
nous
construisent
à
Chicoutimi
comme
ailleurs.
Ces
oppressions
ne
peuvent
pas
être
combattues
comme
des
ennemis
extérieurs.
Elles
sont
internalisées
même
dans
les
milieux
progressistes.
Les
individus
et
les
communautés
peuvent
évoluer,
les
milieux
devenir
plus
sains
pour
toutes
et
tous.
Après
tout,
s’il
y
a
une
raison
de
lutter,
c’est
celle-là.

 

Notre
réseau
de
Chicoutimi
n’est
pas
pur
et
n’est
pas
à
sa
première
vague
de
dénonciations
de
violences
sexistes.
ll
est
impératif
de
reconnaître
nos
absences,
nos
silences,
nos
torts,
notre
part
de
responsabilité
collective
face
aux
gestes
de
violence
sexiste,
et
cela,
peu
importe
la
gravité,
le
degré
d’intrusion.
Nous
avons
trop
attendu
avant
d’agir,
il
est
parfois
difficile
de
reconnaître
que
les
gens
qu’on
aime
aient
commis
des
agressions.
Malgré
les
faux
départs,
le
collectif
a
engagé
un
processus
de
justice
transformatrice
[4]
dès
2016
auprès
des
personnes
dénoncées.
C’est
un
bien
beau
mot
et
les
gens
qui
l’ont
mené
à
l’époque
se
sentaient
mal
outillés,
mais
s’y
sont
engagés
du
mieux
de
leurs
connaissances
et
de
leurs
énergies.
La
réalité
est
complexe,
les
relations
entremêlées
et
les
recettes
miracles
n’existent
pas.
Nous
avons
tenu
malgré
tout
des
rencontres
qui
ont
suscité
des
confrontations
au
sein
du
collectif,
ont
amené
le
fautif
à
reconnaître
ses
comportements
problématiques
et
permis
des
prises
de
conscience
collectives.
Si
les
prises
de
conscience
et
le
processus
n’ont
pas
été
parfaits,
ils
ont
été
sincères
et
ont
porté
fruit.
Nous
avons
assisté,
au
fil
des
lectures
et
du
travail
sur
soi,
à
des
changements
radicaux
de
comportements
chez
la
personne
dénoncée,
mais
aussi
à
des
changements
de
moeurs
au
sein
de
notre
communauté.
Des
gestes
qui
avant
pouvaient
être
acceptés
ne
le
sont
plus,
une
attention
plus
fine
est
portée
aux
rapports
de
pouvoir
dans
les
interactions.

Bien
que
le
processus
ait
réussi
dans
ce
cas,
il
a
connu
ses
limites
dans
une
autre
situation.
ConfrontéEs
au
refus
d’une
autre
personne
de
reconnaître
les
blessures
causées
et
de
s’engager
dans
un
processus
pour
déconstruire
ses
comportements
prédateurs,
nous
avons

l’exclure
des
milieux
militants
pour
nous
protéger.
Également,
certaines
d’entre
nous,
victimisées
par
ses
gestes
et
croyant
à
l’amélioration,
avons
agit
indépendamment
par
le
moyen
de
call-in.
La
relation
ayant
été
abîmée,
nous
ne
savons
pas
ce
que
cette
personne
a
retenu
et
nous
n’avons
pas
pu
mesurer
l’impact
de
cette
initiative.
Tout
de
même,
nous
souhaitons
que
cela
soit
reconnu
et
ne
voulons
pas
être
jugées
sur
l’approche
choisie.
Nous
ne
voulons
pas
être
catégorisées
comme
cautionnant
les
agresseurs
parce
que
nous
avons
opté
pour
des
approches
inscrites
dans
le
dialogue
et
dans
la
sphère
de
l’intime,
parce
que
nous
leur
adressons
la
parole.
Au
fil
de
nos
prises
de
conscience,
plusieurs
moyens
ont
été
réalisés
et
demeurent
valides.

La
culture
du
viol
est
profondément
ancrée,
mais
chaque
vague
de
dénonciations
est
l’occasion
de
construire
une
meilleure
version
de
nous-mêmes.
Nous
savons
que
ce
travail
peut
ne
jamais
guérir
les
blessures,
car
nous
en
avons
nous
aussi.
Nous
voulons
seulement,
en
tant
que
communauté,
en
tant
que
féministes
qui
luttent
au
sein
de
cette
communauté,
avoir
la
possibilité
d’être
autre
chose
que
l’expérience
que
vous
avez
vécue,
nous
sommes
plus
qu’un
portrait
figé
d’il
y
a
deux,
quatre
ou
dix
ans.
Nous
devons
avoir
la
possibilité
de
lutter
avec
les
moyens
que
nous
choisissons.


Aux
amis
qui
ont
été
dénoncés
et
à
ceux
qui
ne
le
sont
peut-être
juste
pas
encore


 

Les
dénonciations
dont
vous
avez
fait
l’objet
vous
ont
sans
doute
fait
mal
et
choqués;
nous
aussi.
Nous
en
sommes
à
la
troisième
vague
de
dénonciations
à
l’intérieur
de
5
ans
et
elles
ne
permettent
plus
l’incompréhension
de
notre
lutte
ni
sa
mésinterprétation.
Nous
luttons
contre
tout
le
spectre
des
comportements
déplacés
et
des
agressions
à
caractère
sexuel,
sa
banalisation
et
son
cautionnement

il
s’agit
de
la
culture
du
viol,
qui
s’inscrit
dans
un
continuum
historique
de
sexisme
et
d’oppression
envers
les
femmes.
Trop
d’actions,
de
violences
sexuelles
sont
banalisées,
presque
encouragées,
infligeant
des
dommages
aux
victimes.
C’est
une
question
d’intégrité,
de
respect,
ainsi
que
de
sécurité
individuelle
et
collective.

Nous
travaillons
à
déconstruire
la
culture
du
viol,
nous
demandons
que
toutes
et
tous
prennent
part
à
un
changement
radical
de
culture.
Nous
réitérons
que
les
gestes
de
pouvoir,
de
domination,
de
manipulation,
d’intimidation
et
de
violence
sont
inacceptables
et
nous
lutterons
toujours
contre
de
tels
gestes
et
encouragerons
toujours
les
gens
à
lutter
et
à
les
dénoncer.

Toutefois,
nous
luttons
contre
des
comportements
et
pas
contre
des
individus.
Si
vous
avez
posé
des
gestes
qui
ont
blessé,
vous
ne
pouvez
plus
rien
y
changer.
Vous
avez
du
pouvoir
sur
votre
réaction

et
il
n’y
a
qu’une
réaction
qui
soit
la
bonne.
Nous
croyons
qu’il
est
important
de
soutenir
ceux
qui
feront
le
choix
de
reconnaître
leurs
torts
et
de
travailler
sur
eux-mêmes.
Malgré
le
fait
que
les
blessures
de
la
victime
ne
peuvent
pas
toujours
être
guéries,
le
travail
que
vous
avez
fait
ou
que
vous
choisirez
peut-être
de
faire
sur
vous-même
doit
tout
de
même
être
reconnu
et
considéré.

Certains
de
nos
alliés
masculins
ont
pris
l’initiative
d’organiser
des
cercles
de
parole
pour
mieux
comprendre
les
ressorts
de
leur
privilège
masculin
derrière
les
rapports
sociaux
inégaux
et
tout
le
spectre
de
la
culture
viol.
Vous
serez
invités,
dénoncés
ou
pas.

La
meilleure
chose
que
nous
pouvons
espérer
d’une
dénonciation
est
de
voir
des
individus
et
des
groupes
se
prendre
en
main
et
devenir
plus
informés,
plus
sensibles
aux
enjeux
féministes
et
poser
des
gestes
concrets
pour
éviter
la
reproduction
de
violences
sexistes
et
de
comportements
oppressifs.
C’est
un
travail
difficile,
mais
possible.

Faisons
mieux.


Véronique,
Camille-Amélie,
Al
et
Corinne

Références

[1]
Grieving
Those
We
‘Cancelled’:
A
Call
for
Restorative
Justice
in
#Metoo,


https://medium.com/@surabhi.y/grieving-those-we-cancelled-d0cc64e36b43

[2]
3
Things
To
Consider
When
Choosing
Between
Calling
Someone
Out
Or
Calling
Them
In,


https://everydayfeminism.com/2015/03/calling-in-and-calling-out/

[3]
Idem.

[4]
Pas
de
recette
miracle.
Perspectives
extra-judiciaires
face
aux
agressions
sexuelles,

https://rebellyon.info/Pas-de-recette-miracle-Perspectives-extra-22481?fbclid=IwAR2ApNexXQHIqyc4aM9vXJDd_PA1eBDivbuHis67sGLDUvLAAC4JRnLHl7A


Article publié le 09 Août 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com