Mai 31, 2020
Par Indiscipline
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Demain ou apr√®s demain ‚Äúils‚ÄĚ d√©ci¬≠de¬≠ront le confi¬≠ne¬≠ment. Nos soi¬≠gnants seront haras¬≠s√©s, et pour¬≠tant nous savons que nous pour¬≠rons comp¬≠ter sur eux les yeux fer¬≠m√©s. Mais pas sur la nu√©e de per¬≠son¬≠nages qui nous gou¬≠vernent, nous informent, nous g√®rent, nous cadrent, nous √©touffent, nous entravent, nous m√©prisent, nous la popu¬≠la¬≠tion, le public, les gens, nous les b√™tes comme dirait St√©¬≠pha¬≠nie l‚Äôa¬≠mie retrou¬≠v√©e. Il ne fau¬≠dra pas oublier que le dimanche 15 mars, sur une cha√ģne de Radio France, dans une √©mis¬≠sion √©co¬≠no¬≠mique, un expert non inter¬≠rom¬≠pu par les jour¬≠na¬≠listes a pu dire que le pro¬≠bl√®me prin¬≠ci¬≠pal √©tait que le pays n‚Äôa¬≠vait pas √©t√© assez loin dans l‚Äôef¬≠fort pour r√©duire la dette, et que cela nous emp√™¬≠chait de pou¬≠voir aujourd‚Äô¬≠hui inves¬≠tir mas¬≠si¬≠ve¬≠ment contre le virus. Et un autre invi¬≠t√© de la m√™me √©mis¬≠sion d√©cla¬≠rer que pour que l‚Äô√©¬≠co¬≠no¬≠mie reparte apr√®s le coro¬≠na¬≠vi¬≠rus, il fau¬≠drait que les gens soient en vie. Oui, on a pu encore entendre √ßa et sen¬≠tir le res¬≠pect fr√©¬≠mis¬≠sant des ani¬≠ma¬≠teurs de l‚Äô√©¬≠mis¬≠sion, dans celle-ci comme tant d‚Äôautres, cette fois comme tant d‚Äôautres fois aupa¬≠ra¬≠vant. Et on aura pu entendre aus¬≠si, encore et encore, des appels √† des ins¬≠tances de d√©ci¬≠sions supra¬≠na¬≠tio¬≠nales, pour coor¬≠don¬≠ner d‚Äôen¬≠core plus haut, plus loin, plus cri¬≠mi¬≠nel¬≠le¬≠ment, plus stu¬≠pi¬≠de¬≠ment.

Je n’ou­blie­rai pas que j’au­rai eu confiance avant tout dans ceux et celles qui prennent soin de nous, mon fils et tant d’autres qui devront lut­ter pour nous, demain et pour com­bien de temps, avec leur mer­veilleuse com­pé­tence et intel­li­gence, et qui luttent par-des­sus le mar­ché contre la sur­di­té du gou­ver­ne­ment et des tutelles.

Je n‚Äôou¬≠blie¬≠rai pas que nos jeunes, nos enfants, nos fr√®res et nos soeurs, ceux qu‚Äôon a gaz√©s sur les¬≠quels on a tap√©s pen¬≠dant des mois et des mois parce qu‚Äôils lut¬≠taient pour leur ave¬≠nir, ceux qui attendent aux portes des m√©tro¬≠poles et aux fron¬≠ti√®res de l‚ÄôEu¬≠rope, si vivants, vul¬≠n√©¬≠rables et mer¬≠veilleux, seront ceux qui auront gagn√© l‚Äôou¬≠ver¬≠ture apr√®s la fin de ce capi¬≠ta¬≠lisme pour¬≠ri et mor¬≠ti¬≠f√®re qui s‚Äôef¬≠fondre, eux qui √©taient pr√™ts depuis si long¬≠temps et qui devaient attendre, subir les entraves de cette cohorte de d√©ci¬≠deurs et de pos¬≠s√©¬≠dants, si lente, si dure √† la d√©tente, si b√™te, si √©go√Įste.

Quand nous pour¬≠rons sor¬≠tir ‚ÄĒ quand ‚ÄĒ il ne man¬≠que¬≠ra pas de poli¬≠tiques, de mana¬≠gers, d‚Äôex¬≠perts, de gens de m√©dias, de direc¬≠teurs, pour faire comme si de rien n‚Äô√©¬≠tait, pour retour¬≠ner com¬≠man¬≠der, pour inti¬≠mer, pour enjoindre de retour¬≠ner tra¬≠vailler, remettre la machine en marche, relan¬≠cer l‚Äô√©¬≠co¬≠no¬≠mie, rat¬≠tra¬≠per, tra¬≠vailler, tra¬≠vailler ou dis¬≠pa¬≠ra√ģtre. Ces gens auront des tons assu¬≠r√©s, des mines graves, ils don¬≠ne¬≠ront des direc¬≠tives, ils tan¬≠ce¬≠ront.
Nous devrons nous rap¬≠pe¬≠ler alors com¬≠bien ils √©taient incom¬≠p√©¬≠tents, insen¬≠sibles, lents, lourds, com¬≠bien ils √©taient pesants, il fal¬≠lait sans cesse les secouer, ils ne com¬≠pre¬≠naient rien, rien de rien. Nous avions com¬≠pris depuis tant d‚Äôan¬≠n√©es que le capi¬≠ta¬≠lisme √©tait fini, nous savions depuis si long¬≠temps qu‚Äôils √©taient √©tran¬≠ge¬≠ment insen¬≠sibles au vivant,√† la jeu¬≠nesse, √† leurs fr√®res migrants, qui mou¬≠raient, nous connais¬≠sions par cŇďur leur esp√®ce d‚Äôin¬≠no¬≠cence par¬≠fois, suf¬≠fi¬≠sante, insup¬≠por¬≠table.
Pour le coro¬≠na¬≠vi¬≠rus, apr√®s un moment incer¬≠tain, nous avons brus¬≠que¬≠ment com¬≠pris √† un moment, qu‚Äôil fal¬≠lait abso¬≠lu¬≠ment tout faire pour sau¬≠ver les vies le plus vite pos¬≠sible, nous l‚Äôa¬≠vons sen¬≠ti car cette jour¬≠n√©e l√†, nous avons chan¬≠g√© d‚Äôheure en heure, nous avons mut√©, nous avons sen¬≠ti le moment o√Ļ nous sommes entr√©s dans l‚Äôin¬≠con¬≠nu, nous avons pris cong√© de la mobi¬≠li¬≠sa¬≠tion en cours qui bat¬≠tait son plein avec encore une der¬≠ni√®re dis¬≠cus¬≠sion, un der¬≠nier √©lan avant de quit¬≠ter les lieux avec une poi¬≠gn√©e d‚Äô√©¬≠tu¬≠diants et de col¬≠l√®gues si atten¬≠tifs si concen¬≠tr√©s, dom¬≠mage on √©tait obli¬≠g√© de d√©j√† se dire au-revoir. Nous avons pris cong√© de ce que nous fai¬≠sions, d‚Äôune mani√®re de vivre, d‚Äôune s√©ries de mobi¬≠li¬≠sa¬≠tions depuis ces ann√©es dans un monde qui s‚Äôef¬≠fon¬≠drait et qui se fai¬≠sait de plus en plus bru¬≠tal. C‚Äôest un virus qui a mis la pagaille fina¬≠le¬≠ment, un brin som¬≠maire qui a cir¬≠cu¬≠l√© par¬≠tout indif¬≠f√©¬≠rents aux fron¬≠ti√®res, et aux milieux sociaux, et qui fait tout vaciller.
Mais ils en étaient encore à orga­ni­ser, à se consul­ter, à s’i­ma­gi­ner qu’ils nous pro­té­geaient de la panique, confon­dant notre inquié­tude avec une peur irra­tion­nelle, se regar­dant dans la glace en mana­gers ras­su­rants, alors que c’é­tait leur sen­si­bi­li­té et leur rai­son atro­phiées qui nous inquié­taient au plus haut point.
Nous devrons nous rap¬≠pe¬≠ler com¬≠bien, √† ce moment-l√†, ils √©taient lents √† la d√©tente, com¬≠bien ils √©taient lourds, il fal¬≠lait sans cesse les attendre, au bord du che¬≠min, ils en √©taient encore √† faire la le√ßon, √† leur sang froid de th√©√Ętre, puis √† se deman¬≠der pour les √©lec¬≠tions, les acti¬≠vi¬≠t√©s, la conti¬≠nui¬≠t√© du tra¬≠vail gr√Ęce √† des plate-formes inno¬≠vantes, des pres¬≠ta¬≠taires qui leur per¬≠met¬≠traient encore de mana¬≠ger, les direc¬≠tives, les acro¬≠nymes. On se deman¬≠dait com¬≠bien d‚Äôheures il leur fau¬≠drait pour r√©a¬≠li¬≠ser et faire leur devoir tout simple, faire leur part pour aider √† sau¬≠ver des vies, dire les quelques mots, allez, un effort, on perd du temps. Et quand enfin ils com¬≠pre¬≠naient, √† peu pr√®s, apr√®s quatre ou cinq revi¬≠re¬≠ments, ils leur fal¬≠lait encore adop¬≠ter ce ton arro¬≠gant, ce registre admi¬≠nis¬≠tra¬≠tif, sans dai¬≠gner recon¬≠na√ģtre qu‚Äôils devaient leur prise de conscience tou¬≠jours tar¬≠dive √† la pous¬≠s√©e de ceux qui avaient com¬≠pris et sans qui ils en seraient res¬≠t√©s encore des heures, des jours, √† leurs d√©ci¬≠sions cri¬≠mi¬≠nelles.
Ils fau¬≠dra se rap¬≠pe¬≠ler qu‚Äôils ne s‚Äôin¬≠t√©¬≠res¬≠saient pas aux malades, ils ne s‚Äôin¬≠t√©¬≠res¬≠saient pas √† ceux qui √©taient sans abri, ni √† ceux qui seraient sans reve¬≠nu, ni √† ceux qui √©taient vul¬≠n√©¬≠rables, ni √† ceux qui seraient en dan¬≠ger quinze jours plus tard faute de place √† l‚Äôh√ī¬≠pi¬≠tal. Ils s‚Äôin¬≠t√©¬≠res¬≠saient aux mani√®res de pour¬≠suivre les acti¬≠vi¬≠t√©s pro¬≠duc¬≠tives, au pilo¬≠tage de ceux qui seraient chez eux avec leurs enfants. Ils ne pen¬≠saient pas une seconde que les enfants auraient peut-√™tre autre chose en t√™te que rat¬≠tra¬≠per √† dis¬≠tance le cours d‚Äôan¬≠glais ou de ges¬≠tion, peut-√™tre autre chose √† apprendre, √† com¬≠prendre, dans ce monde qui leur appar¬≠tient, puis¬≠qu‚Äôils sont aus¬≠si, ces enfants, des √™tres vivants dans la tour¬≠mente du vivant.
Il fau¬≠dra abso¬≠lu¬≠ment se rap¬≠pe¬≠ler, le jour venu, que nous n‚Äôau¬≠rons pas √† ob√©ir, nous n‚Äôau¬≠rons pas √† aller √† telle r√©union de relance, nous n‚Äôau¬≠rons pas √† r√©pondre oui tous en chŇďur pour leur redon¬≠ner l‚Äôas¬≠cen¬≠dant alors qu‚Äôils n‚Äôau¬≠ront agi que gr√Ęce √† la mobi¬≠li¬≠sa¬≠tion sans faille de tous ceux qu‚Äôils avaient atta¬≠qu√© pen¬≠dant des mois, ou bien aux¬≠quels ils √©taient insen¬≠sibles et indif¬≠f√©¬≠rents. Il fau¬≠dra nous rap¬≠pe¬≠ler √† qui nous devrons quelque chose, il fau¬≠dra nous entrai¬≠der dans ces milieux l√† qui ont √©t√© vivants et souf¬≠frants √† ce moment, il fau¬≠dra en finir avec la faus¬≠se¬≠t√©, les couches de crasse mana¬≠g√©¬≠riale, et suivre ce qui nous a fait com¬≠prendre quelque chose de ce qui nous fai¬≠sait tenir ensemble au moment o√Ļ √ßa com¬≠men¬≠√ßait.




Source: Indiscipline.fr