Décembre 8, 2021
Par Le Poing
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Cours Gambetta, le terrifiant Chicago montpelliérain ?

Un droit municipal de préemption va s’appliquer sur le cours Gambetta, renforçant la politique de “normalisation” d’un quartier systématiquement désigné pour cible par la municipalité PS de droite montpelliéraine.

Mardi 30 novembre 2021, le conseil municipal de Montpellier menaçait sérieusement de sombrer dans la somnolence lorsque Michaël Delafosse, le maire socialo-vallso-darmano-compatible a soudain tenu à mettre en scène comme « très importante » la résolution n° 27 de l’ordre du jour de cette assemblée. Maryse Faye, troisième adjointe, chargée de l’urbanisme, a alors exposé, dans un français étonnamment hasardeux, l’inscription du cours Gambetta parmi les secteurs où pourra dorénavant s’exercer un droit de préemption urbain sur les fonds de commerce et les baux commerciaux.

Autrement dit, si un fond de commerce est proposé à la vente ou cession de bail, la Ville de Montpellier devient légalement prioritaire sur tout autre acquéreur potentiel. Il a été expliqué qu’il s’agissait d’agir en tant que puissance publique, contre une tendance à la spéculation qui sévirait fortement sur le secteur. On attend avec impatience les données chiffrées qui démontrent que ce phénomène touche pile cette avenue de la ville, alors que n’importe quel habitant basique de la Métropole constate avec effroi l’emballement du marché immobilier où que ce soit. Passons.

L’autre objectif annoncé serait d’agir en faveur « d’une diversification des commerces », dans le sens « d’une montée en gamme » comme allait le préciser juste après Michaël Delafosse. Lequel a notamment indiqué qu’il fallait encourager l’installation d’artisans dans des locaux qui se libèreraient à cet endroit. Cela leur serait devenu de plus en plus difficile partout en ville, au point qu’ils s’expatrient en périphérie, cela compliquant, retardant et renchérissant d’autant leurs interventions chez les particuliers. Or, le vaste parking souterrain du cours Gambetta leur faciliterait grandement la vie sur ce plan.

L’idée n’est pas forcément idiote. De même il semble difficile d’approuver l’évolution d’un quartier qui tendrait à la ghettoïsation de commerces et services exclusivement dédiés aux usages d’une seule et unique communauté. Voilà qui semble frappé au coin du bon sens, de prime abord. Mais voilà qui ne résiste pas à la moindre analyse de ses implicites idéologiques, dès qu’on y regarde à deux fois. Le tissu commercial du secteur est-il exagérément réduit à des kébabs, des salons de coiffure pour hommes, des boucheries hallal, des salons de thé orientaux, des bazars et magasins de tissus eux-mêmes orientaux ?

Il faut y réfléchir à deux fois. D’abord quantité de Montpelliérains non arabes et non musulmans – parmi lesquels des rédacteurs et des rédactrices du Poing – fréquentent aussi bien les kébabs, les salons de coiffure pour hommes, les boucheries et bazars du secteurs, déjà pour des raisons strictement économiques, sans rien d’un quelconque exotisme bobo. C’est manifestement une obsession que le maire socialiste de droite – comme ses prédécesseurs – nourrit à l’encontre de ce quartier et sa population.  Alors que les problèmes de sécurité et de mal logement qui y sévissent sont répandus dans quantité d’autres secteurs, Plan Cabanes, Figuerolles et Gambetta présentent le grave inconvénient de frôler les quartiers vitrines de la ville, du Jeu de Paume et de l’Ecusson, juste à deux pas.

Visible, traversé par de grands axes et lignes principales des transports urbains, il est désigné comme un terrifiant Chicago, justifiant d’incessantes – et inefficaces – opérations de police destinées aux photographes et cameramen de la presse mainstream. D’ailleurs, quand il parle du cours Gambetta en conseil, le maire de la ville trouve besoin de mettre dans le même sac le marché sauvage de la Mosson, et use d’une terminologie fait-diversière, parle de « filières », forcément inquiétantes à ce propos. Construction d’un discours.

Puisqu’il s’agirait de requalifier un tissu commercial, un autre débat est alors permis. Dans les quartiers des commerçants électeurs de Delafosse, faut-il tenir pour socialement géniale, la main-mise des chaînes internationales de la malbouffe destructrice de la santé des consommateurs, issues de la domination agro-industrielle ? Les moyennes surfaces toutes rattachées aux chaînes dont les PDG sont des milliardaires évadeurs fiscaux ? Les franchises de marques vestimentaires fabriquées par des enfants esclaves au Bengladesh ? Le commerce de l’électronique, du jeu, de la téléphonie, qui pille les terres rares, nivelle et standardise la culture, provoque le commerce écocide et climaticide des tankers à containers ? Seuls les vendeurs d’oranges et les coiffeurs pour hommes de Plan Cabanes poseraient gravement problème ?

Quant à la diversification des faciès, que ne s’en inquiète-t-on dans les quartiers sécessionnistes des couches moyennes ou supérieures européennes de souche ? A Figuerolles et Plan Cabanes, c’est à l’affaiblissement et la dispersion des “classes dangereuses” qu’il s’agit de procéder. Et à la rétrocession de ce quartier, si proche de la Halle Tropisme, du Marché bio-chic des Arceaux, aux couches “créatives”, qui piaffent d’impatience de s’y installer ; d’en faire un autre Boutonnet.

La résolution n°27 fut adoptée à l’unanimité ce mardi 30 novembre, sans le moindre doigt levé, la moindre question posée. « Voilà une précieuse unanimité » n’a pas manqué de pointer Michaël Delafosse. Alenka Doulain, l’élue de Nous sommes, a aussi voté pour, alors qu’elle a si bien le don de le faire sortir de la courtoisie mielleuse qu’il accorde à tous ses autres opposants (Delafosse ne supporte pas la gauche “irréconciliable”, semble-t-il). Il fallait donc la questionner sur les raisons de son choix. Elle nous a expliqué que « l’outil de la préemption signifie un regain de maîtrise publique sur la logique privée. On ne peut donc s’y opposer en soi ». Tout en précisant : « L’important, c’est ce qu’on en fait ».

D’où l’idée toute municipaliste de consulter la population pour savoir de quels commerces celle-ci estime avoir besoin. « La diversification, mais pas n’importe laquelle, il y en a besoin. Le cours Gambetta est devenu craignos, c’est sûr, je sais de quoi je parle, j’habite à côté » relève Alenka Doulain. Reste à savoir quelle population a voix au chapitre, elle qui souffre déjà durement du renchérissement des loyers du secteur. Si jamais, la consultation conduisait à considérer qu’il y a surtout besoin d’une cave à vins, d’une supérette bio, d’une fromagerie de qualité, et d’une boutique petite-enfance- jouets et bonneterie, on ne fera que vérifier le destin tout tracé qu’on connaît déjà :  celui d’une nouvelle rue Marioge.  




Source: Lepoing.net