Juin 28, 2020
Par Dijoncter
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Le mouvement international contre le racisme et la violence de la police a rĂ©vĂ©lĂ© quelques organisations des États-Unis dont l’objectif est d’abolir la police. C’est le moment de s’y pencher de plus prĂšs.

Destitution de la Police

Le mouvement pour la destitution de la police est bien installĂ© aux États-unis. Et si « tout le monde dĂ©teste la police Â» en France, l’abolition de celle-ci semble inenvisageable. Afin de libĂ©rer l’horizon, laissons la parole aux organisations qui travaillent concrĂštement dans le sens d’une dĂ©policisation du monde :

Pour For a World without Police, nous vivons dans une sociĂ©tĂ© oĂč presque tous les problĂšmes sociaux – des voisins bruyants aux feux arriĂšre cassĂ©s – sont devenus un point d’intervention de la police. Il en rĂ©sulte une Ă©pidĂ©mie de harcĂšlement et de violence. Ils posent alors la question suivante : Mais que se passerait-il si nous trouvions d’autres moyens de rĂ©soudre nos problĂšmes ? Et si nous rĂ©duisions le pouvoir de la police et abolissions entiĂšrement l’institution ? Ils nous invitent alors Ă  rejoindre leur travail et Ă  rĂ©flĂ©chir et Ă  agir pour trouver des moyens de parvenir Ă  un monde sans police.

Aux États-Unis, 1 146 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es par la police en 2015 [1]. 97% des tueurs n’ont pas Ă©tĂ© inculpĂ©s. Plus nous en apprenons sur les brutalitĂ©s policiĂšres et les meurtres, plus il devient clair que ce comportement est un schĂ©ma permanent et systĂ©mique. La violence fait partie intĂ©grante du rĂŽle du policier dans la sociĂ©tĂ© moderne.

La police dĂ©crit son travail comme Ă©tant la lutte contre la criminalitĂ©, le maintien de la sĂ©curitĂ© publique ou la dĂ©fense de l’ordre public. Mais depuis leur crĂ©ation, les institutions policiĂšres ont en fait servi Ă  dĂ©fendre les biens des riches et des puissants, tout en maintenant les gens de la classe ouvriĂšre et les gens de couleur dans la pauvretĂ© et le dĂ©sespoir. Pour faire ce travail, il faut battre, mettre en cage et tuer.

La violence policiĂšre ne dĂ©coule pas seulement de mauvaises pommes ou de mauvaises attitudes, mais de ce que la police doit ĂȘtre et faire en AmĂ©rique. La seule façon de mettre fin Ă  la violence est d’abolir la police et de transformer les conditions qui l’ont engendrĂ©e.

Pour beaucoup de gens, la police est une prĂ©sence si constante qu’il est difficile d’imaginer ce que serait la vie sans elle.

Nous ne pouvons pas savoir exactement Ă  quoi ressemblera un monde sans police. Mais nous voyons la possibilitĂ© d’un avenir meilleur dans les efforts dĂ©ployĂ©s par des groupes du monde entier pour contrĂŽler les pouvoirs de la police, la dĂ©pouiller de ses armes et dissoudre des unitĂ©s de police et des dĂ©partements entiers. Ici, les gens travaillent dĂ©jĂ  ensemble pour rĂ©soudre les problĂšmes sociaux, tout en faisant reculer l’institution qui nous tue.

Rejoignez le mouvement pour un monde sans police, en discutant et en dĂ©veloppant des stratĂ©gies, en vous joignant Ă  des campagnes locales, en approfondissant vos connaissances par l’étude et en suivant les derniers dĂ©veloppements.

L’organisation 8toAbolition rĂ©sume son projet dans ses « 8 points to abolish the police Â», dont la traduction est lisible ici : 8 mesures pour abolir la police.

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Et si la municipalitĂ© de Minneapolis envisage de dĂ©manteler sa police, c’est grĂące Ă  l’avancĂ©e des travaux de groupes comme MDP150, pour qui :

La police a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e pour protĂ©ger les intĂ©rĂȘts des riches et la violence racialisĂ©e a toujours fait partie de cette mission.

La police ne peut ĂȘtre rĂ©formĂ©e en s’éloignant de sa fonction principale.

La police criminalise la peau noire et la pauvretĂ©, en canalisant des millions de personnes vers le systĂšme carcĂ©ral, en les privant du droit de vote et du droit Ă  l’emploi et en prĂ©servant ainsi l’accĂšs privilĂ©giĂ© au logement, Ă  l’emploi, Ă  la terre, au crĂ©dit et Ă  l’éducation pour les blancs.

La police militarise et aggrave les situations qui nĂ©cessitent l’intervention des services sociaux.

Et surtout :

Il existe des alternatives viables, existantes et potentielles au maintien de l’ordre pour chaque domaine dans lequel la police s’engage.

L’organisation Assata’s Daughters a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 2015 Ă  Chicago sous la bienveillance d’Assata Shakur. Elle est dirigĂ©e par des femmes et des jeunes afro-amĂ©ricains, et enracinĂ©e dans la tradition radicale noire. L’AD organise les jeunes afro-amĂ©ricains Ă  Chicago en leur offrant une Ă©ducation politique, un dĂ©veloppement du leadership, un mentorat et des services rĂ©volutionnaires. Par le biais de ses programmes, elle vise Ă  approfondir, Ă  intensifier et Ă  soutenir le mouvement de libĂ©ration des Noirs. Notamment en travaillant pour l’abolition de la police.

Pour approfondir la rĂ©flexion Ă  propos de la destitution de la police, quelques articles d’analyse commencent Ă  paraĂźtre en Français :

« What a world without cops would look like Â», interview du sociologue Alex Vitale par Madison Pauly sortie dĂ©but juin dans le journal Mother Jones, traduite par Rebellyon.info ici : À quoi ressemblerait un monde sans policiers ?

« Que faut-il faire pour empĂȘcher la police de tuer ? Â», article paru le 2 juin sur Crimethinc.

« Penser l’abolition de la police Â», entretien avec Gwenola Ricordeau paru le 10 juin sur Acta.zone.

« The Fight to Abolish the Police is the Fight to Abolish Capitalism Â», article paru le 10 juin sur Left Voice, traduit sur RĂ©volution Permanente : Lutter pour l’abolition de la police, c’est lutter pour l’abolition du capitalisme.

« Yes, we mean literaly abolish the police Â» tribune de Mariame Kaba parue le 12 juin dans le New York Times, traduite sur L’Autre Quotidien : Oui, nous voulons littĂ©ralement abolir la police.

« Peut-on abolir la police ? Â», article paru le 14 juin sur The Conversation.

« Never Give Up Â», texte de NoĂ©mie Serfaty paru le 16 juin sur lundi.am.

« Un futur sans police est-il possible ? Â», article de Pierre Longeray paru le 18 juin sur Vice.

Sans oublier un article paru dans la revue Jef Klak en janvier 2017 qui explore les organisations communautaires pour l’abolition de la police Ă  Chicago : Tout le monde peut se passer de la police.

Justice transformatrice

La justice Ă©tant au service de la police, que deviendrait-elle si la police disparaissait ? LĂ  aussi aux États-Unis la rĂ©flexion est bien plus avancĂ©e qu’en France. La mise en place de nombreux processus de justice rĂ©paratrice ou transformatrice ouvre la possibilitĂ© d’un monde sans tribunaux.

La justice transformatrice est une façon de pratiquer une justice alternative qui reconnaĂźt les expĂ©riences et les identitĂ©s individuelles et s’efforce de rĂ©sister activement au systĂšme d’injustice criminelle de l’État. La justice transformatrice reconnaĂźt que l’oppression est Ă  l’origine de toutes les formes de prĂ©judice, d’abus et d’agression. En tant que pratique, elle vise donc Ă  aborder et Ă  confronter ces oppressions Ă  tous les niveaux et les traite comme une partie intĂ©grante de la responsabilitĂ© et de la guĂ©rison.

La justice transformatrice est une approche qui libĂšre de la violence, qui recherche la sĂ©curitĂ© et la responsabilitĂ© sans s’appuyer sur l’aliĂ©nation, la punition ou la violence Ă©tatique ou systĂ©mique, y compris l’incarcĂ©ration ou le maintien de l’ordre.

Dans le processus de transformation, la justice individuelle et la libĂ©ration collective sont aussi importantes l’une que l’autre, elles se soutiennent mutuellement et sont fondamentalement liĂ©es – la rĂ©alisation de l’une est impossible sans la rĂ©alisation de l’autre.

Les conditions qui permettent Ă  la violence de se produire doivent ĂȘtre transformĂ©es afin d’obtenir la justice dans les cas de violence individuels. Par consĂ©quent, la justice transformatrice est Ă  la fois une politique libĂ©ratrice et une approche visant Ă  garantir la justice.

Les rĂ©ponses Ă©tatiques et systĂ©miques Ă  la violence, y compris le systĂšme judiciaire pĂ©nal et les organismes de protection de l’enfance, non seulement ne font pas progresser la justice individuelle et collective, mais tolĂšrent et perpĂ©tuent les cycles de violence.

La justice transformatrice cherche Ă  offrir aux personnes qui subissent la violence une sĂ©curitĂ© immĂ©diate, une guĂ©rison et des rĂ©parations Ă  long terme tout en tenant les personnes qui commettent des actes de violence responsables au sein de leur communautĂ© et par celle-ci. Cette responsabilitĂ© comprend l’arrĂȘt immĂ©diat des abus, l’engagement de ne pas amorcer des abus futurs et l’offre de rĂ©parations pour les abus passĂ©s. Une telle responsabilisation exige un soutien continu et une guĂ©rison transformatrice pour les personnes qui ont subi des abus, de quelque ordre qu’ils soient.

Le Projet NIA fait partie des organisations qui travaillent Ă  mettre en place une forme de justice restauratrice. Le projet Nia – “nia” signifiant “avec but” en swahili – est une organisation de base qui travaille pour mettre fin Ă  l’arrestation, la dĂ©tention et l’incarcĂ©ration d’enfants et de jeunes adultes en promouvant des pratiques de justice rĂ©paratrice et transformatrice.

Nous soutenons les jeunes en difficultĂ© avec la loi ainsi que ceux qui sont victimes de violence et de criminalitĂ© par le biais d’alternatives communautaires au processus judiciaire pĂ©nal. Nous travaillons en partenariat avec des militants et des organisations locales pour crĂ©er de telles alternatives.

Nous croyons que nous pouvons transformer le mal en guĂ©rison en crĂ©ant des liens et des opportunitĂ©s dans nos communautĂ©s. Par l’éducation, la recherche et la dĂ©fense des droits, nous crĂ©ons des moyens de traiter les prĂ©judices de maniĂšre productive, plutĂŽt que de s’en remettre Ă  la police et au systĂšme juridique pĂ©nal. Au cours des dix derniĂšres annĂ©es, nous avons proposĂ© plus de 200 ateliers communautaires sur la justice pour mineurs et le complexe industriel pĂ©nitentiaire et publiĂ© des dizaines de programmes Ă©ducatifs sur la maniĂšre de mieux aborder les prĂ©judices dans nos communautĂ©s. Parce que les jeunes ne devraient jamais se retrouver derriĂšre les barreaux.

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En France, l’ambiance est au rĂ©formisme. Les collectifs les plus radicaux parlent tout au plus de « dĂ©sarmer la police Â». Il est tant de passer Ă  la possibilitĂ© d’une abolition de la police, ici aussi. Ça commence peut-ĂȘtre avec le Manifeste pour la suppression gĂ©nĂ©rale de la police nationale.




Source: Dijoncter.info