Octobre 6, 2021
Par Contrepoints (QC)
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La première édition du feuillet Résister et fleurir a été distribuée lors de la Grande manifestion – DEHORS RAY-MONT LOGISTIQUES ! qui s’est tenue le 18 septembre dernier, où plus de 800 personnes se sont réunies pour signifier leur opposition à la plateforme de transbordement que Ray-Mont Logistiques projette de construire à l’Est du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Vous pouvez vous procurer une copie numérique du feuillet ici.

La destruction du terrain vague comme nous le connaissons actuellement, un territoire délaissé par le capitalisme depuis de nombreuses années où la nature a repris ses droits, s’inscrit directement dans différentes mesures politiques, à la fois fédérales et provinciales, qui visent à intensifier l’exploitation du fleuve Saint-Laurent à titre de voie de transport de marchandises. Face à cette vision utilitaire et mortifère du fleuve, qui dépasse largement notre quartier, des gens se mobilisent actuellement un peu partout sur le territoire afin de défendre des milieux de vie pour les êtres humains et non-humains qui cohabitent dans ces espaces menacés par la stratégie maritime du Saint-Laurent.

Le fleuve Saint Laurent, autoroute de marchandises ?

Dès les débuts de la colonisation, le fleuve Saint-Laurent a été utilisé par les colonisateurs afin d’acheminer les ressources exploitées dans le « Nouveau-Monde », jusqu’en Europe. Encore aujourd’hui, celui-ci est considéré par les décideurs politiques en priorité en fonction de sa contribution à l’accumulation de richesses. Pour preuve, depuis 2015, à travers la Stratégie Maritime du Québec, aujourd’hui renommée Avantage Saint-Laurent, c’est autour de 2,5 milliards de dollars qui sont alloués par le gouvernement du Québec afin de soutenir les industries œuvrant dans la logistique et le transport de marchandises. Ces investissements visent majoritairement à rendre les infrastructures de transport plus « performantes », et à soutenir la création de « zones industrialo-portuaires » sur l’ensemble du littoral du fleuve Saint-Laurent et de ses affluents.
Le projet d’un « écoparc industriel » dans l’Est de Montréal, qui implique la destruction du territoire que l’on appelle affectueusement le terrain vague, est l’une des manifestations de cette volonté de l’État québécois de mettre sur pied des zones industrialo-portuaires. Ce qu’impliquent ces projets pour les communautés riveraines, c’est d’une part une privatisation et une sécurisation accrue des espaces littoraux et, d’autre part, une dégradation de leurs conditions de vie. Ces industries étant en effet généralement particulièrement polluantes, malgré les fameuses mesures de mitigation tant vantée par les promoteurs de ces projets.

Contre l’exploitation du vivant, pour un fleuve en commun !

Dans un contexte où la destruction des écosystèmes engendrée par des centaines d’années d’exploitation capitaliste effrénée nous rattrape, où on assiste à des feux de forêt d’une ampleur jamais vue auparavant, où la montée des eaux menace d’engloutir des villes entières, il apparaît particulièrement dangereux, voire suicidaire, de laisser ce genre de projet voir le jour.

Comme en témoignent les mobilisations actuelles pour la défense de nos milieux de vie, de plus en plus de personnes aspirent à une vie qui ne soit plus dictée par les impératifs du capitalisme, mais qui soit au contraire organisée autour du soin porté au vivant, humain et non-humain.

Et si on arrachait au capitalisme ces fameuses zones industrialo-portuaires pour en faire des espaces collectifs, à l’abri de l’exploitation et de la spéculation ?

Et si ces espaces devenaient des lieux où les petits humains pouvaient apprendre à connaitre et à cohabiter avec l’ensemble du vivant qui y trouve refuge ?

Et si ces espaces devenaient des lieux où la végétation, les animaux, et les usages non marchands reprennent leurs droits ?

Et si ces espaces pouvaient devenir des lieux de fête, de rassemblement, et d’expérimentation collective ?

Au terrain vague, tout ça existe déjà. Il ne nous reste plus qu’à le défendre.




Source: Contrepoints.media