Lu sur Blogyy, voici le dernier épisode judiciaire de la saga Defend europe #1. Pour rappel, en juillet 2017 les identitaires mettaient à l’eau en Méditerrannée le C-Star, mettant en oeuvre une campagne internationale raciste et xénophobe, afin de traquer les navires de sauvetage mobilisés pour sauver les vies des humains qui tentent la traversée.

Suite à l’échec de l’expédition anti-migrants en Méditerranée, durant l’été 2017 à bord du navire C-Star, les chefs identitaires espéraient se venger de la riposte antifasciste. Il espéraient aussi empêcher leurs opposants de les traiter de nazis.

DEFEND EUROPE BATTU EN CASSATION !  GAME OVER POUR LES « NAZILLONS » !

En juillet et août 2017, après un crowdfunding financé par le Ku-klux-Klan, une brochette de jeunes hipsters identitaires européens avaient fait le tour de la Méditerranée à bord du navire C-Star pour essayer d’entraver les sauvetages en mer des migrants tentant la traversée.

Aucun état ni aucune institution n’était intervenu pour les empêcher de nuire. Aucun tribunal n’avait condamné les membres de cette sinistre expédition à l’encontre de personnes en situation de détresse. Une seule fois, les responsables du C-Star avaient été interpellés à Chypre, mais bizarrement relâchés alors qu’ils étaient en garde à vue.

Heureusement, durant tout l’été, une forte mobilisation sur toutes les rives avait réussi à saboter ce projet, notamment à l’initiative du réseau antifasciste Defend Mediterranea dont Yannis Youlountas diffusait les communiqués.

De port en port et d’échec en échec, l’expédition raciste était devenue un fiasco, sombrant dans le ridicule le plus total. Le navire C-Star était repoussé à chaque tentative : Égypte, Chypre, Crète, Tunisie, Sicile puis Malte, avant que les chefs de Defend Europe ne se décident à abandonner le navire et à rejoindre l’aéroport de Malte pour rentrer chez eux. Au final, l’équipage identitaire était devenu la risée du monde entier.

La vengeance des « nazillons »

Peu après leur retour en Europe, les responsables de l’expédition se réunirent et décidèrent de contre-attaquer en Justice. Le but était de se venger suite à l’échec, mais aussi d’empêcher les antifascistes de les traiter de nazis. En effet, les fascistes d’aujourd’hui tiennent beaucoup à leur respectabilité et sont devenus très procéduriers !

Après avoir étudié les communications de Defend Mediterranea diffusées par Yannis et partagées par de nombreuses personnes dont Jean-Jacques Rue, les fascistes et leur avocat avaient trouvé deux failles pour étoffer leurs poursuites :
– Yannis avait commis une erreur concernant une photo trouvée sur internet qui montrait soit-disant Lorenzo Fiato faisant un salut fasciste. Bien que l’info avait été trouvée par des antifascistes italiens, c’était une erreur de personne. Ce n’était pas Lorenzo Fiato, mais quelqu’un qui lui ressemblait.
– Jean-Jacques, militant antifasciste et ami de Yannis, s’était quant à lui emporté en partageant l’une des publications de ce dernier. Révolté par la violence du projet des identitaires, il avait parlé de contrer les fascistes avec tous les moyens possibles, y compris les plus violents si nécessaire. Le contexte : il avait écrit cela au lendemain de la mort de Heather Heyer, assassinée en marge d’une manifestation de l’extrême-droite américaine où était présent le drapeau des identitaires français. Sa publication étant publique, elle était passible de poursuites pour appel au meurtre.

Bref, en nous attaquant ainsi, les identitaires et leur avocat s’assuraient de gagner au moins sur ces points, à défaut de gagner sur le sujet principal, c’est-à-dire leur vraie préoccupation : empêcher qu’on puisse les traiter de nazis.

Deux ans et demi de rebondissements

La joute judiciaire a été longue :
– début de la procédure en octobre 2017 (nous prenons Dominique Tricaud pour avocat, assisté de Matteo Bonaglia) ;
– premier procès en mars 2018 à Nice (victoire pour nous sur l’utilisation du mot nazi) ;
– Robert Timm, Clément Gandelin alias Galant et Lorenzo Fiato décident de faire appel, voulant absolument gagner sur l’utilisation du mot nazi ;
– deuxième étape en septembre 2018 à la Cour d’appel d’Aix-en-Provence (victoire totale de Defend Europe dans une atmosphère très hostile) ;
– nous décidons de tenter la cassation (nous sollicitons Claire Wacquet, avocate spécialisée dans les mémoires pour la Cour de cassation, pour prendre le relais de Dominique et Matteo) ;
– troisième et dernière étape le 28 novembre 2019 à Paris, lors de l’audience par la Cour de cassation.
– la Cour de cassation rend son verdict ce 7 janvier 2020 et casse le jugement précédent sur le point le plus important (victoire définitive pour nous sur l’utilisation du mot nazi).

Au final, les identitaires n’ont réussi à gagner que sur ce qui était prévisible : sur les deux maladresses, mais qui n’ont aucune incidence politique : Yannis s’est trompé de photo, et alors ? Au milieu d’une centaine de communiqués et de publications à ce sujet, c’est le lot de tout le monde de commettre une petite erreur, en l’occurence de ne pas remarquer celle d’un site italien censé mieux connaitre le chef des identitaires italiens. Yannis perd sur ce point, mais cela n’a absolument aucune importance politiquement. Jean-Jacques perd aussi concernant son emportement du fait qu’il était « en mode public » et c’était malheureusement prévisible : il avait déjà perdu sur ce point en première comme en deuxième instance, et cette question n’était même plus étudiée par la Cour de cassation.

La grande question de la Cour de cassation était de savoir si Yannis avait le droit ou pas de traiter les identitaires de nazis. Les plaignants et leur avocat avaient noté à 7 reprises l’emploi de ce terme sous diverses formes. Considérant cela comme une injure, ils avaient relevés les 7 expressions suivantes dans les textes diffusés par Yannis :
1) « Les équipes de Frontex ne veulent pas se faire piquer leur job ni passer pour les petits copains des nazis », le 24/07/2017 dans l’article « L’opération Defend Europe est un fiasco » ;
2) « À suivre quand les nazillons auront fini de jouer à cache-cache chez Papy Erdogan », le 24/07/2017 dans l’article « L’opération Defend Europe est un fiasco » ;
3) « L’amour propre du nazi aurait-il ses raisons que la raison ne connaitrait pas ? », le 27/07/2017 dans l’article « Defend Europe s’enfonce » ;
4) « La croisière nazie s’amuse ! », le 28/07/2017 dans l’article « Defend Europe, des chasseurs de migrants viennent de monter à bord » ;
5) « Fabuleux, un navire d’aide aux migrants envoyé au secours des nazillons en panne ! », le 11/08/2017 dans l’article du même nom ;
6) « Le bateau nazi au pavillon mongol nous fait décidément beaucoup rire ! », le 11/08/2017 dans l’article « Fabuleux, un navire d’aide aux migrants envoyé au secours des nazillons en panne » ;
7) « Les nazillons sont toujours coincés sur leur bateau, après avoir été refoulés partout en Méditerranée », le 19/08/2017 dans l’article « Defend Europe rate son rendez-vous à Lyon ».

Une victoire sur ce point était importante pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle était utile dans la perspective d’une interdiction future de l’organisation Génération Identitaire, comme ce fut le cas pour les organisations identitaires antérieures : Unité Radicale puis Bloc Identitaire. Ensuite, cette victoire était précieuse par solidarité avec d’autres personnes poursuivies quelques mois plus tard pour les mêmes raisons par Defend Europe et qui pourront désormais s’appuyer sur une jurisprudence. Enfin, cette victoire était essentielle parce qu’il est tout simplement insensé que des fascistes veuillent nous faire la leçon sur notre façon de qualifier leurs actes odieux et inhumains.

Un grand merci

Cette victoire, nous la devons à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu et qui nous ont aidés dans ce procès à rebondissements : nombreux soutiens, affluences aux audiences, témoignages au procès, textes et actions de solidarité…

Nous tenons également à remercier nos avocats : Dominique Tricaud assisté de Matteo Bonaglia en première et deuxième instance, puis Claire Wacquet en cassation. Ils ont vraiment été très bons, excellents même, dans un contexte plutôt hostile : pas facile de défendre des anarchistes et antifascistes devant un tribunal, surtout quand ils ne cachent pas leur dégoût pour la Justice bourgeoise !

Avec cette décision définitive de la plus haute juridiction de l’hexagone, le dernier acte de « la croisière nazie » est terminée. Touché-coulé pour Defend Europe en Méditerranée. Game over pour les « nazillons en panne », ces marins d’eau douce qui nous avaient tant fait rire en enchainant les camouflets, notamment en Crète et en Tunisie.

Une victoire de plus pour toutes celles et ceux qui luttent contre le fascisme.

Yannis Youlountas et Jean-Jacques Rue
avec le réseau antifasciste Defend Mediterranea


Article publié le 12 Jan 2020 sur Lahorde.samizdat.net