Juillet 12, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Ma carrière professionnelle a été émaillée de nombreuses difficultés.
J’ai d’abord embrassé le métier de fumiste au bureau des impayés.
Ma désinvolture quasi proverbiale a fait transpirer ma hiérarchie.
On m’a donné le choix entre la démission ou l’expulsion manu militari.

J’ai ensuite exercé la profession de serre-gens pour le compte de la RATP.
L’activité consistait à entasser les usagers dans des rames déjà bondées.
Mon chef m’a reproché un excès de sollicitude et un trop-peu de mépris.
Je causais du tort à une organisation pensée sur le modèle de l’animalerie.

Un conseiller mal avisé m’a encouragé à frapper aux portes de l’armée.
On m’a accueilli à bras ouverts et commis au récurage des commodités.
Je suis en quelque sorte devenu une espèce de maréchal des logis.
Mais j’ai depuis regagné la vie civile en raison d’une allergie au kaki.

Un directeur m’a confié un poste original dans une maison de quartier.
J’ai mené des séances de méditation interculturelle sous forme d’ateliers.
Mais mon cours d’éducation cynique a déplu aux édiles de la mairie.
Mon contrat à durée déterminée a été rompu en un après-midi.

Je me suis également prêté à des activités solidaires non rémunérées.
Homme de compagnie pour femmes privées d’accès à la sexualité.
Écrivain public sur les murs et les vitres des établissements de crédit.
Les autorités n’ont pas manqué de me rappeler la loi et ses interdits.

Un temps, j’ai joué un rôle de passe montagne dans une vallée.
Muni d’une cagoule éponyme, j’aidais des migrants à transiter.
On parcourait des kilomètres et des kilomètres en pleine nuit.
J’ai dû renoncer suite à d’inopinés contrôles de gendarmerie.

Aujourd’hui et pour simplifier je me déclare ouvrier spécialisé.
Mon domaine de spécialité est l’humour noir et les bouts rimés.
J’y gagne en notoriété ce que je perds en pouvoir d’achat chez Tati.
Fernand Raynaud avait prévenu : ça eût payé mais ça paye pas la poésie !

Céd.




Source: Monde-libertaire.fr