Sans surprise, donc.

Bien que, hier encore, le 13 novembre 2015 semblait déjà un peu loin (tout comme le janvier d’avant s’était déjà un peu estompé le 12), la manière dont « ça recommence » laisse transparaître, ci et là, de ténus effets d’habituation.

Ailleurs, un peu loin d’ici, les bombardement quotidiens font de chaque jour un 22 mars : des sirènes et des cadavres dans un quartier ; des verres en terrasse et des emplettes dans celui d’à-côté.

Face aux attaques, ici aussi, un moindre degré de sidération et d’effroi, à chaque fois, quelques « évidemment-j’te-l’avais-dit-on-s’y-attendait » en plus, et, déjà, des réflexes comme ceux que l’on développe dans des situations devenues presque familières. « Il faudra vivre avec, dorénavant » exprime moins la fatalité du verdict que la ritournelle passablement usée.

Face aux réactions, l’impression que, cette fois-ci, on ne nous la fera plus à l’envers. Un peu moins dépassés à chaque fois, nous anticipons les manœuvres de cette autre machine à stupeur qu’est la réplique gouvernementale. « Pas-d’amalgame-mais-quand-même-un-peu-(ne-soyons-pas-naïfs) », on connaît ; « Niveau-4-terrorisme !-on-fait-ce-qu’on-veut », on connaît ; « Quelques-petites-mesures-pour-votre-sécurité-qui-ne-nous-seraient-jamais-venues-à-l’esprit-autrement », on connaît aussi.

« Démocratie », « liberté », « valeurs européennes », on ne connaît que trop.

Cette fois encore, sans précipitation ni délais, inventons des manières de prendre place dans ces minces et brefs espaces de suspension, avant que tout ne se referme à nouveau, broyé et métabolisé par les si bien huilées usines à normalisation dont les vrombissements couvrent rapidement les cris de douleur, comme ceux de révolte.

Tenir, intransigeants et avec fermeté, à ce que nous savions déjà avant et qui n’en sort que plus vrai, et saboter les flots de bêtise qui saturent en continu les esprits ; affirmer et incarner d’autres possibilités de s’attacher au monde, autres que celle du chantage à l’union derrière ceux qui ont VOULU ce qui est arrivé et arrive encore ; nous retrouver, physiquement, prendre les rues, les places…, les salles de classe ? ; emmener la tristesse et la colère vers plus de force, de détermination et de courage pour faire face à cette évidence : il nous faut combattre, non choisir un camp.

Considérer, une fois pour toutes, les gouvernements comme très littéralement coauteurs de ces attaques — et non vaguement et moralement responsables — et parfaitement au fait de ce qu’elles leur octroient comme marges de manœuvre et leur permettent comme opérations. Ils ne conspirent pas, ils s’organisent, ils agissent et réagissent ; parce que c’est bon pour les affaires.

Trois jours de deuil annoncés, à mettre en perspective avec les sept jours accordés à une reine (certes, Fabiola, ça n’arrive qu’une fois). Donnons-nous la possibilité de ne pas être concernés, et ce pour prendre le temps et la mesure de ce qui arrive, loin de la séquence déjà éculée qui est en ce moment même resservie, ad nauseam.

Question de vie ou de mort ?

De vie.