AprĂšs plus d’une semaine d’effervescence mĂ©diatique, la polĂ©mique autour des dessins et textes antisĂ©mites rĂ©cemment exhumĂ©s de Yann Moix s’est conclue par un exercice de style bien rodĂ© sur le plateau de l’émission « On n’est pas couchĂ© Â», 31 aoĂ»t dernier. Le romancier Ă  succĂšs a souhaitĂ© profiter de la tribune que lui procurait la sortie de son nouveau livre pour s’expliquer et surtout, dit-il, demander pardon Ă  la « communautĂ© juive Â» [1] ainsi qu’à « son ami Bernard-Henry LĂ©vy Â». Repentir si sincĂšre qu’il a dĂ» se faire par Ă©tapes, Moix ayant d’abord tentĂ© de ne pas endosser ses textes nĂ©gationnistes. Ce pardon, nous ne lui accorderons pas, tant sa trajectoire tĂ©moigne d’un racisme toujours constant, doublĂ© depuis quelques temps d’un profond mĂ©pris pour les droits les plus Ă©lĂ©mentaires des Palestinien.ne.s.

« Toute ma vie, j’ai essayĂ© de m’arracher Ă  ce trou noir, Ă  cette espĂšce d’attraction malĂ©fique Â» – c’est ainsi qu’il caractĂ©rise son antisĂ©mitisme. Et comment s’y est-il pris ? En se faisant, du haut de son fauteuil de chroniqueur Ă  succĂšs et des estrades des confĂ©rences organisĂ©es par le CRIF, l’ardent dĂ©fenseur des politiques coloniales et racistes de l’État d’IsraĂ«l. Son pĂ©chĂ© d’antisĂ©mitisme, il compte le racheter en assimilant les JuifVEs au destin de l’État d’IsraĂ«l. En dĂ©fendant IsraĂ«l, c’est – dit-il – les JuifVEs qu’il dĂ©fend, faisant porter le poids de sa mauvaise conscience aux Palestiniens. Est-ce la culpabilitĂ© qui fait de lui un traqueur impitoyable du soutien Ă  la cause palestinienne, assimilĂ©e ainsi Ă  de l’antisĂ©mitisme ? Cette ficelle, grossiĂšre, a un nom – le philosĂ©mitisme, cette forme rĂ©inventĂ©e de l’antisĂ©mitisme : « La philie comme la phobie conduit Ă  mettre un groupe humain Ă  part. Qu’on lui prĂȘte des qualitĂ©s exceptionnelles ou qu’on le considĂšre comme un ennemi du genre humain, il s’agit dans les deux cas d’enfermer un groupe humain dans une essence immuable, de le sortir de l’histoire et de le rĂ©duire Ă  un mythe. Â» [2] Son repentir est un pas de cĂŽtĂ©, et le rapprochement qu’il revendique avec « le judaĂŻsme et la pensĂ©e juive Â» est conditionnel. Il nous essentialise et confisque notre parole.

Pour tenter de prouver que sa haine Ă©tait une erreur de jeunesse, il est allĂ© jusqu’à affirmer « qu’(il) avait essayĂ© de (se) racheter toute (sa) vie Â» en « combattant la xĂ©nophobie Â». Il faut croire que toutes les formes de racisme ne sont pas Ă©galement condamnables Ă  ses yeux, et in fine que toutes les victimes du racisme ne mĂ©ritent pas des excuses publiques. Certainement pas les siennes. Brave soldat de l’air du temps, Yann Moix a pris sa part dans la reformulation du discours nationaliste et raciste autour de l’islamophobie. Il n’a pas hĂ©sitĂ©, nous ne l’oublions pas, Ă  accuser Ă  tort d’antisĂ©mitisme Mennel, la jeune chanteuse française d’origine syrienne, alors mĂȘme qu’il Ă©tait l’auteur de dessins nĂ©gationnistes et qu’il se mettait en scĂšne sur les rĂ©seaux sociaux avec des personnalitĂ©s de l’extrĂȘme-droite française. L’urticaire que provoque chez Moix les marques de solidaritĂ© d’une jeune Arabe portant le hijab avec le peuple palestinien n’est rien d’autre que la preuve de son racisme et de son islamophobie.

Nous n’en doutons pas, tout lui sera pardonnĂ©. DĂ©jĂ  pardonnĂ© par Bernard-Henry LĂ©vy, couvert depuis 2007 par son Ă©diteur Olivier Nora, soutenu par sa productrice Catherine Barma qui impose le maintien de la promotion de son livre sur ONPC… Sa carriĂšre littĂ©raire ne sera pas pulvĂ©risĂ©e, et il continuera d’ĂȘtre invitĂ© sur les plateaux de tĂ©lĂ©vision ! S’il s’était appelĂ© YounĂšs, nous n’en doutons pas non plus, il serait devenu infrĂ©quentable Ă  la minute mĂȘme oĂč ses dessins auraient Ă©tĂ© exhumĂ©s. Moix participe de fait d’un privilĂšge blanc qui absout les uns et exclut les autres.

L’UJFP dĂ©nonce le traitement particuliĂšrement complaisant dont fait l’objet Yann Moix depuis l’exhumation de ses actes antisĂ©mites. Le spectacle grossier de son repentir tĂ©moigne que ce qui est dĂ©fendu Ă  travers le cas Moix, ce ne sont pas les JuifVEs, mais l’air du temps, nationaliste, islamophobe, colonial.



Article publié le 19 Sep 2019 sur Lille.indymedia.org