Ces derniers jours, un certain nombre de médecins sont apparus dans les médias afin de nous inciter à rester chez nous et à respecter les consignes sanitaires. De multiples interventions montrent aussi la détresse de certain·es alors que les services hospitaliers sont déjà bien mal en point suite aux restrictions successives qu’ils ont subis ces dernières années. Rappelons qu’il y a deux mois, plus de 1000 chefs de services démissionaient de leur fonction pour protester contre les conditions de travail dans l’hôpital public.

Nous, femmes féministes tourangelles, soutenons les personnels hospitaliers dans leur ensemble et nous souhaitons rappeler que, si ce sont surtout des hommes blancs qui s’expriment publiquement, la majorité des soignants de nos hôpitaux sont des soignantes. Les femmes représentent difficilement la moitié des médecins mais elles comptent pour 90% des aides-soignantes et 87% des infirmières. Par conséquent, ce sont elles qui sont au contact quotidien des malades dans les hôpitaux et ont plus de chances d’être infectées. Ceci dans un contexte où l’hôpital a subit de graves attaques au cours des dernières années et où les personnels hospitaliers sont déjà sous pression.

Les métiers du care (aide-soignantes, infirmières, mais aussi aides à domicile, assistantes maternelles,…) accueillent de façon générale une forte proportion de femmes. Elles sont donc aussi très présentes auprès des populations âgées, particulièrement vulnérables face au coronavirus. Et ceci dans des lieux qui ont souvent aussi subit de plein fouet des restrictions de budget, comme les EHPAD. À nouveau, les femmes sont aux premiers rangs contre le coronavirus et aux premières loges pour se faire elles-mêmes infecter.

Nous pensons aussi à celles qui sont quotidiennement au contact avec un grand nombre de personnes : les caissières. Elles sont majoritairement des femmes. Dans les enseignes de distribution, elles assurent un service essentiel, alors que leur métier est dévalorisé, précaire, que sa pénibilité n’est pas reconnue et que des situations de harcèlement et de mise sous pression sont régulièrement rapportées.

Alors que le confinement a été mis en place, une autre catégorie de personnes où les femmes sont très représentées, a pour charge de réaliser un travail source d’angoisse et primordial pour notre société. Il s’agit des profs des écoles, collèges et lycées, auxquels Jean-Michel Blanquer demande d’assurer une « continuité pédagogique » dont on ne sait pas exactement ce qu’elle recouvre. Ceci à distance, avec des outils qui souvent ne fonctionnent pas et en sachant pertinement que tous les élèves n’auront pas accès de façon similaire aux ressources mises en ligne. Les inégalités déjà prépondérantes dans le milieu de l’enseignement se creusent, encore.

Des femmes particulièrement exposées dans la crise

Confinées à la maison, les femmes en couple hétérosexuel vont continuer à assurer la majorité du travail domestique, à s’occuper plus des enfants que leur partenaire et, probablement, à moins pouvoir s’investir dans le télétravail. Il s’agit également de prendre conscience que l’isolement à deux n’est pas toujours la situation la plus sûre. Dans cette société patriarcale où, depuis le début de l’année 2020 on dénombre 18 féminicides (au 10 mars), être confinée avec un partenaire violent est le lot d’un certain nombre d’entre nous. Combien de victimes de violences sont-elles aujourd’hui enfermées avec leur bourreau ? Combien n’ont pas les ressources ou l’intimité nécessaires pour appeler Violences Femmes Info (3919) ou fuir ?

Le gouvernement en appelle doctement à « une responsabilité de chacun à se maîtriser face à ses propres accès de violences ». Appel tout aussi utile et efficace que le Grenelle de septembre dernier et les « mesures » qui l’ont suivi. À quel moment, à travers cette formulation, suggère-t-on une fois de plus que la victime porte une responsabilité dans les violences qu’elle subit ?

Dans les familles monoparentales, où l’adulte est le plus souvent une femme (environ 9 fois sur 10), elles doivent s’occuper seules et isolées des enfants. Que répondre à l’injonction de ne pas emmener ses enfants faire les courses alimentaires ou dans les magasins ? S’agit-il de les laisser seuls à la maison, dans la voiture ? Qu’en est-il alors du télétravail ?

La belle idée romantico-bourgeoise d’un confinement méditatif permettant de remettre en question notre façon de vivre, notre quotidien à 100 à l’heure et d’enfin faire tout ce qu’on a pas eu le temps de faire, a du mal à tenir debout quand on vit à quatre dans un F2 sans jardin et qu’on doit s’improviser prof remplaçante pour assurer la fameuse « continuité pédagogique » de l’ami Jean-Michel. « Profiter » de ce moment « pour respirer un peu » semble être une douce utopie pour toutes ces personnes dont le quotidien vient de s’alourdir juste un peu plus…

Bien que les femmes soient particulièrement exposées dans cette crise, elles n’ont cependant que peu de poids dans les décisions prises. Elles sont peu présentes au gouvernement, à l’assemblée, au sénat et de façon générale leurs voix sont moins entendues que celle des hommes dans l’espace public.

Alors, face aux inégalités que nous subissons encore et toujours et pendant ce confinement qui, en nous relèguant chez nous, risque de nous séparer, ne restons pas isolées ! Ensemble, organisons-nous !

Partout :

  • Le numéro de Violence Femmes Info, 3919, est toujours accessible pendant la période de confinement.
  • NousToutes appelle à mettre en place un plan d’urgence sur le modèle de celui de l’Espagne (voir ici ) Nous pouvons relayer cet appel.

À Tours :

  • Si nous en avons la possibilité, proposons aux voisines que nous connaissons (ou pas !) de les aider pour faire les courses.

L’attention portée aux femmes ne nous fait pas oublier la contribution d’autres secteurs professionnels à dominante masculine, comme les routiers qui approvisionnent nos magasins, les éboueurs grâce à qui les rues restent propres, les livreurs Deliveroo à qui l’on n’a pas encore demandé de s’arrêter, bien au contraire… Eux aussi font face à cette crise, eux aussi font face à des déficiences de leur matériel ou de l’équipement nécessaire. Et nous n’oublions pas non plus que cette lecture peut se croiser avec celle de l’oppression d’autres minorités : les femmes de chambre sont majoritairement immigrées. Une lecture genrée de la crise nous incite cependant à revendiquer, encore et toujours, que l’on entende nos voix et nos revendications dans cette société patriarcale et liberticide.


Article publié le 23 Mar 2020 sur Larotative.info