DĂ©cembre 13, 2022
Par CRIC Grenoble
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Face au dĂ©sastre climatique et Ă  la pĂ©nurie en eau prĂ©vue en IsĂšre, qui osera dĂ©fier ST Micro et les gĂ©ants de la Silicon Valley française ?

Mercredi 14 dĂ©cembre Ă  11h30 devant la RĂ©gie des eaux de Grenoble (place Vaucanson), une manifestation s’organise pour protester contre le gaspillage de l’eau par les industriels locaux.

Pourquoi ? Voici l’appel Ă  manifester :

“Rappelez-vous cet Ă©tĂ© dans la cuvette grenobloise, la canicule Ă©tait mortelle, on a atteint des 43°C Ă  certains endroits. DĂšs le 7 juillet, le prĂ©fet de l’IsĂšre plaçait plusieurs secteurs en « Alerte niveau 3 Â» : le dernier niveau avant celui dit de crise. Avec dĂ©jĂ , la coupure des fontaines publiques et l’interdiction d’arroser son potager en journĂ©e ou de nettoyer sa voiture… une pluie de contraintes qui n’est pas prĂȘte de cesser.

En 2030, Grenoble subira 37 jours de canicule et les petits et moyens glaciers qui alimentent le Drac et la Romanche auront fondu de moitiĂ© (1). Le dĂ©reglement climatique se fait particuliĂšrement ressentir dans les territoires alpins, oĂč le recul des glaciers et le faible niveau d’enneigement ne permettent plus de remplir les cours d’eau. Le Guiers Mort et le Merdaret, sont presque Ă  sec, la vĂ©gĂ©tation crame, les forĂȘts deviennent des fours et la faune et la flore en pĂątissent.

Pour le moment, on a encore la chance d’avoir une eau abondante et bonne Ă  boire… Mais pour combien de temps encore ? Combien de sĂ©cheresses avant l’épuisement de cette ressource si vitale ?

Car pendant ce temps, le secteur industriel local fait couler l’eau de nos montagnes Ă  flot…

La cuvette grenobloise, ce sont aussi des entreprises hautement Ă©nergivores et polluantes (pas moins de 19 usines classĂ©es Seveso (2)) ainsi que le premier pĂŽle europĂ©en des nano-technologies. Ce secteur est spectaculairement gourmand en eau : pour nettoyer une seule plaquette de silicium, sur laquelle sont gravĂ©s des circuits Ă©lectroniques, il faut lui envoyer 1 700L d’eau pure.

L’entreprise la plus nĂ©faste dans le coin c’est STMicroelectronics Ă  Crolles. Non contente d’ĂȘtre classĂ©e site SEVESO seuil haut, Ă  cause de l’utilisation de 20 000 tonnes de produits chimiques par an, parmi lesquels certains extrĂȘmement dangereux : amoniac, chlore, hexafluorure etc., elle remporte conjointement la palme de la plus grande consommatrice d’eau et d’électricitĂ© de la cuvette. La consommation d’électricitĂ© de l’usine de Crolles Ă©quivaut Ă  celle de 139 000 grenoblois·es.

Quant Ă  l’eau, mĂȘme en pĂ©riode de sĂ©cheresse, STMicro et son voisin Soitec, nos deux producteurs locaux de puces, bĂ©nĂ©ficiaient de dĂ©rogations pour continuer Ă  consommer leurs 16 800 m3 quotidiens d’eau potable. Une consommation en constante augmentation, censĂ©e atteindre les 29 000m3 quotidiens Ă  l’horizon 2023- 2024… l’équivalent de 700 000 douches par jour !

Une dilapidation pas prĂȘte de s’arrĂȘter quand on sait que l’Europe ambitionne d’atteindre les 20% du marchĂ© mondial d’ici 2030 : la production de puces est en effet un enjeu de souverainetĂ© industrielle et militaire.

Pour faire face Ă  l’augmentation vorace de la demande en eau de ces deux industriels, la rĂ©gie des eaux de la mĂ©tropole pourrait mĂȘme rĂ©aliser des travaux de renforcement des rĂ©seaux d’adduction (50 millions d’euros).

Mais le pire dans tout ça, c’est que ce pillage de nos ressources en eau potable se fait avec le soutien des pouvoirs publics et des Ă©lu.es de tout bord qui voient dans ces entreprises de nanotechnologies le fleuron local, permettant Ă  celles-ci de puiser l’eau de nos nappes phrĂ©atiques sans restriction. C’est tout un systĂšme Ă©conomique et politique qui autorise cette captation d’une ressource pourtant commune et vitale.

Et toute cette gloutonnerie pour quoi ? Pour que ST puisse participer Ă  la numĂ©risation agressive de nos vies, une Life.augmented comme le clame leur slogan. Des puces pour digitialiser les voitures et les rendre semi-autonomes, des capteurs en tout genre pour mesurer et surveiller, des objets connectĂ©s Ă  foison pour constituer leur dystopique internet des objet : ce sont les principales applications qu’affiche fiĂšrement l’entreprise (3).

En somme, un pas de plus dans l’administration numĂ©risĂ©e de la vie et dans la crĂ©ation de juteux besoins artificiels, inconciliables avec le partage raisonnĂ© des ressources dont nous disposons.

Contre l’aberration Ă©cologique de ce pillage de nos ressources communes et la complicitĂ© des institutions publiques ET pour une gestion sensĂ©e de l’eau.

Mais… et les emplois dans tout ça ? Le nombre de 1000 emplois, que promet de crĂ©er ST pour leur nouvelle usine Ă  Crolles, est absolument ridicule face aux aides publiques astronomiques pour ce projet : 2.3 milliards d’euros.

De plus, marcher dĂ©guisé·e en pingouin de plastique dans des salles blanches asceptisĂ©es n’est ni enviable ni viable. Ces investissements de 2.3 millions d’euros par emploi pourraient gĂ©nĂ©rer des activitĂ©s bien plus utiles (piĂšces de vĂ©lo, savons, chaussettes et outils de maraĂźchage…)”

À 11h30

Devant la RĂ©gie des eaux de Grenoble

5 Place Vaucanson

Grenoble

- (1) Selon la gĂ©ographe Magali Reghezza-Zitt, membre du Haut conseil pour le climat

- (2) 10 classĂ©es seuil haut (Arkema ; Framatome ; Vencorex etc.) et 9 classĂ©es seuil bas (Soitec ; Air Liquide ; Sico etc.)

- (3) STMicroelectronics a pour client Tesla, Apple ,SpaceX, Ford etc.




Source: Cric-grenoble.info