Mai 6, 2021
Par La Bogue
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A Paris, Ă  Lyon ou Ă  Nantes la fin du 1er mai a montrer l’exacerbation des tensions internes des mouvements sociaux. La CGT, symbole du syndicalisme, d’un cĂŽtĂ©, et des foules hĂ©tĂ©roclites de l’autre. A Limoges, la domination de la CGT sur le mouvement social n’amĂšne heureusement pas Ă  ce genre de situation mais ici aussi l’autoritĂ© de la bureaucratie se fissure.

Des tractations ont Ă©tĂ© obligatoires pour que les occupant·e·s du thĂ©Ăątre de l’Union finissent par dĂ©caler leur spectacle qui Ă©tait programmĂ© Ă  l’heure du traditionnel dĂ©filĂ© (10 h 30 carrefour Tourny). Finalement, les bureaucrates ont gagnĂ© sur le papier mais dans les faits la foule Ă©tait prĂ©sente place de la RĂ©publique pour les reprĂ©sentations alors que le camion sono de la CGT bloquĂ© entre le chantier et la circulation n’attirait que peu de monde. Et la manifestation a bien attendu que les spectacles et chansons se terminent avant de partir… Tant de complication pour pas grand-chose ?

Peut-ĂȘtre devons nous voir lĂ  la recomposition en cours dans les mouvements sociaux et la rĂ©action d’une partie des syndicalistes qui tirent un pouvoir (conscient ou non) de l’état actuel des choses. Les mouvements sociaux n’ont jamais Ă©tĂ© une masse unie avec une pensĂ©e unique, les divergences profondes qui les parcourent sont toujours objets de tensions et de rapports de force. La lĂ©thargie politique, la rĂ©pression et le mythe de la rĂ©publique sociale a permis aux syndicats lĂ©gitimĂ©s par le pouvoir d’asseoir leur autoritĂ©. Mais face aux attaques incessantes du patronat et de l’État et des stratĂ©gies peu comprĂ©hensibles des grandes centrales syndicales, les dĂ©faites se sont enchaĂźnĂ©es malgrĂ© des mobilisations massives. Une partie de plus en plus grande des mouvements sociaux (y compris Ă  l’intĂ©rieur des syndicats) cherchent Ă  remettre au goĂ»t du jour d’autres modes d’actions que la manif pantoufle tout en gardant la volontĂ© massive de « converger Â». Les diffĂ©rents discours autour des affrontements Ă  Paris, comme sur le site lundi matin, montre qu’il ne peut y avoir une lecture simpliste et simplifiĂ©e. Il ne s’agit pas uniquement de mĂ©chants autonomes et/ou Gilets jaunes et de gentils syndicalistes Ă  la gazeuse. Mais l’inverse est sans doute tout aussi vrai. L’incapacitĂ© du mouvement social Ă  prendre de l’ampleur et imposer des changements radicaux n’est pas uniquement la faute de la mĂ©chante CGT qui freine des quatre fers face Ă  tout changement, et la place qu’elle occupe comme symbole de l’immobilisme social lui confĂšre sans doute trop de pouvoir. Des mouvements sociaux forts et diversifiĂ©s feraient facilement exploser le peu de pouvoir qu’il reste Ă  la bureaucratie syndicale la laissant seule sur le cĂŽtĂ© de la route.

À MontrĂ©al, une manifestation autonome est capable d’attaquer directement un technopole, alors qu’à Paris certain·e·s questionnent le fait de ne pas partir en manifestation libre. Les personnes qui tirent des bĂ©nĂ©fices de l’état de lĂ©thargie politique ne seront pas acteur·ice·s des changements Ă  venir et peuvent mĂȘme en ĂȘtre des freins par rapport Ă  tout changement. L’attachement irrationnel Ă  Limoges du rendez-vous Ă  10 h 30 carrefour Tourny pour une manifestation dont on sait qu’elle n’aura aucun impact en est symptomatique. Mais, de plus en plus, le rapport de force se situe Ă  cĂŽtĂ©. Si la volontĂ© de convergence et de construire autre chose communĂ©ment se renforce cela ne pourra pas se faire sans remettre en question les rapports de pouvoirs liĂ©s aux institutions mais Ă©galement Ă  toutes les autres oppressions. Car taire les dissensions, les refouler, c’est implicitement leur laisser la place pour nous ronger de l’intĂ©rieur. C’est aussi prendre parti pour les plus forts, ceux ayant le plus de pouvoir. Cela ne pourra pas non plus se faire main dans la main avec les patrons, la police (mĂȘme les RG/DGSI) ou l’État qui n’ont pour seule volontĂ© que le maintien de l’ordre existant. Les mouvements sociaux sont face Ă  l’urgence de l’état social et Ă©cologique qui ne cessent de se dĂ©grader. Construire ici et maintenant un rapport de force c’est construire sans nier (ni passer sous silence) nos divergences ou les diffĂ©rentes dominations internes mais en essayant de les dĂ©tricoter collectivement. Il ne pourra pas y avoir une convergence rĂ©elle et perenne sans ces efforts qui ne semblent pourtant aujourd’hui qu’à leurs prĂ©mices.




Source: Labogue.info